14.07.2008

La controverse du sphénoïde

La sorcière n'est pas une sorcière de seconde zone

elle n'est pas édentée, elle sait seulement que tout finit
cela suffit à son ascendance et pour asseoir son pouvoir sur moi

même dans les plus beaux paysages je serais à la merci de la nostalgie car si les rêveries et les songes se matérialisent alors ils se vouent à la fin et à l'imperfection
je suis à la mélancolie comme d'autres à la peine

il y a, en moi, quelqu'un, qui me trahit

et pour ne pas devenir une pierre froide
je laisse ouvert mon coeur aux égratignures
et aux failles de la pensée
je laisse la suie m'ensevelir
la joie danser ailleurs

je referme mes ailes
les ailes de l'os sphénoïde identique aus os du bassin comme si
du bassin au crâne quelque chose toujours désirait s'envoler
l'os sphénoïde est un os qui par cinq fois en soixante millions d'années s'est infléchi
et par cinq fois le primate a évolué

parfois je me balade en moi-même et incidemment par les rues
comme un fantôme républicain, une vague réminiscence d'aubes radieuses et de foi
mais c'est rare
l'ambiance est plutôt à l'automne estival, au repli sous les assauts du vent et aux mondes de la torpeur et des taupes

l'inflexion du sphénoïde est un cas d'espèce
sa sixième rotation ne concernera vraisemblablement pas l'individu que je suis




8/07/2008

10.07.2008

La sorcière me guette

il y a les images que je dis
et les visions qui m'agitent

je voudrais que ces pensées indignes ne me ressemblent pas
qu'elles ne naissent pas de l'image mentale que j'ai de moi
alors je les laisse en pâture à mes animaux spiritueux
je les nourris de façon à observer leur développement et j'en suis effrayée
il n'est pas question de les tuer ou de les arracher
les licornes vulgaires se nourrissent de ces images-pissenlits
qui poussent drues au milieu des friches de ma vie secrète
et ces pensées sont mes pensées, ces licornes mes licornes et ces plantes mes vénéneuses

la danseuse aux dix-mille bras cliquetant s'en moque et cela m'intrigue
le vieil asexué sans âge qui me sert de boussole en lotus continue à s'élever de sa pierre de méditation
je le regarde voir les licornes grises et les bonobos, son regard est indifférent aux carnages orgiaques qui se déroulent sous ses yeux
mon hélicoptère-gourou poursuit sa lévitation sans jamais hurler au migou ; mon moine-safran semble plus stable et plus serein que Foudre-Bénie.

Aux portes de ce vert paradis des mauvaises herbes, aucun gardien : s'y développe ce qui peut y pénétrer, s' épanouir, se reproduire : le chien rouge de gauguin, les rebelles déchus et la tourbe de brueghel, les freaks de hieronymus van aken
ces images sont fascinantes, je voudrais qu'elles ne me ressemblent pas

la sorcière aux mains orange entretient ces visions polyptiques et brasse ses potions amères d'herbes crochues ; elle ricane, éperdument se moque
du gourou lévitant et de la ballerine exotique
elle sait qu'elle me garde en son pouvoir, c'est elle qui incite les enfants à fumer et à voler en leur dessinant des volutes mirobolantes de bonheurs mauves et de pacotille. Les enfants sont naïfs, subjugués par les licornes dont ils ne décèlent pas la vraie couleur.

La seule manière que j'ai trouvée de me sauver de l'emprise de la sorcière, c'est de plonger avec elle, là où elle m'entraîne ; dans les boues et les puits sans fond de la conscience.
Je la regarde dans les yeux et toujours présent à mes oreilles de yoda le vrombissement de mon âme-hélicoptère : ainsi je plonge dans la pénombre, éclairée de l'intérieur, prête à aggripper le filin de sécurité lancé de l'aéronef par mon james bond bouddhiste.




Guilers 7 juillet 2008