29.10.2009

Ce besoin de trivial

Ce besoin de trivial



1.
Je ne sais pourquoi
la poésie cul-de-poule
ou celle auriculaire
me fait froid dans le dos
la poésie des paravents
des énigmatiques
belles lettres
ou celle arabesque
des mots pointus
je ne sais pourquoi
je frissonne et j'entre
dans une ère glaciaire
quand je lis des mots sans chair
je préfère les champs
les jardineries et les nichoirs
la poésie fleurette sans crème et sans jouissance
me rend femme frigide quand le mot pour mot
horripile ma conscience
je suis à terre je suis de terre
je parle turf et Mont Ventoux
caddies et promotions
je parle kurde et bimbelotterie
ondes radiophoniques et mauvaises herbes
avec les gens je suis les gens
pas à côtés mais aux côtés
dans la même perdition et la même misère
jusque dans les mots la même misère

la poésie est sur la table


2.
j'aime les gens qui marchent et les gens qui reculent
les gens qui bafouillent et les gens qui piétinent
j'aime les banquettes affaissées et les gens qui les usent
les fonds de verre, le marc de café et les cabines
de plages désossées, les galets des grèves de la Somme
qui ont des formes que l'on prend dans la main
j'aime les gens qui tremblent pour leurs lendemains
les gens qui plus que la poésie côtoient les hommes
j'aime les mots qui tremblent ou qui imitent la pierre
et le vent, le chant des fauvettes et les rizières
les mots qui restent à leur place furtive
et ne se croient pas de racines divines

la poésie est sur la table

3.
je ne lis pas de poésie seules des paroles me chahutent
j'oublie le nom de ceux qui les écrivent
je reçois le journal et la poésie tout comme un parachute
parce que mon seul lot est sur talons la réception du vivre
les mots sans matière et les mots vaporeux
me traversent comme nuages dans le ciel
je ne suis pas des vôtres si vous n'êtes pas les gens
je ne suis pas des vôtres si vous ne parlez pas trivial
si vous laissez au papier vos rêves beaux baveux
je bois le soir et je fume et j'ignore
je vis le vivre du commun des mortels
je voyage sans avion et j'accoste sans port
je vis sous un toit sans posséder mon toit
à tort et à travers je parle et je pense de plus belle


la poésie est sur la table




Octobre 2009

21.10.2009

sans titre

J'écris

avec les autres

et pour aimer

jusqu'aux ennemis de ma vie

 

Brest 197?

21.03.2009

la poésie est un pot

La poésie est un pot

La poésie est un pot dans lequel verser les foulards et les lapins

La poésie est un pot scellé un tonneau des danaïdes

Il faut savoir y verser et ne pas l’ouvrir à tout va

Ainsi il n’est pas bon de confondre le réel et l’idéalité il n’est pas bon

De se croire un volatile nous, gens, sommes flasques ou rides, longilignes ou percés

Pour voler nous avons besoin d’artifices, nous, gens, ne sommes pas ailés

Nos ailes ce sont nos songes, nos songes mis en pot –

Alors nous collons notre oreille au vase clos et passent du vase à notre cervelle les foulards et les songes, ainsi nous volons,

d’artifice

Il n’est pas bon d’ouvrir à tout va le pot, nous, gens, ne touchons la beauté qu' exaltée, le reste nous est donné à vivre, par le menu, dans nos mains, sous nos pieds

La poésie n’est pas là, par le menu

Et si nous devenions, nous, gens, de la poésie vive, nous finirions en pot et inhumaine beauté

Ainsi je vis,
dans mes mains, sous mes pieds, l'oreille collée au pot, nourrie par le menu, étrangère à toute funeste confusion

et le lapin, je le mords.



mars 2009

03.01.2008

Fabrique

Je fais de la poésie je fais
fabrique de la poésie
la poésie j'oublie de regarder
le bleu froid de la fenêtre
dehors le bleu de glace du ciel
dehors je fabrique de la poésie
en décembre je me consacre
dos courbé à la prière des mots
à la génuflexion dos courbé
sous la baguette de coudrier
je me plie sous le fouet
cinglant le bruit-zèbre
de la baguette du noisetier
qui frappe mon dos courbé
le dos tourné détourné du ciel bleu du décembre froid
je fabrique du lait
à l'étable de la poésie
le nez dans le foin dedans
genoux pliés sous le fouet pour des mots vêler des mots


Saint-Renan/Guilers
18-19/12/2007


En Normandie, pour qu'une vache donne du lait, on la frappait trois fois avec une baguette de coudrier. Cette pratique a d'ailleurs valu le bûcher à quelques femmes accusées de sorcellerie pour avoir ainsi frappé des vaches qui, par la suite, s'entêtaient à donner du lait toute l'année.

06.12.2007

Cinq

Foulant des aires de rêve
Rester apte à la rage

7-06-2005 vers paris en train

***

J’aime un homme réel
Je ne l’invente pas

Je le rêve

28-10-2005 guilers

***

les oiseaux de l’eau
volent dans les cieux liquides

6-11-2005 argenton

***

la poésie
par la tête
par l’anus

?-08-2006 guilers

***

esquibien la plage
foulée de tourbillons
blancs et gris
les flocons du vent d’écume
amenés par la vague et le vent
du golfe de gascogne

les oiseaux-brigadiers de la plage
picorent l’usure du soir

30-09-2006/7-10-2006/6-12-2007 audierne/guilers

04.10.2007

Bris de vers / des noms

DES NOMS



c’est la douce lenteur
des mots à venir
la joie de ce bonheur
qui ne trahit rien
accepter de vivre
ce sont les mots qui t’ont fleurie


**
mais les mots,
on doit éviter au plus près qu’ils servent de remparts.
on doit s’efforcer à leur ouverture
à leur enchantement. C’est là leur mensonge préférable.
La nuit est lente.


**
je t’aime, dit-elle
mais qui s’adonne à qui
au cœur même de l’amour ?


**
Nommer les choses,
serait - ce connaître ?
Et les connaître,
serait - ce répondre ?
Navire,
pollen,
calcaire
Celui qui s’écarte à ce point de la connivence des choses
Où peut-il se rendre ?
A qui peut-il se rendre ?


**
ce n’est pas la même celle qui marche et celle qui dit.


**
toute parole est là pour séduire la mort.


**
mais si la poésie ne chante pas
alors rien, aux orties et l’huile sera la bienvenue

03.10.2007

Bris de vers (Il y a // de l'enfance)

IL Y A

Il y a un oranger penché
sur la table
de la salle à manger
quand elle pleurait entre ses bras
c’était la même courbe

**
il y a le ciel
et par dessus le ciel
l’étoile

**
il y a
que les mots sont restreints
face à toute dévastation
les empreintes des chamelles
aux sables du désert

**
il y a
de sombres massacres
au gré des pistes
non pas de lions
ou de hyènes carnassières
simplement des massacres
de fourmis et d’insectes

**
il y a des morts sous le soleil
et des images déchirées
entre les mains des presque vieillards

**
il n’y a pas
de quoi
vivre


DE L’ENFANCE

la poésie n’est pas belle à voir
quand elle dit de telles histoires
-- ci-gît
l’enfant d’une morte

**
Un oisillon de printemps
s’écrase dans une cour
une petite fille
joue à la marelle.

**
Ne laissons - pas les enfants
miauler au fond des cours.

**
les images
seules les images
apaisent
ou tuent
-- selon l’enfance

**
cartable au dos
les petites filles de Goyave
vont à l’école

03.09.2007

Les univers

Je te montre les univers

Je te montre le mot secret que j’écris sur le sable
Avec un bâton, un bout d’ardoise, un bout de verre
Trouvés sur le sable
Les jambes écartées je suis assise
Sur le sable.
De la gauche vers la droite
Je lisse le sable humide du tranchant de ma main
Et j’écris avec ce que je trouve j’écris ce que je trouve
Le mot secret
Secret par deux fois parce qu’il est de mon cœur
Secret par deux fois parce que la mer l’efface

Je suis heureuse et je te montre les universmedium_Polyptarbaus4.jpg

Je me lève et je marche sur le gravier millimétré de fouillis et d’ordre méconnu
Je joue avec l’infime les gris des cailloux et leurs silences immobiles
Je déplace une brindille et les univers se déplacent !

Bientôt je vais vers le figuier aux sangliers et je choisis les fruits, de rire
Car
Je pense aux testicules des hommes et je mords la couleur rouge des figues
En pensant
Aux testicules des hommes

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur

Quelque chose s’ouvre et s’écarte du pubis au thorax, de l’air frais caresse
L’intérieur, l’envers de ma peau, l’intérieur sensible du vide

Un léger nuage se détache de la lune
Une chauve-souris file le ciel
L’absence du vent posée sur les feuillages et les sons éparpillés
Des bêtes inconnues
Constellent la nuit des silences immobiles

Je prends l’avion demain
Je ne sais pas où je vais
Ni à quoi je me rends

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur


A Christiane
Mons nuit du 25 au 26 août 2007

31.08.2007

Free jazz and co

Celui-là
De la musique plein les oreilles ondule à marée haute
Celui-ci
Des fleurs de mots fleurissent à même le crâne
Pluies flocons pétales feu d’artifice sur Cannes
Pim paf ohhh !!!
Figures et visages picassoïens
Lézardes nez cassés beauté fractale

Notes et mots notes et mots
Note à mot note à mot
Fleurissent à même la tête narines oreilles bout des doigts sous les ongles
Big-bang oulipien au creux des genoux
Caisses claires et balais-brosses pluies sur les cymbales crachins giboulées de l’eau
Coule sur les joues
Rosaces de sons mikado de stridulence, égratignures grincements
Des lèvres aux doigts
Violacées de violence la caresse d’un saxo
Phone
Et l’eau l’eau
L’eau m’ondule dans l’azur




A Ronan C. et Olivier J.
Brest 31 août 2007

19.06.2007

Dans une étable

Une fille
medium_anmx8.jpgDans une étable, une vache pie-noire ou normande. Seule rescapée d'un troupeau. Elle ne s'appelle pas Marguerite, elle n'a pas de nom. Ses yeux sont noirs, pensifs dit-on toujours des yeux des vaches. Moi, je suis blottie tout contre elle, enveloppée dans sa chaleur, je m'endors, recroquevillée, contre son flanc, sur le foin ; elle souffle sur mon corps. Je n'ai pas d'âge ; je les ai tous. Il n'y a plus rien à dire ; j'ai enfin atteint le silence et les larmes vraies, l'amour absolu. L'invivable. Seule cette vache peut me consoler, m'accueillir. Il fait sombre et j'entends les bruits de la ferme au-dehors. Cela ne me concerne pas. Je vais mourir là flanquée à cette vache, à même la paille et la douleur. Le fermier me découvrira mais c'est la vache qui aura posé sur moi le dernier regard. Et cette mort, ce silence et ce pencher bovin, c'est cela que je veux. Je voudrais que la vache s'endorme avec moi, qu'elle abandonne aussi ses ruminations, l'attente infinie et l'esquive des coups de fourche. Je voudrais mourir avec la vache, toutes les deux fatiguées.




Un garçon

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Dans la grotte, l'ourse dort. Je m’allonge contre son corps qui se soulève et se détend au rythme des battements de son cœur. C'est la première fois que je rencontre un être vivant qui vit au rythme des battements de son cœur. Tout le reste ment et se cache et cajole sa misère. L'ourse est sale encore de s'être roulée dans la boue. Cela aussi me rassure. Je voudrais vivre toute ma vie avec cette ourse-là et ne plus jamais redescendre dans la vallée. En-bas tout est propre, les gens lavent leurs mains au robinet et se douchent une fois par jour. A force, ils ont appris à laver leurs sentiments, à peigner leurs tourments et à brosser leurs rébellions. Quand le froid se ferait trop rude, l'ourse me réchaufferait de sa fourrure ; je ne bougerai pas, j'essaierai moi aussi de la réchauffer. Après, elle ouvrirait les pattes et me laisserait aller ; s'il le faut elle me léchera le visage et je lui rapporterai des baies et du miel et des poissons. Dans la grotte, il n'y a plus tout ce que j'ai connu jusque là : livres, disques, vêtements, paroles. Dans la grotte il n'y a que l'ourse, des grognements, des bruits de langue, des coups et des caresses de pattes, un mâle parfois ; il y a des regards qui regardent et de la chaleur qui s'ébroue et se partage. Dans la grotte, je pleure quand j'ai envie de pleurer. Il n'y a personne pour s'en étonner, s'en alarmer ou se détourner. Un jour, au printemps, l'ourse se lèvera, elle m'écartera de son flanc, doucement ; elle sortira humer l'air et griffer les papillons ; elle se laissera agacer par les insectes et se baignera dans la rivière. L'ourse reviendra et nous saurons tous les deux que cette vie-là n'est pas celle qui me convient. Et que celle des hommes d'en-bas n'est pas celle qui me convient non plus. Je me blottis tout contre l'amour et la puissance de mon ourse ; c'est un jour de printemps, j'entends les oiseaux virevolter et pépier et je sens les pattes de l'ourse qui me serrent, qui me serrent. Et je sais qu'elle soutiendra ma tête pour que mon cou ne se brise pas et qu'elle me portera là où je fus heureux, là où personne d'humain n'est jamais entré, là où aucune parole ne fut jamais prononcée, là où aucun livre n'a prétendu nous apprendre à vivre. Je suis dans le bercement de mon ourse et je suis devenu son rêve, son odeur et son grognement. Je ne reviendrai plus jamais souffrir ; parmi vos semblables.

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