03.01.2008

Fabrique

Je fais de la poésie je fais
fabrique de la poésie
la poésie j'oublie de regarder
le bleu froid de la fenêtre
dehors le bleu de glace du ciel
dehors je fabrique de la poésie
en décembre je me consacre
dos courbé à la prière des mots
à la génuflexion dos courbé
sous la baguette de coudrier
je me plie sous le fouet
cinglant le bruit-zèbre
de la baguette du noisetier
qui frappe mon dos courbé
le dos tourné détourné du ciel bleu du décembre froid
je fabrique du lait
à l'étable de la poésie
le nez dans le foin dedans
genoux pliés sous le fouet pour des mots vêler des mots


Saint-Renan/Guilers
18-19/12/2007


En Normandie, pour qu'une vache donne du lait, on la frappait trois fois avec une baguette de coudrier. Cette pratique a d'ailleurs valu le bûcher à quelques femmes accusées de sorcellerie pour avoir ainsi frappé des vaches qui, par la suite, s'entêtaient à donner du lait toute l'année.

06.12.2007

Cinq

Foulant des aires de rêve
Rester apte à la rage

7-06-2005 vers paris en train

***

J’aime un homme réel
Je ne l’invente pas

Je le rêve

28-10-2005 guilers

***

les oiseaux de l’eau
volent dans les cieux liquides

6-11-2005 argenton

***

la poésie
par la tête
par l’anus

?-08-2006 guilers

***

esquibien la plage
foulée de tourbillons
blancs et gris
les flocons du vent d’écume
amenés par la vague et le vent
du golfe de gascogne

les oiseaux-brigadiers de la plage
picorent l’usure du soir

30-09-2006/7-10-2006/6-12-2007 audierne/guilers

04.10.2007

Bris de vers / des noms

DES NOMS



c’est la douce lenteur
des mots à venir
la joie de ce bonheur
qui ne trahit rien
accepter de vivre
ce sont les mots qui t’ont fleurie


**
mais les mots,
on doit éviter au plus près qu’ils servent de remparts.
on doit s’efforcer à leur ouverture
à leur enchantement. C’est là leur mensonge préférable.
La nuit est lente.


**
je t’aime, dit-elle
mais qui s’adonne à qui
au cœur même de l’amour ?


**
Nommer les choses,
serait - ce connaître ?
Et les connaître,
serait - ce répondre ?
Navire,
pollen,
calcaire
Celui qui s’écarte à ce point de la connivence des choses
Où peut-il se rendre ?
A qui peut-il se rendre ?


**
ce n’est pas la même celle qui marche et celle qui dit.


**
toute parole est là pour séduire la mort.


**
mais si la poésie ne chante pas
alors rien, aux orties et l’huile sera la bienvenue

03.10.2007

Bris de vers (Il y a // de l'enfance)

IL Y A

Il y a un oranger penché
sur la table
de la salle à manger
quand elle pleurait entre ses bras
c’était la même courbe

**
il y a le ciel
et par dessus le ciel
l’étoile

**
il y a
que les mots sont restreints
face à toute dévastation
les empreintes des chamelles
aux sables du désert

**
il y a
de sombres massacres
au gré des pistes
non pas de lions
ou de hyènes carnassières
simplement des massacres
de fourmis et d’insectes

**
il y a des morts sous le soleil
et des images déchirées
entre les mains des presque vieillards

**
il n’y a pas
de quoi
vivre


DE L’ENFANCE

la poésie n’est pas belle à voir
quand elle dit de telles histoires
-- ci-gît
l’enfant d’une morte

**
Un oisillon de printemps
s’écrase dans une cour
une petite fille
joue à la marelle.

**
Ne laissons - pas les enfants
miauler au fond des cours.

**
les images
seules les images
apaisent
ou tuent
-- selon l’enfance

**
cartable au dos
les petites filles de Goyave
vont à l’école

03.09.2007

Les univers

Je te montre les univers

Je te montre le mot secret que j’écris sur le sable
Avec un bâton, un bout d’ardoise, un bout de verre
Trouvés sur le sable
Les jambes écartées je suis assise
Sur le sable.
De la gauche vers la droite
Je lisse le sable humide du tranchant de ma main
Et j’écris avec ce que je trouve j’écris ce que je trouve
Le mot secret
Secret par deux fois parce qu’il est de mon cœur
Secret par deux fois parce que la mer l’efface

Je suis heureuse et je te montre les universmedium_Polyptarbaus4.jpg

Je me lève et je marche sur le gravier millimétré de fouillis et d’ordre méconnu
Je joue avec l’infime les gris des cailloux et leurs silences immobiles
Je déplace une brindille et les univers se déplacent !

Bientôt je vais vers le figuier aux sangliers et je choisis les fruits, de rire
Car
Je pense aux testicules des hommes et je mords la couleur rouge des figues
En pensant
Aux testicules des hommes

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur

Quelque chose s’ouvre et s’écarte du pubis au thorax, de l’air frais caresse
L’intérieur, l’envers de ma peau, l’intérieur sensible du vide

Un léger nuage se détache de la lune
Une chauve-souris file le ciel
L’absence du vent posée sur les feuillages et les sons éparpillés
Des bêtes inconnues
Constellent la nuit des silences immobiles

Je prends l’avion demain
Je ne sais pas où je vais
Ni à quoi je me rends

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur


A Christiane
Mons nuit du 25 au 26 août 2007

31.08.2007

Free jazz and co

Celui-là
De la musique plein les oreilles ondule à marée haute
Celui-ci
Des fleurs de mots fleurissent à même le crâne
Pluies flocons pétales feu d’artifice sur Cannes
Pim paf ohhh !!!
Figures et visages picassoïens
Lézardes nez cassés beauté fractale

Notes et mots notes et mots
Note à mot note à mot
Fleurissent à même la tête narines oreilles bout des doigts sous les ongles
Big-bang oulipien au creux des genoux
Caisses claires et balais-brosses pluies sur les cymbales crachins giboulées de l’eau
Coule sur les joues
Rosaces de sons mikado de stridulence, égratignures grincements
Des lèvres aux doigts
Violacées de violence la caresse d’un saxo
Phone
Et l’eau l’eau
L’eau m’ondule dans l’azur




A Ronan C. et Olivier J.
Brest 31 août 2007

19.06.2007

Dans une étable

Une fille
medium_anmx8.jpgDans une étable, une vache pie-noire ou normande. Seule rescapée d'un troupeau. Elle ne s'appelle pas Marguerite, elle n'a pas de nom. Ses yeux sont noirs, pensifs dit-on toujours des yeux des vaches. Moi, je suis blottie tout contre elle, enveloppée dans sa chaleur, je m'endors, recroquevillée, contre son flanc, sur le foin ; elle souffle sur mon corps. Je n'ai pas d'âge ; je les ai tous. Il n'y a plus rien à dire ; j'ai enfin atteint le silence et les larmes vraies, l'amour absolu. L'invivable. Seule cette vache peut me consoler, m'accueillir. Il fait sombre et j'entends les bruits de la ferme au-dehors. Cela ne me concerne pas. Je vais mourir là flanquée à cette vache, à même la paille et la douleur. Le fermier me découvrira mais c'est la vache qui aura posé sur moi le dernier regard. Et cette mort, ce silence et ce pencher bovin, c'est cela que je veux. Je voudrais que la vache s'endorme avec moi, qu'elle abandonne aussi ses ruminations, l'attente infinie et l'esquive des coups de fourche. Je voudrais mourir avec la vache, toutes les deux fatiguées.




Un garçon

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Dans la grotte, l'ourse dort. Je m’allonge contre son corps qui se soulève et se détend au rythme des battements de son cœur. C'est la première fois que je rencontre un être vivant qui vit au rythme des battements de son cœur. Tout le reste ment et se cache et cajole sa misère. L'ourse est sale encore de s'être roulée dans la boue. Cela aussi me rassure. Je voudrais vivre toute ma vie avec cette ourse-là et ne plus jamais redescendre dans la vallée. En-bas tout est propre, les gens lavent leurs mains au robinet et se douchent une fois par jour. A force, ils ont appris à laver leurs sentiments, à peigner leurs tourments et à brosser leurs rébellions. Quand le froid se ferait trop rude, l'ourse me réchaufferait de sa fourrure ; je ne bougerai pas, j'essaierai moi aussi de la réchauffer. Après, elle ouvrirait les pattes et me laisserait aller ; s'il le faut elle me léchera le visage et je lui rapporterai des baies et du miel et des poissons. Dans la grotte, il n'y a plus tout ce que j'ai connu jusque là : livres, disques, vêtements, paroles. Dans la grotte il n'y a que l'ourse, des grognements, des bruits de langue, des coups et des caresses de pattes, un mâle parfois ; il y a des regards qui regardent et de la chaleur qui s'ébroue et se partage. Dans la grotte, je pleure quand j'ai envie de pleurer. Il n'y a personne pour s'en étonner, s'en alarmer ou se détourner. Un jour, au printemps, l'ourse se lèvera, elle m'écartera de son flanc, doucement ; elle sortira humer l'air et griffer les papillons ; elle se laissera agacer par les insectes et se baignera dans la rivière. L'ourse reviendra et nous saurons tous les deux que cette vie-là n'est pas celle qui me convient. Et que celle des hommes d'en-bas n'est pas celle qui me convient non plus. Je me blottis tout contre l'amour et la puissance de mon ourse ; c'est un jour de printemps, j'entends les oiseaux virevolter et pépier et je sens les pattes de l'ourse qui me serrent, qui me serrent. Et je sais qu'elle soutiendra ma tête pour que mon cou ne se brise pas et qu'elle me portera là où je fus heureux, là où personne d'humain n'est jamais entré, là où aucune parole ne fut jamais prononcée, là où aucun livre n'a prétendu nous apprendre à vivre. Je suis dans le bercement de mon ourse et je suis devenu son rêve, son odeur et son grognement. Je ne reviendrai plus jamais souffrir ; parmi vos semblables.

15.06.2007

Excavation II

(écho à "Excavation" paru le 29/09/2006



Je trouve chacun et les vaches
Je trouve la montagne et les alpinistes
Je trouve l’océan
Je trouve les amours et leurs blessures
Je trouve les cicatrices et je trouve le sexe
Je trouve les amoureux et les célibataires
Je trouve les philosophes et les écrivains
Je trouve
je cherche
Je trouve les enfants et les vieillards
Je trouve les adolescents et je trouve les adultes
Je trouve mon bonheur et que l’homme est
Je trouve la cigarette et je trouve que fumer est
Je trouve la terre et je trouve les cieux
Je trouve les nuages les nuages
Je trouve la pensée et les astres
Je trouve la vie et la poésie
Je trouve la mort et je trouve la peur
Je trouve le tissu et la consolation
Je trouve les vertiges et je trouve la chute
Je trouve l’ignorance et les verrous
Je trouve l’âge et je trouve la souffrance
Je trouve l’agitation et je trouve la lenteur
Je trouve ce qui ne sert à rien et l’enthousiasme
Je trouve que l’on ment et que la mort est
Je trouve la vie et le hurlement du loup
Je trouve les figures et je trouve les visages
Je trouve la pudeur et je trouve les crues
Je trouve la solution et je trouve la solution
Je trouve le malheur et le mal
Je trouve la beauté et Youri Gagarine

03.06.2007

Voix

Première voix

Je voudrais m’accroupir plantée sur mes deux talons
le front dans mes mains, pleurer vers la lune.

Mais qui donnera réponse ?
Réponse ?
Quelqu’un peut-il donner réponse ?

Y a-t-il un temps pour tout, et pour le reste attendre
Où est la force qui ne fait pas défaut ?
Les mots qui caressent les gens ? est-ce
Qu’être femme c’est ne plus être
Enfant, louve ?
Quelle est la paix la réelle et l’aimante ?
Où est le galet sur lequel s’asseoir et voir ?

Je voudrais rester là, face à la mer, me laisser surprendre et suspendre. Ne rien craindre.
Et je pleure
De voir les oiseaux sillonner le ciel et savoir leur voyage.
Certaines personnes humaines semblent oiseaux
Et moi errante sur la terre
Où est la vérité, celle qui ne ferait pas défaut ?

Je suis emplie de force et de foi et de bénédiction
Pourtant mes mains sont vides d’amour et de sens
Mon esprit divague d’une branche à l’autre
Ne se pose jamais.

Je cherche le galet
Le galet.
Ne plus ouvrir un livre de ma vie
Etre là et que ma présence ne soit pas encombrée
Je cherche le chagrin et la joie la douleur véritable
J’ai peur
Tentée par la mort et par les étoiles mon aspiration me rend vertigineuse
Où est la mesure ?
Le centre ? L’axe
Le bâton de parole
La tente
Le silence ?

Vie qui ne tournoie qu’autour d’elle-même
M’allonger, me bercer et que l’univers se dévoile. Cette nudité m’effraie. Ce vide que je sais ne me délivre pas. Je tournoie dans cette immense nuit sans fin éparpillée de lumières, cosmonaute éjectée de sa nacelle. Je vole
Je vole et me nourris de légèreté
Oh ! quelle solitude !

Quelqu’un peut-il me prendre une minute une seule entre ses mains et me déposer au sein de la sagesse – le temps d’y goûter, d’en être nourrie, d’en être ?
Le reste serait plus simple à boire alors.

Il n’y a personne ici. Personne. Chacun en soi est seul chacun de soi est seul
Le reste n’est que vague à l’âme, divagation, assemblage de formes effarées.



Deuxième voix

Honte ! ! !
Toi qui es nourrie et ne dors pas dehors la nuit d’hiver, des mains caressent ta peau et coiffent tes cheveux. Dis-moi, blanche colombe, as-tu connu le fouet ? les fossés ? les cavales de chiens qui ne bavent que de mordre ?

Crachat d’or et de plomb, ta cervelle est vide. Tu n’es que gémissement de nantie. Tu n’ouvres ni ton cœur ni tes mains ni ta maison.
Je te méprise ! parole en l’air, caprice, brin d’arbre !
Mais que fais-tu pour pousser tes branchages au plus haut de ton ciel ?
Que fais-tu ?


Troisième voix

Rien.
Peut-être un peu
Laisse-moi le temps. Je suis une très vieille femme. Qui marche depuis longtemps. J’ai besoin de m’arrêter, de m’asseoir, d’apprivoiser ma fuite et ma peur. Je suis assise sur un banc. Toi qui m’insultes, qui es-tu pour cela ? Que sais-tu de la vie ? de son nombre ? de sa lassitude ?
Assise sur un banc. Je regarde. Mes yeux sont derrière mes paupières. Je vois.
Ce tremblement ce balancement de mon corps dont je n’ai plus de honte ni de fierté. J’ai le regret de sa danse.
Je ne vois que la joie. Joie effrayante que je ne comprends pas.
Cette joie m’effraie. Je voudrais perdre Connaissance.
Elle me brûle
Je suis en feu et dois veiller sur terre
Je dois veiller sur terre

S’il n’y a personne il n’y a personne en moi non plus
Cette pensée ne délivre pas. Pourquoi dire
Que cette pensée délivre ? S’il nous faut lui survivre ?


1999

23.05.2007

Les petites morts d’après-midi

Les petites morts d’après-midi
Les douceurs

Dehors la chaleur tangue la lumière
Dehors des frontières infranchissables
dans un sens
s’ouvrent ou s’imposent
dans l’autre
Dehors à feu et à sang
Ce qui se passe sous les herbes des jardins
Dans la gueule d’un chat
Entre les feuilles affriolées du champ de maïs
Dehors on fait reculer des enfants aux confins de pays innommables
Victimes sans coupables les procédures pour responsables

Les petites morts d’après-midi
Les douceurs

Dehors les appels des oiseaux se posent là où ils peuvent

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Guilers 30 juin 2006

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