05.07.2008

La nuit du boa

Robocop femelle, jeanne d'arc hallucinée
chargée de se mouvoir parmi le monde réel
(le petit personnage, lui, ne connaît rien de la pertinence ni des règles
et va, incognito)
j'endosse le matin ma tenue de cotte de maille autour de mon coeur
et le masque de fer derrière lequel cacher les nuages en forme de nuages

d'autres plus emmaillotés posent leurs pattes sales sur mon coeur
qui palpite sous son lainage de mouton
alors j'attends le soir

j'ai le goût de la nuit du rêve et du sommeil
j'entre dans la nuit comme dans la gueule ouverte d'un boa
et là je me dépose, je fuis, je rêve, vêtue de ma peau et de la peau du boa
personne ne s'aventure autour d'un boa qui digère
je me couche dans le soir légèrement effrayée
et curieuse avant tout
les cerfs-volants de ma tête s'évadent et hantent la chambre reptilienne
les visages se composent et se décomposent
et j'enlève de mon coeur les pattes sales et les doigts gras

je me love dans la panse ouverte du cheval tombé à terre, tué par les guerres
et qui m'offre son flanc et ses entrailles
j'aspire ses odeurs et la chaleur ferme de sa dernière respiration
je me souviens du parfum du crottin et de l'indécence sauvage du cheval

le boa et le cheval mort sont une même nuit
et le matin le soleil ouvre le ventre du serpent
couteau de lumière
qui me réveille et me livre à l'asphalte
alors que les nuages du sommeil me protègent encore
invisibles métaphores au-dessus de mon crâne


juillet 2008

06.02.2008

La nuit des antilopes

La nuit quand je dors les mots sont des gazelles aux jambes feuilletées d'or
elles quittent mon esprit et gambadent au clair de lune, se désaltèrent à la rivière.
La terre sous leurs sabots gronde quand elles passent les frontières ; car la nuit, les douaniers ferment les yeux. On peut voir mes gazelles aller et venir du Sahara aux déserts d'Asie, patauger dans les marais ou mordre des pumas égarés. Mes gazelles sont facétieuses quand elles imitent la vie

mes antilopes de nuit viennent parfois du Saskatchewan blotti de mon cortex et les mots sont alors comme des langues chaudes de bêtes à fourrure qui serpentent mon dos
elles cherchent l'aventure et les conversations ; dans les rues désertes des villes mes gazelles magenta tournent leurs regards vers la lune et les rues bruissent des langues de savane africaine

le jour, mes gazelles se terrent dans les trous de la ville, aux aguets : c'est l'heure des paroles crocodiles, les mots qui disent les choses utiles, ménagères et grises. Les gazelles, sur le qui-vive retiennent leur or et ferment leurs yeux de biche, camouflent leurs cornes de licorne et passent inaperçues. Les mots crocodiles grondent alentours et arborent leurs capes de matador, les rues et les rivières se colorent du rouge d'alizarine,
les lèvres et les crocs du rouge d'Andrinople,
des couleurs qui affolent les pumas et les guépards ; c'est l'heure où les fourrures palpitent de peur à l'abri de mon dos et se réfugient à l'abri de mes os, c'est l'heure où les douaniers ouvrent l'oeil, où les gazelles magenta se rendent invisibles et endossent leur tenue de camouflage. Mes fières antilopes légères rognent leurs cornes d'abondance, embrument leurs feuilles d'or et se transforment en gnous.


6/02/2008

23.01.2008

Enfance

303eafb9e54792636a0fbd79d3d0f4e7.jpg« l’impouvoir des larmes »
« cette présence reparue : tout en sachant que nul, jamais, nul ne revient »
Carlo Emilio Gadda




Tout vient de loin

De la ville
en apnée
briser la vie la taillader en son centre

Et des champs
Chaque talus escaladé
Chaque pin griffé
L’odeur de la résine et du sang
L’écorchure de la peau et l’écorce du pin

Grandir meurtrir quitter
Dos contre terre
On aurait su ainsi que l’hiver était froid
Au souverain de l’été

Aller pieds nus dans la lumière

La ville la nuit
Nous marchions ensemble
Parmi les rumeurs
Contre le monde entier
Etoiles fixes dans un ciel filant

à Y.A.
2004