17.11.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) /Troisième parenthèse : Vol Paris-Pointe-à-Pitre

Au-dessus des nuages. On imagine ainsi la lumière sur la banquise. A perte de vue des reliefs de glace, de neige et comme des traces de traîneaux, d’atterrissage et de coups de freins. On ne serait pas étonné de voir venir du fin fond de l’horizon, un attelage de chiens sulky, un skieur de vasalopette égaré mais ravi ou un remorqueur de haute mer transformé en brise-glace.
Des sillons et des boursouflements d’écume pour aucune visible existence, aucun animal et pourtant... Comment n’y en aurait-il pas là justement ? Le soleil n’a jamais brûlé aussi haut, aussi clair, aussi humainement proche et rassurant. Parfois la beauté relègue la peur au rang des barbarismes.
Que l’homme, moucheron soit ainsi capable de s’élever au rang des oiseaux-dieux, ce n’est pas seulement une preuve de son intelligence, c’est aussi une justification de son art de rêver .
Au-dessus de cette mousse infinie de nuages, on est comme au-dessus d’une immobilité telle qu’elle atteint au cœur de la vie même, au battement régulier de cette vie dont on ne sait jamais ce qu’elle est mais dont parfois on soupçonne que l’on en est.
Accidents de terrain, forêts blanches de feuillus, cratères immaculés, champs de neige qu’une déchirure douce ouvre sur la mer.
Des plaques entières de nuages, de coton, d’écume en recouvrent lentement d’autres, caparaçonnant la terre d’une couette immense. Et du soleil se déposent des champs de braises au loin, des lacs de feux et des mers rouges, accessibles au regard, accessibles.
+ 10 000 mètres d’altitude. - 55° au-dehors.

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