06.12.2007

Cinq

Foulant des aires de rêve
Rester apte à la rage

7-06-2005 vers paris en train

***

J’aime un homme réel
Je ne l’invente pas

Je le rêve

28-10-2005 guilers

***

les oiseaux de l’eau
volent dans les cieux liquides

6-11-2005 argenton

***

la poésie
par la tête
par l’anus

?-08-2006 guilers

***

esquibien la plage
foulée de tourbillons
blancs et gris
les flocons du vent d’écume
amenés par la vague et le vent
du golfe de gascogne

les oiseaux-brigadiers de la plage
picorent l’usure du soir

30-09-2006/7-10-2006/6-12-2007 audierne/guilers

09.10.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série)/Figure 13 : une femme

(...)Il ne te reste qu’une cigarette. Et un livre. Imagine un livre infini : un délice qui s’éternise dans l’agacement et s’enlise dans l’ennui et l’horreur…(...)



Que faire d’autre que regarder, observer du fond de son trou et engranger les pailles et les grains pour une hypothétique moisson ? quand ? on ne sait jamais les saisons de l’âme.
On ne se relève pas impunément d’une enfant assise.

Bien sûr, il y a les arbres, leurs feuilles où se poser, les rochers, le sable et la mer, la grande qu’on voudrait véritable, ultime et consolante, la mer qu’on invente à chaque faux-pas comme horizon salvateur. Mais la mer, qu’est-ce que c’est d’autre que la mer ?
Seule, sur la terre retournée, au beau milieu de la cible d’un champ, avec à l’horizon des fleurs mellifères. Horrifiée par vivre et par les tonnes de terre à soulever pour que le moindre geste soit un geste. Et personne à sa place ne peut pelleter la terre, c’est ça qui est encombrant comme idée. Avancer seule vers le trou.medium_Arba4arundo.jpg

Alors la chasse, la pêche, les tomates et le jardin, les soins aux chiens et le bateau à réparer, le miel à extraire et le miel à goûter, les confitures et les souvenirs, tous ces gestes et ces courbatures, ça peut meubler et empêcher l’image, mais un instant seulement. Un instant qui peut sauver mais qui ne sauvera qu’un instant. Ça ne peut pas cacher bien longtemps la peur, la viscérale et le doute envahissant. On se retrouve toujours seule sur la terre retournée, au beau milieu de la cible d’un champ à questionner muettement le Grand Muet, à lui demander sans même le savoir « Eli Eli lama sabachtani ? », cette prière-là, tous les jours que le hasard a fait, elle me transperce le foie. Alors il reste à continuer la marche, à poursuivre dieu sait pour où, et par-dessus la vague, à pleurer pour rien à pleurer penchée sur son bol ou terrée sous sa peau.

Et puis, on repense aux feuilles des arbres où se poser, à la mer et aux galets qu’elle ne finit pas de rouler sous elle, à la peau de celui qu’on aime, son geste à la terre, nu de sangs et de sèves, le corps de celui-là collé au sien et ses ululements de nuit : on a l’impression qu’enfin quelqu’un vit même si ce n’est pas soi, enfin quelqu’un vit en vous, contre vous, par vous et ça, ça a de quoi faire chavirer.

On peut être prise par la vie, par le clair, grâce aux astres là-haut, à des conjonctions favorables, oui par à-coups aimer oublier l’amertume la grimace ironique et les pleurs pour rien, par à-coups écouter les aboiements et les ululements des chiens, se pencher vers la terre et y déceler dieu – mais toujours soudainement une flèche vient se ficher au plein centre du front et ça vibre encore du lointain qui l’a décochée cette flèche ça vibre encore et pendant longtemps.

Il n’y aurait que les mots, s’il le fallait, à qui rendre un peu d’indulgence. Ils ne demandent rien, ne sont rien, des chiures de mouche qu’on peut faire voler, crédibles parce que ni faux ni vrais, authentiques parce qu’inventés. Des petits dieux en fin de compte. Prières muettes adressées à rien ni personne.

medium_Arba8bactris.jpgNi belles phrases ni salamaleks ni béni-oui-oui ni coquecigrues ni tricheries. Rester au fond de son lit pour la vie et partir en guerre, traverser des champs de morts et de tournesols, enjamber les blessures et leurs cris d’agonisants. Seule et livrée aux hasards, c’est ça qu’on est toujours. Que faire de ses bras ballants ? et de ses ailes légères ? s’écouler dans la torpeur des songes, suivre Molloy sur son vélo et témoigner du monde comme un regard touché du bout des doigts.

Alors, on se couche sous sa propre peau, on s’enroule dans des pages et des images, on prend sa peine entre les doigts et on la filtre. On n’entend plus que des ululements de douleur en attendant la prochaine flèche et on se couche, aux pieds d’un maître : pleurer pour rien aimer sans aimer renoncer parce que croire est encore moins crédible que dans la boue s’enfoncer.

(1989 ?)

03.09.2007

Les univers

Je te montre les univers

Je te montre le mot secret que j’écris sur le sable
Avec un bâton, un bout d’ardoise, un bout de verre
Trouvés sur le sable
Les jambes écartées je suis assise
Sur le sable.
De la gauche vers la droite
Je lisse le sable humide du tranchant de ma main
Et j’écris avec ce que je trouve j’écris ce que je trouve
Le mot secret
Secret par deux fois parce qu’il est de mon cœur
Secret par deux fois parce que la mer l’efface

Je suis heureuse et je te montre les universmedium_Polyptarbaus4.jpg

Je me lève et je marche sur le gravier millimétré de fouillis et d’ordre méconnu
Je joue avec l’infime les gris des cailloux et leurs silences immobiles
Je déplace une brindille et les univers se déplacent !

Bientôt je vais vers le figuier aux sangliers et je choisis les fruits, de rire
Car
Je pense aux testicules des hommes et je mords la couleur rouge des figues
En pensant
Aux testicules des hommes

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur

Quelque chose s’ouvre et s’écarte du pubis au thorax, de l’air frais caresse
L’intérieur, l’envers de ma peau, l’intérieur sensible du vide

Un léger nuage se détache de la lune
Une chauve-souris file le ciel
L’absence du vent posée sur les feuillages et les sons éparpillés
Des bêtes inconnues
Constellent la nuit des silences immobiles

Je prends l’avion demain
Je ne sais pas où je vais
Ni à quoi je me rends

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur


A Christiane
Mons nuit du 25 au 26 août 2007

26.07.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figures 6/7/8

Figure 6 : tilt

… comme si la solution était d’être ici mais sans y être.
Cette vie-là comme une attention à toutes les autres vies, collection dans laquelle puiser des images, cette vie-là comme une vie d’apprentissage. La réalisation se fera dans une autre vie nourrie de celle-ci, qui se construit, se forme ici-même mais ne peut se manifester. Notions de passages successifs, emboîtements nécessaires à l’ultime réalisation, comme s’ils n’étaient que des peaux dont on mue à chaque vie. Au milieu de ce combat sanglant de « moi » épars, un être se fraye infailliblement son chemin sans tenir réellement compte des douleurs de ces peaux éphémères. Cette connaissance t’intime d’aimer sans aimer.



Figure 7

Lecture/cigarette/café/lecture/café/cigarette/cigarette/lecture/café////////
Absence indolore. Sorte de méditation involontaire proche d’un tourbillon de vide. Sérénité inquiète au ventre ; si cela est envisageable. Aucune pensée ne fleurit. Pas même des pousses. Le terre à terre de la résignation. Ce doit être un truc vieux comme la vie auquel on s’habitue, la désertification des forêts, l’anémie des amibes, l’assèchement des cours d’eaux encore que. Un petit sac de larmes salées alourdit ce corps et se balade à l’intérieur. Flic floc ça bouge. Même immobile on l’entend qui remue et gargouille. Un besoin de paix, de mer étale et de galets découverts ? Pourquoi ne pas considérer cet état déliquescent comme une chance de survie, une apnée salvatrice ?



Figure 8 : une enfant sauvage

Elle sent la terre, la proximité des bêtes, des chevaux, des vaches et des chiens. Elle porte l’odeur de la terre, celle de l’herbe quand on s’y est roulé, l’odeur du feu, animale, primitive, désordonnée, si forte qu’elle oublie que nous sommes debout.
Epousant cette odeur et la dispersant au vent, il y a la mer : avant tout, ce bruit de fond, une lumière au-delà d’un talus.
L’hiver a ses énigmes : le ciel contre la pierre, les sources d’eau sous les routes et les fossés de ce pays. Tout cela est mort dit-elle mais j’aime cette mort retenue encore par la lumière et le vent.

22.12.2006

A nos amours (extraits)

Aujourd'hui, je dédie ces poèmes à Vincent et Juliette



Ah ! l’oubli du lilas sous les draps.
Reprenez vos odeurs
Nos coeurs à vos départs
Y succombent encore.


***
pour toi ce chemin
et les talus de ce chemin
les fleurs de ces talus
la couleur insensée de ces fleurs
les insectes posés sur la couleur insenséemedium_Arbasbaus.jpg
pour toi le vol de ces insectes
les poussières de ce vol

vertige des brindilles de lumière
sous les yeux de ton vertige

***
voir tes yeux c’est tenir l’eau en ses doigts
et la filtrer
pour voir

***
Et si tu étais là ta peau respirée là
je voudrais hâler la mer et le vent qui s’apaise,
en pleine nuit avec toi.
Si tu étais là

***

Je t’attends
comme on attend un souffle
d’air, une orgie de vent
là où le vent a disparu

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