07.05.2008

Jacques Maillol

les visions relèvent de la pulsion scopique
et les visions relèvent de la méditation en lotus
donc la méditation en lotus relève de la pulsion scopique
ou bien la pulsion scopique relève de la méditation en lotus
ou bien la méditation scopique et la pulsion en lotus sont une seule et même chose
ou bien

À la nuit tombée j'ai pris une échelle pour atteindre ma chambre crânienne ; arrivée au dernier barreau,j'ai percé la fontanelle d'une aiguille endoscopique de façon à observer ce cabinet de curiosités. J'ai laissé dans l'ombre les angles morts à cause de la courbure de mon fibroscope ; à regrets.
En dehors de la chambre à merveilles, la pluie d'avril me transperçait de ses myriades d'aiguilles gelées d'acupuncteur expérimental ; par bonheur je m'abritais sous un drôle de parapluie de tête aux couleurs de la Jamaïque ; sous un lampadaire, quelqu'un attendait. L'oeil collé à mon télescope, je me suis balladée, consciente d'être en même temps la regardée qui regarde et que l'échelle des valeurs ne pouvait être la même ici et là ; où je me trouvais toutefois au même instant.
Mon oeil à la ligne passait en revue les merveilles et les licornes repues, focalisait sur des souvenirs hypothétiques quand
mon âme brindille m'est apparue telle jacques maillol remontant en droite ligne des abymes en recherche verticale de la lumière, sans précipitation mais avec une angoisse apnéique de ne jamais la retrouver
puis telle un yoyo je me suis vue glisser dans le sommeil comme le plongeur dans la mer jusqu'à devenir élément de la mer, particules mouvantes de l'eau, objet de la mer, fortune de rêves. Les poissons-rêves se nichaient contre mon corps comme dans les trous et les cavernes d'une épave et je respirais à mon tour par leurs branchies
jusqu'à l'asphyxie
qui mène au réveil brutal
sans les paliers de décompression, vitaux.
C'est ainsi que je suis tombée de l'échelle, au beau milieu de mon lit



30/04/2008-01/05/2008

30.11.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figure 28

(Dernier texte de cette série ; je dois dire que celui-ci m'a toujours laissée perplexe ; justement...)


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Perplexe et sans avirons, je ramais sur une mer d’huile, une hautemer de luttes et de poissons-torpilles. « Toujours pas de baleine en vue ! ». C’était la vigie du navire qui ainsi parlait juste. Mais alors, le sel, la viande séchée et les tonneaux vides de tous les Olsen Nagel de Scandinavie, c’était comme une blague, une berlue du haut du grand mât. Tant pis, me dis-je, le mirage est plus beau que la mer. Un grain de terre, un seul grain de terre, sur l’ongle, sur une simple tête d’ épingle, c’est un rubis en pleine mer.
Le délicat, c’était la vigie, à force de voir elle hypnotisait tout alentours. Sacré Johann même le sommeil ne t’apporte pas le sommeil. Et la barque va, ondulante sur la mer immobile. A force de harponner, Johann, ton œil valide ne se fermera jamais. Vivre ici c’est vivre demain et on ne sait jamais pourquoi une histoire vous poursuit et pourquoi elle vous guide. En pleine mer, Johann, il faut trouver le rubis. C’est la dernière chance pour que ton œil se voile, et tu verras toutes les baleines qu’Achab jamais n’a su imaginer.
L’astre de la mer, c’est la baleine.
Baleine sans océan. Baleine sans petit. Sans ramage et sans ailes. Baleine de plaisir et baleine à pleurer. Dans un trou de souris baleine aussi. Sous la glace en sommeil baleine encore. Asthmatique. Baleine sans le cuir, baleine sans la graisse et baleine sans les muscles. Juste dans le trou de souris. Baleine à chercher un sein à chercher un coude, quelque chose, à téter. Quelque chose à rêver. Baleine à bosse. Sous le gel immobile en apnée bientôt morte baleine rongée de sel.

On me dit : si on le laisse là le rorqual entier, intact, il va finir par empester l’air et les mouettes s’étoufferont dans ses viscères à force d’y venir becqueter.
On me dit : le rorqual, il ne faut pas le laisser se putréfier et s’enfoncer grouillement de vers dans le sable.
Je sais.
Je les ai vus les hommes, les bouchers découper ta masse en trois morceaux distincts, la tête, la queue, le corps… ça voulait dire quoi de voir cela : la dune comme un étal de boucher ?
Protection de lard et caudale déployée : ça t’a servi à quoi une fois éteints tes yeux, une fois bigarré ton sang, une fois fouaillés tes muscles ? mourir épanoui sur les galets ?
Ne plus pouvoir distinguer ce qui est de ton sourire de ce qui est de l’estafilade des bouchers… découvrir ta caudale jetée vulgaire queue de poisson dans une benne à ordures…
Quand je les ai vus les hommes en tablier avec leurs couteaux de cuisine fouailler, vriller, soigneusement débiter en lamelles, je crois je n’ai plus rien rêvé ni rien pensé. Je me suis souvenue des images des livres : les pêcheurs de baleine à l’œuvre sur le baleinier.
Tu es venu de la mer du Skaggerak qui sait, cesser de vivre ici.

Alors, volontairement, quelqu’un s’est donné mortel soudainement, Johann ?
La mer à marée basse, quand des vagues il ne reste rien, on la sent partout, retirée, remuée, éloignée mais pleine ailleurs, à ras bord contre des murets ou des digues. On a des papillons plein la vue, des blancs, des cocardes, des bleus et cela devient de plus en plus cocasse, en regardant la mer, de penser la beauté et l’ordre des choses.
Pour quelqu’un le monde a basculé.
Magie des disparitions, Johann. Dois-je croire à une évaporation , un mauvais génie t’aurait-il embouteillé plutôt ? ou une sorcière mis aux fers ? Ou encore un voilier fantôme a croisé son fleuve à ton chemin, pour t’embarquer vers nulle part, à moins que ce ne soit un prince qui t’impose par caprice des épreuves initiatrices à l’issue desquelles épouser sa fille serait ton gain ? Un loup-garou t’a laissé mort et déchiré sur une lande déserte, écossaise, humide et nocturne ?
Qui sait , Le triangle des Bermudes est atopique ou bien grondant au-dedans de nous. On peut se laisser aspirer, goulûment perdre son nom et sa mémoire, son désir et sa peau, se résorber ainsi de l’intérieur, se recroqueviller peau de chagrin en boule de papier chiffonnée de feu, de braises, devenu cendres à l’intérieur de son ventre. La baleine, c’est le ventre de Jonas lui-même.
Etre retrouvé pendu à la grande vergue ou pantelant vivant quelque part, toujours quelque part. La terre est partout et elle dénonce notre présence. Tu auras beau te terrer le jour se lèvera.

Il faisait beau en ce temps-là. La mer émettait des signaux immobiles, comme des appels à venir à elle.