06.02.2008
La nuit des antilopes
La nuit quand je dors les mots sont des gazelles aux jambes feuilletées d'or
elles quittent mon esprit et gambadent au clair de lune, se désaltèrent à la rivière.
La terre sous leurs sabots gronde quand elles passent les frontières ; car la nuit, les douaniers ferment les yeux. On peut voir mes gazelles aller et venir du Sahara aux déserts d'Asie, patauger dans les marais ou mordre des pumas égarés. Mes gazelles sont facétieuses quand elles imitent la vie
mes antilopes de nuit viennent parfois du Saskatchewan blotti de mon cortex et les mots sont alors comme des langues chaudes de bêtes à fourrure qui serpentent mon dos
elles cherchent l'aventure et les conversations ; dans les rues désertes des villes mes gazelles magenta tournent leurs regards vers la lune et les rues bruissent des langues de savane africaine
le jour, mes gazelles se terrent dans les trous de la ville, aux aguets : c'est l'heure des paroles crocodiles, les mots qui disent les choses utiles, ménagères et grises. Les gazelles, sur le qui-vive retiennent leur or et ferment leurs yeux de biche, camouflent leurs cornes de licorne et passent inaperçues. Les mots crocodiles grondent alentours et arborent leurs capes de matador, les rues et les rivières se colorent du rouge d'alizarine,
les lèvres et les crocs du rouge d'Andrinople,
des couleurs qui affolent les pumas et les guépards ; c'est l'heure où les fourrures palpitent de peur à l'abri de mon dos et se réfugient à l'abri de mes os, c'est l'heure où les douaniers ouvrent l'oeil, où les gazelles magenta se rendent invisibles et endossent leur tenue de camouflage. Mes fières antilopes légères rognent leurs cornes d'abondance, embrument leurs feuilles d'or et se transforment en gnous.
6/02/2008
15:18 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gazelle, nuit, langue







