01.04.2008
Enigme - 01
« Qu’attendent-ils ces oiseaux sur un toit ? »
Alignés trois goélands regardent
En ordre font le guet
« Protègent-ils de semblables amants ?
Mais contre quel guerrier? »
Ils étaient trois -- lui seul est demeuré
Peut-être ces deux-là, là l’ont abandonné.
Un goéland sur le toit
Sur le toit gris de son ennui.
Les trois oiseaux qui n’étaient rien
Un à un vers la guerre sont envolés
Guerre du vent
--Restaient le toit la grille et ce pigeon,
celui-là aile apprivoisée.
(198 ?)
15:11 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : goeland, pigeon, ennui, envol
26.07.2007
PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figures 6/7/8
Figure 6 : tilt
… comme si la solution était d’être ici mais sans y être.
Cette vie-là comme une attention à toutes les autres vies, collection dans laquelle puiser des images, cette vie-là comme une vie d’apprentissage. La réalisation se fera dans une autre vie nourrie de celle-ci, qui se construit, se forme ici-même mais ne peut se manifester. Notions de passages successifs, emboîtements nécessaires à l’ultime réalisation, comme s’ils n’étaient que des peaux dont on mue à chaque vie. Au milieu de ce combat sanglant de « moi » épars, un être se fraye infailliblement son chemin sans tenir réellement compte des douleurs de ces peaux éphémères. Cette connaissance t’intime d’aimer sans aimer.
Figure 7
Lecture/cigarette/café/lecture/café/cigarette/cigarette/lecture/café////////
Absence indolore. Sorte de méditation involontaire proche d’un tourbillon de vide. Sérénité inquiète au ventre ; si cela est envisageable. Aucune pensée ne fleurit. Pas même des pousses. Le terre à terre de la résignation. Ce doit être un truc vieux comme la vie auquel on s’habitue, la désertification des forêts, l’anémie des amibes, l’assèchement des cours d’eaux encore que. Un petit sac de larmes salées alourdit ce corps et se balade à l’intérieur. Flic floc ça bouge. Même immobile on l’entend qui remue et gargouille. Un besoin de paix, de mer étale et de galets découverts ? Pourquoi ne pas considérer cet état déliquescent comme une chance de survie, une apnée salvatrice ?
Figure 8 : une enfant sauvage
Elle sent la terre, la proximité des bêtes, des chevaux, des vaches et des chiens. Elle porte l’odeur de la terre, celle de l’herbe quand on s’y est roulé, l’odeur du feu, animale, primitive, désordonnée, si forte qu’elle oublie que nous sommes debout.
Epousant cette odeur et la dispersant au vent, il y a la mer : avant tout, ce bruit de fond, une lumière au-delà d’un talus.
L’hiver a ses énigmes : le ciel contre la pierre, les sources d’eau sous les routes et les fossés de ce pays. Tout cela est mort dit-elle mais j’aime cette mort retenue encore par la lumière et le vent.
12:38 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : enfance, nature, autoportrait, ennui, moi
19.07.2007
PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) /Figure 5
Te voici parasitée par l’ennui. Eprise et pétrie de rêves grands, tes jours s’enlisent. Enfourcher les baleines, ç’aurait été cela la vie rêvée mais à les voir se balader sur le petit écran et en plein océan, tu en as déjà la crainte. Ça a toujours été cela ton hiatus privé : croquer des images mille fois trop immenses pour tes yeux myopes. Tu es hors écran quand tu rêves. Tu t’es dit : il reste la vie des jours et des nuits, les bonheurs que l’on ne porte pas à bras-le-corps, les accessibles, les frémissements de chaleur à votre dos, les verdures du printemps et les miettes dispersées aux rouges-gorges des jardins. Tu t’es dit, oui, que les rêves enterrent les rêves et laissent place aux vivants ! Tu as essayé, il est vrai conquise par un cercle hétéroclite d’homéopathes, de sexo-psycho-thérapeutes, de magnétiseurs, de musicothérapeuthes, d’ostéopathes et même, il s’agissait bien d’aller au fond des choses, d’un proctologue qui a pris ton anus en photographie en multiples exemplaires de multiples formats. Peut-être la solution naîtrait-elle de là, le fondement même de tes ressorts.
A regarder la photo, tu t’es prise à rêvasser autour : planète oubliée aux mille irisations, fruit délictueux des déserts sous les arbres, bouton rond, parfait, image des délices de vivre... d’un geste, ton proctologue d’un jour a escamoté tes photographies intimes qui ont rejoint un dossier médical dûment estampillé sans aucune adresse littéraire ou poétique à qui que ce soit.
Au bout du compte, tu t’es observée, seule, un corps, une tête intérieure et extérieure, les mêmes rêves grands et les mêmes infirmités petites. Si répandues les infirmités petites chez ceux-là qui passent le plus sombre de leur existence à apprendre à exister. Simplement. Je veux dire pas de ces apprentissages pédagogiques prédigérés ou lyophilisés, non je veux dire appendre à respirer, à avancer un pied devant l’autre, apprendre à sortir dans la rue aux yeux de tous et apprendre à faire partie de la rue et de la foule. Enfin, apprendre à exister tout bonnement, se dire je suis vraiment debout, vivante, à cet endroit, en ce moment.
La question de savoir que faire de tes bras ballants, de tes yeux virevoltants et de tes quelques neurones agissants, elle est toujours autour de toi comme une mouche importune.
15:35 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ennui, mélancolie







