31.05.2008
Champollion, laura, l'os hyoïde et les lombrics
Le cartilage épiglottique a la forme d'une feuille dont le rameau s'insère dans l'échancrure du cartilage thyroïde.
les mots ne se trouvent pas dans mon cerveau mais dans ma gorge, plus exactement à la hauteur de l'os hyoïde.
Parfois, ils ne trouvent pas la sortie ou bien s'échappent rauques ou sifflants sous la pression des muscles laryngaux ; ou bien ils buttent sur le caillou épiglottique.
En ce moment les mots de la gorge sont divorcés des images de tête, ce qui est assez difficile à vivre. Le même inconvénient atteint parfois les gestes eux aussi coincés quelque part, dans des noeuds coulants, sous les tendons des mains ou plaqués sous la peau, englués dans les mailles d'un fascia. On peut concevoir des oedèmes formés par des gestes captifs.
A l'intérieur, il pleut des mots. Des paysages de tête, tombent les mots en grêlons qui se heurtent au goulet de la gorge où ils s'amasssent, se calcifient et deviennent, dans le futur, des fossiles.
Ce sera une découverte étonnante quand on trouvera, dans le futur, des fossiles de mots et Champollion sera nécessaire pour lire cette nouvelle pierre de rosette ; il s'arrachera les cheveux, ce Champollion neuf et fringant, car ces mots calcifiés ne sont que des résidus d'images, les gouttes de pluie d'un cerveau. Champollion sera déçu en tenant dans sa main cette pelote de rosette insensée.
Le corps en général est assez bien organisé mais il laisse la place à des fouillis, à des mangroves, à des bifurcations. On y rencontre souvent des armées en déroute, fusils en bandoulière et hâvresacs vides.
En général, le corps est bien organisé, mon âme miniature s'y ballade entre les replis constrictors et les chemins fibreux ; elle s'y perd aussi.
Mon âme pêche à l'envi les mots qui tombent et chutent dans ma gorge et les remonte grâce à sa canne à pêche en osier ; c'est une canne rudimentaire sans moulinet. Les mots prélevés frétillent encore mais sont souvent blessés par l'hameçonnage, c'est fatal.
Sans compter qu'un mot seul, isolé de ses congénères est un mot mort. Mieux vaut le rejeter à l'eau ; on l'entend alors toucher les eaux de la gorge et on le devine chuter au fond de quoi ? À la recherche instinctive de ses compagnons. Peine perdue.
Sans oublier qu'il existe des mots carnassiers envers d'autres mots plus débonnaires, pacifiques ou simples d'esprit. Les mots carnassiers n'en font qu'une bouchée. Toute cette histoire est un vrai carnage. Toute cette histoire se passe à l'intérieur de ma gorge, dans un lac d' eaux mortes sommeillant à la fourche de l'os hyoïde.
Fatalement certains mots rejetés par mon âme pêcheuse tombent encore plus bas et finissent en des endroits innommables ; fatalement, ils sont évacués, car le corps en général est bien organisé.
On peut ainsi trouver, dans la nature, de ces mots orphelins, blessés, solitaires et insensés et ces mots-fossiles découverts par le Champollion futur sont moins utiles que les vers de terre.
C'est pourquoi je vénère les vers de terre. Ceci est une ode aux vers de terre et aux lombrics. Les Egyptiens en avaient faits des animaux sacrés. Je chante les louanges des vers de terre du mésozoïque sortis des eaux voici cent millions d'années !
Laura enfant sauvait les vers de terre des coups civilisateurs et biseautés de la pelle. Elle les recueillait dans la coupelle de ses mains pour les déposer plus loin, en leur expliquant la raison d'un tel déménagement.
Ainsi je vénère les lombrics.
14 mai
15:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mot, lombric, âme, cerveau
12.04.2008
cerveau-3
les images alimentent la rêverie la rêverie alimente les visions les visions alimentent la concentration
la concentration alimente le sage désir
le sage désir est le désir qui n'attend que ce qu'il obtient qui n'attend ni ne veut
le sage désir est la joie
ce que je vois :
une plage à l'aube, la mer plane d'un dimanche de faux hiver, les pâles du soleil froid, la figurine d'un cargo ou d'un méthanier sur la ligne d'horizon, les maisons de la corniche, closes sous leurs volets et toi dans une transparence imaginaire
j'emprunte le banc qui est adossé au mur de la maison de michel et marine, je le transporte sur le sable face à l'eau océanique. C'est un dimanche de sabre. Les marionnettes psychologiques s'agitent et souffrent dans le décor qui lentement bouge : le méthanier, le sable, le banc, l'agacement de la mer sous une brise symbolique.
Je n'ai pas bougé d'un pouce, c'est cela le pouvoir de la vision.
J'escalade, personnage miniature le Mont Rushmore de mon visage ; une fois encore je me réfugie dans l'al-ibi de mon cerveau et là les figures des présidents d'Amérique s'estompent se déforment s'effritent et je retrouve Wakan Tanka.
Hébergée par mon cerveau, je ne suis ni mâle ni femelle, je suis dessinée brindille à la façon des figurines de françois place, plutôt philémon que laureline. C'est un constat qui me trouble. Mais ici, peu importe mon apparence, je me trouve à Paha Sapa et ma taille et mon sexe sont ceux de l'univers.
Ce qui me malmène ce sont les bruits, les sonneries de téléphone, les façons de conversation, les avions de ligne qui tranchent la nuit. Alors je développe mon cerveau de résistance, le cerveau bartlebyen et je m'enfonce au creux d'une image de fauteuil ou je m'allonge sur la mousse des dunes, une cigarette aux lèvres. Mon âme-brindille brille de malice et voyage au son des bisons ; elle peut être aussi obtuse que le front d'un bison.
Un afflux d'images arrive par les vaisseaux sanguins (il faut bien m'imaginer dans mon crâne), des boat-peoples cherchant où se poser pour vivre ; ils investisent les lieux, en haillons mais fermement résolus à me squatter. Je voudrais fermer les écoutilles, faire chavirer les navires, ne pas voir les visages et les mains, revenir aux lacs enchanteurs des décors zen et lustraux, libérer le Tibet en plongeant mes yeux dans les yeux de tara verte
ma ville d'ys corticale sombre sous les eaux, enfin engloutie, sous les algues, elle se fige et vague sous les limbes.
C'est l'heure des vaporetti vénitiens. Des images-touristes débarquent sur les quais, se bousculent, crachent leur salive dans les eaux de la ville. Je me prends la tête miniature entre les mains, je rêve de sable blanc et gris et de la mer quand la mer devient cette langue féline qui lèche mes pieds nus, quand la mer laisse derrière elle ses vagues sa monstruosité abyssale, sa masse de montgolfière et devient cette langue apaisée
Une image chasse l'autre quand j'ai de la chance ; sinon, elles se juchent l'une sur l'autre, obstruent les artères et chutent au fonds du puits sous le lac de mercure. Ne restent que des friches industrielles, des lambeaux de tapisserie et des élingues ou des sentiers de forêts dont les moindres branches craquent sous mes pieds.
Est-il temps de quitter Paha Sapa ?
Mon petit personnage spirituel autiste et libre ne connaît rien de l'altérité
24/03/2008 - 02/04/2008 Guilers
19:25 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cerveau
02.04.2008
cerveau-2
Je me demande
comment il se fait que de tant de matières,
se déplient se développent s'épanouissent ou se flétrissent des images ? des mots ? des abstractions ? Et comment s'incrustent dans les plis et replis du boa ou sous la voûte corticale les souvenirs sous forme d'images aussi qui ne sont plus qui ne sont rien qui ne sont ni bois ni pierre. Je me demande
alors je marche et je poursuis mon aventure
des flèches électriques et des petits bâteaux chimiques, des câbles, des filins, des mousses et des liquides, des membranes protectrices comme les mères-araignées...
je traverse en personnage minuscule ces territoires ou je joue les funambules motorisés ( tu te rappelles les funambules du soir sur la place de l'église ?) et comme balancier je n'ai que mes bras, les pagaies qui plongent dans les eaux de mon cerveau les rapides et les fleuves impétueux...

en ce moment je me trouve à l'intérieur de mon cerveau
sur mon passage j'écarte les franges de fougères et d' herbes les feuilles de bananier
j'avance un peu inconsciemment sur les galets des fonds de rivière, attirée par un lac immense et bleu sombre, métallique et beau mais le lac aspire mon regard comme un gouffre sous les eaux plates et calmes ; attirée par le vertige et l'obscur je retiens mon souffle et me retient à des branches neuronales, terrifiée par le gouffre

un galet, une sorte de caillou ; je m'y asseois et je vois à l'horizon, au-delà du lac, un troupeau d'éléphants menés par des cornacs impavides
j'ai l'impression de me trouver à l'abri du squelette d'une baleine, tapissé de mousses et de sang
je sens comme des échanges invisibles de globules translucides, amibes océaniques ou méduses microscopiques -de celles qui dansent devant mes yeux quand je les ferme
et je me demande
comment il se fait qu'en ce monde bondé de miracles ou de pensées rationnelles, irrigué de prières ou de réseaux d'axones et de synapses, comment il se fait qu'au chevet de tant de guérisseurs, tant de cerveaux et de coeurs bredouillent encore dans le malheur, pêcheurs du dimanche lançant leurs mouches vers le vide et les trous d'eaux

16/03/2008 – 18/03/2008 Guilers
17:25 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cerveau
18.03.2008
Persistance rétinienne
Certains jours je dépose mon cerveau sur la table et je le consulte.
(Ces jours-là, je me fabrique un visage d' hologramme et je poursuis ma vie sans crainte d'être démasquée.)
Dans les plis et replis du boa constrictor et gris je trouve des feuilles de papier à cigarettes job friables comme papier bible au toucher, des gauloises
et des bleuets
les fleurs-tonnerre préférées de mon grand père paternel. Lui, il longe les talus sur lesquels s'entêtent les bleuets
et de mon cerveau se déroulent comme les volutes de fumée des gauloises, les rêveries, les stupeurs et les colères de mon grand père dans ses égouts caniveaux de guerre et de boue
je trouve des cigognes
des pelotes de réjection
des scarabées dorés de type bousier
(je ne touche pas à ces insectes car ce sont des combattants ; ils luttent contre la prolifération des parasites porteurs de maladies en aérant le sol ; je les laisse donc là où ils sont)
je trouve
Abdelkader
Guillaume Tell
Michel Strogoff
Youri Gagarine
Dressé sur son cheval noir Abdelkader me regarde droit dans les yeux
Guillaume Tell campe face à Gessler et lui assure que sa seconde flèche aurait été pour lui
Michel Strogoff ne cille pas sous le sabre qui lui fend les yeux
et bien sûr au-dessus de la mêlée et des méandres
Youri Gagarine regarde de son premier regard
je tremble je me rends compte que mon coeur est mon cerveau et que mon estomac est mon cerveau et qu'il n'y a pas de coeur sec et froid et qu'il n'y a que flux et reflux de sang et de voyages électriques
quand mes doigts touchent par inadvertance des formes ovoïdes : je déplie une image puis une autre et se déroule la bande dessinée d'un amour lumineux, interdit et fracassé, très ancien et très pur comme un cheval arabe.
l'exercice est fascinant
j'extrait des encéphales les plus belles vignettes à l'aide d'une pince à épiler et je les colle dans un cahier
sauf le bousier
et une queue de lézard oubliée sur les dalles brûlantes de la plage du bourg
je reprends mon cerveau et le replace là où il doit être
avec dans les yeux les yeux de Grace Kelly dans Fenêtre sur cour de Hitchcock.
11-12/03/2008
15:23 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cerveau, souvenir
25.02.2008
Sur le rivage de Murakami
Je me promène à grandes enjambées dans mon cerveau ; il est constitué de pierres entre lesquelles coule et se heurte de front l’eau des rivières. L’eau des rivières
Qui charrie les pluies en lambeaux, les ficelles effilochées parfois les cadavres de petits animaux morts –je me souviens d’un lapin, dos sur les flots- ce sont mes pensées
Accrochées en brindilles aux branches des arbres aux herbes filandreuses au milieu des tourbillons de l’eau. Sur les berges se dressent ou se penchent les troncs lisses et gris-bleu des eucalyptus dont je n’aime pas les feuilles seulement le nom et le gris.
Plantés serrés d’élégance et de mystères les fuseaux-bambous qui agitent leurs mille doigts de feuilles, ce sont mes pensées vertes chlorophylles ou fanées.
Les petits doigts boudinés à la base des cannes de bambous, qui accrochent le chaume à la terre comme les filins d’un pont suspendu, les petits doigts n’ont pas de nom.
A moins que ce ne soit des retours de rhyzomes pachymorphes. Ce qui voudrait dire que les bambous qui poussent dans mon cerveau sont des bambous cespiteux. J’aurais pourtant juré que les espèces de bambous qui poussent leurs feuilles à l’intérieur de mon cerveau sont du genre traçants, autrement dits envahissants. Ce genre de pensées provient de racines leptomorphes. Autrement dit reptiliens mais ne mélangeons pas les genres. Pourquoi non ? Donc les bambous cespiteux…
Les bambous fleurissent rarement, prennent leur temps ; pousser, croître est leur principale activité et la floraison peut leur être fatale ainsi de certaines pensées qui pour survivre doivent éviter de fleurir, doivent éviter de se résoudre en corolles. Ne pas oublier que les bambous sont fistuleux c’est-à-dire vides c’est-à-dire pleins d’échos et de vents. Les bambous vides jouent la musique de l’air et se plient, se courbent et résistent. Les bambous sont des herbes de rêve télescopique.
Je m’arrête un instant et me penche vers mon cerveau dont le paysage a changé : de mousses et de plantes aquatiques, de roches et de terres, le voilà qui se métamorphose en mares translucides où l’œil se repose et les doigts se glissent, en mares et creux d’eaux de mer aux cernes des galets. Je patauge et fouille à marée basse sous les algues, les crevettes. Je sais qu’il ne faut pas attraper les bébés ni les mères. Je les reconnais à leur silhouette d’hippocampe transparent, à leur ventre lourd et gonflé d’œufs noirs et à leur vivacité de mère louve et juive. Je laisse là les idées crustacées poursuivre leur chemin de sables
Et
Dans mon cerveau où se mêlent maintenant aux boues les fleurs carmines à peine écloses des magnolias, je m’assois sur le rivage de Murakami et je parle muette aux pierres et aux goélands de passage, aux troglodytes et à l’ombre des chats et je suis mon cerveau-paysage et mon cerveau devient le paysage et le paysage est mon cerveau, le sable sous la mare frotté par le ventre des mères fugitives
Et
La mare enfantine et translucide est ce rêve ouvert sur les branches des magnolias où il se pose en stridulant brûlé au cœur par le rivage de Murakami
Guilers, 23 au 25 février 2008
14:50 Publié dans Littérature , Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cerveau, paysage







