24.05.2008
Le trio de Bénarès
sur les marches indiennes de l'escalier rouge, je suis assise dans une chaleur jaune
à travers la pellicule des eaux du Gange je vois flotter les paysages de la destruction, des guerres et des cyclones
les paysages des champs de bataille, des morts lentes et systématiques
je vois flotter ventre à l'air le cheval mort et hypnotique qui m'accompagne depuis la route des flandres
je vois machettes, haches, baïonnettes, viols ; un couple de vieux est assis au fond des eaux et fume une pipe en terre ; les mercenaires ne leur prêtent pas attention jusqu'au moment où ils brûlent les yeux de l'homme et tranchent la gorge de la femme
c'est la dernière image que je peux supporter
dans la chaleur jaune et la lumière poussiéreuse de Varanasi-Bénarès, je suis venue mourir. Les femmes-safran descendent les marches indiennes. A mes côtés sont assis un dieu à tête de singe et un dieu à tête d'éléphant. Je ne connais pas les attributions de ces dieux ; ils sont venus mourir ici.
Les eaux du Gange gonflent et lèchent les marches du ghat ; Hanuman, Ganesh et moi allons être avalés et nous sommes soulagés de faire partie de cette fin de partie. Je suis heureuse d'être accompagnée en silence des dieux désabusés. La dernière vision qui surnage au-dessus de ma tête c'est Gilliatt sur le rocher Gild-Holm-'Ur, inondé par la lumière ocre de Bénarès qui devient la lumière intacte du ciel et de la mer nus.
Nous ne sommes plus qu'un souvenir. Et je ne sais pas de qui nous sommes le souvenir.
Mai 2008
19:15 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bénarès







