19.09.2008

Les mots massaï

il m'arrive de me couler dans la tête des autres gens non par le raisonnement mais par capillarité
je me diffuse dans leur cerveau tout en restant visible à l'extérieur, de sorte que
croyant me parler c'est à eux qu'ils parlent et croyant m'écouter, c'est eux qu'ils entendent
kinesthésique à outrance je perçois par leur peau ce qu'ils perçoivent et vogue au milieu de leurs pensées je touche au travers de mon corps volatile les paysages qu'ils habitent ainsi
leurs tressaillements leurs hâtes et les brouillons de leurs émotions je les vis incognito et parfois m'en trouve encombrée.
Les mots forclos dans l'esprit des autres gens m'assaillent et me ligotent et je deviens à l'intérieur d'eux-mêmes leurs propres désirs et leurs propres habitudes
à tel point que celle que j'ai laissé vivante à l'extérieur ne peut que confondre ses désirs aux leurs ainsi sans heurt je deviens bouddha, mandarin ou criminelle, c'est selon
je touche par les points laogong de mes paumes dansantes la concrétion de leurs pensées, inclusions dans l'ambre de leur cerveau
et parfois m'en trouve encombrée

j'ai la chance d'habiter un pays dont la beauté réelle et tangible chasse les natures mortes ou vives qui hantent mon esprit, aliens bâtards et merveilleux
et cette beauté à toucher fait tomber mon âme dans mes souliers, sous la plante de mes pieds

ainsi je marche et réintègre mon corps hologramme



Argenton 24 août 2008

28.08.2008

Pensées cycliques-4

vivre est difficile et chaotique
à chaque vertèbre sa douleur

les corps des autres pèsent de leur matérialité et je sens d'eux irradier leur désir inné d'expansion
au milieu d'un champ d'ondes contraires et entrelacées
je vis sous l'emprise d'une précise et vaste désespérance
mes paysages sont mouvants mais mon regard
reste le même, chancelant

le moindre geste est une figure de style
l'antre de mon cerveau est assailli par dix mille oiseaux de nuit

je regardre la Bête dans les yeux, je détaille sa morphologie, son ossature et ses ergots ; je la nourris mais toujours la Bête finit par reculer

les oiseaux tournoient au-dessus d'un oeuf orphelin dont l'énigme est insoluble
et pas un ne le couvera

il n'y a pas de vraies blessures là où j'ai choisi de vivre
laura dit que je suis onirique ; sait-elle que bien souvent mes rêves sont des naufrages de vaisseaux fantômes manoeuvrés par des spectres dont la réalité n'est jamais brutale ni indélicate ?




Guilers 7-8 août 2008