26.07.2007
PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figures 6/7/8
Figure 6 : tilt
… comme si la solution était d’être ici mais sans y être.
Cette vie-là comme une attention à toutes les autres vies, collection dans laquelle puiser des images, cette vie-là comme une vie d’apprentissage. La réalisation se fera dans une autre vie nourrie de celle-ci, qui se construit, se forme ici-même mais ne peut se manifester. Notions de passages successifs, emboîtements nécessaires à l’ultime réalisation, comme s’ils n’étaient que des peaux dont on mue à chaque vie. Au milieu de ce combat sanglant de « moi » épars, un être se fraye infailliblement son chemin sans tenir réellement compte des douleurs de ces peaux éphémères. Cette connaissance t’intime d’aimer sans aimer.
Figure 7
Lecture/cigarette/café/lecture/café/cigarette/cigarette/lecture/café////////
Absence indolore. Sorte de méditation involontaire proche d’un tourbillon de vide. Sérénité inquiète au ventre ; si cela est envisageable. Aucune pensée ne fleurit. Pas même des pousses. Le terre à terre de la résignation. Ce doit être un truc vieux comme la vie auquel on s’habitue, la désertification des forêts, l’anémie des amibes, l’assèchement des cours d’eaux encore que. Un petit sac de larmes salées alourdit ce corps et se balade à l’intérieur. Flic floc ça bouge. Même immobile on l’entend qui remue et gargouille. Un besoin de paix, de mer étale et de galets découverts ? Pourquoi ne pas considérer cet état déliquescent comme une chance de survie, une apnée salvatrice ?
Figure 8 : une enfant sauvage
Elle sent la terre, la proximité des bêtes, des chevaux, des vaches et des chiens. Elle porte l’odeur de la terre, celle de l’herbe quand on s’y est roulé, l’odeur du feu, animale, primitive, désordonnée, si forte qu’elle oublie que nous sommes debout.
Epousant cette odeur et la dispersant au vent, il y a la mer : avant tout, ce bruit de fond, une lumière au-delà d’un talus.
L’hiver a ses énigmes : le ciel contre la pierre, les sources d’eau sous les routes et les fossés de ce pays. Tout cela est mort dit-elle mais j’aime cette mort retenue encore par la lumière et le vent.
12:38 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : enfance, nature, autoportrait, ennui, moi
05.07.2007
PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figure 1 : multiple
Il y a certainement quelqu’un de mort en nous. Celui qui rugit. D’autres aussi en toute sincérité. Morts ? peut-être pas. Achevés, passés, vivants. Des faux-morts. On frémit encore de ce qui n’est plus. Comme la lumière de la nuit vient des étoiles mortes, nos souvenirs sont des lumières d’enfants morts et d’animaux aussi.
Nous sommes des cercueils ambulants. Un enfant, une jeune fille pâle, un prêtre, un vieillard ridé, une guerrière... tous ces corps s’entrechoquent en nous, kling, klong, et leur mutisme, leurs grimaces et leurs feulements sont là aussi, ragent ou murmurent. Cela donne d’étranges démarches aux gens, tous ces personnages en eux, qu’une odeur réveille.
Ouh ! que de mondes endormis, allongés dans nos poitrails et nos bas-ventres. Que de frissons-fantômes et de forêts ! Cela sent la sauvagerie ici. La mer ? je l’entends dans les arbres, sous le vent et même, à une certaine distance, le flux des voitures fait exactement le même bruit de fond qu’un océan.
Ecrire en sauvage. Pas forcément en débraillé mais en carnassier. Les mots, gestes ou coups de patte de grizzli. L’ours est ours, même s’il ignore tout de la zoologie et ne se sait pas plantigrade.
Ecrire à voix nue. De sa seule vie, de ses dépouilles, de son ignorance, de sa médiocrité, fabriquer un texte. Sans avoir jamais lu. Ce serait comme une parthénogenèse littéraire mais d’où viendrait la matière ? Le sang ? Imagine un être affamé de mots, qui sent en lui une force sans nom le pousser, le tirer par ses ailes et qui n’a rien à nommer sinon cela ? Ecrire peut relever du grognement. On peut écrire et lire à l’instinct : si ce texte sent fort, si sa chair est saignante ou pulpeuse, nos crocs et nos babines le goûtent et le savent.
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A l’inverse peut-on être poète dans l’âme et seulement dans l’âme ? Il y faut les mots, les pattes de mouche et les soupirs. Un poète tend la main pour retenir – non pour retenir le temps mais pour humer une sensation, une fugacité et goûter encore un peu leurs formes. Peut-être est-ce manière d’accepter que tout passe et meurt sans oublier que dans l’intervalle cela, cette fugacité a vécu et vit encore ; comme les étoiles.
Les branches d’un arbre tiennent ses feuilles le temps qu’il faut et les laissent se détacher à temps ; ainsi le poète laisserait pousser en lui des sensations, des images et des sons, de la sève de mots et laisserait ces feuilles-verbes tomber à terre et pourrir et nourrir ce qui doit être nourri.
On ne demeure pas dans les hauteurs ni dans les bas-fonds ni à mer étale plus que nécessaire. On est soumis à une gymnastique de l’âme délicate et absurde, voyouse et voyageuse. Cela devient envisageable d’être un yoyo yogi. Cela manque de sérieux mais cela est vérité.
Il y a de la place pour l’immobilité et le silence aussi. Pour l’observation tranquillisée de ce qui est. En temps de guerre, en temps de meurtres et de viols, ici ou là, il demeure une place ailleurs pour la paix et la joie. Cela est scandale et cela est vérité. Les nantis de la paix arrêteraient-ils les violences et les injustices grâce à leur honte ? Les victimes des guerres et de la misère, ne vivraient-elles pas, en temps de paix, des mêmes rêves, des mêmes joies, des mêmes angoisses inutiles et luxueuses ? Aujourd’hui, c’est moi qui renifle nez au vent. Qu’en fut-il hier ? Qu’en sera-t-il ? La vague qui vient s’épuiser à mes pieds appartient au même océan qui tempête au large et creuse son dos sous les navires. Plongeant la mort dans la mort et les marins dans le vertige. C’est scandale.
Il ne faut pas forcément de tout pour faire un monde. Le fait est qu’il y a de tout dans le monde. Du passé, des météores et de la folie. On peut y voir des femmes aux fesses plates, tombantes. En forme de poire fanée. Leur visage est un visage d’ange.
Imagine que chaque homme, chaque femme non seulement que tu croises mais également chaque humain depuis les débuts et en tous lieux, est une vie entière, absolue, consacrée à elle-même. Combien, combien ! ? cela fait-il de souvenirs, de gestes, de cris ou de rumeurs, de mots, de rêveries, de rires, de pensées en vol, de etc, on n’en finirait pas d’énumérer ce qui constitue et ce qui peut constituer une existence, a fortiori une vie.![]()
Le vertige face à cette cathédrale humaine dont les fondations s’égarent ou s’ancrent ? dans le magma terrestre et qui s’étire dans l’espace ( par les hauts, les côtés, en profondeur aussi), ce vertige et la fascination bouche bée devant cette incongrue pyramide humaine qui n’a pas de fin, réellement ?, c’est le même vertige qui te bâillonne d’une main quand tu songes aux océans. Quand tu y songes réellement. Le vertige n’est pas forcément lié à la hauteur, aux balustrades et aux falaises. Le vertige peut te surprendre sur les flots, en pensée, quand tu imagines la profondeur des océans. Il ne s’agit pas de vide, de chute, ni d’envol non. Si tu tombes dans l’océan, tu flottes dit-on, ou tu coules à pic, entouré d’eaux, léché d’eaux, asphyxié d’eaux, boursouflé d’eaux, gonflé de vertige oh ! oh ! Un vertige par le bas.
13:40 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : autoportrait, littérature, vertige







