01.07.2008

Pensées ovines

2dec02a8e0f2a5cf3e35a3b28aa70a85.jpgquelqu'un est assis sur des marches
à mieux voir, ils sont deux : pessoa et un berger
je les regarde d'assez loin, ils me font face et ne savent pas que j'existe
je peux donc les regarder à loisir
qui regardent leurs troupeaux et devisent
le berger et pessoa devisent par la tête, par l'esprit, le côte à côte
ils devisent de proximité
l'un observe ses pensées, l'autres ses brebis
un très vaste champ vert dévale sous nos yeux, sous les sabots de pensées ovines
la lumière du soleil s'adoucit, il est midi, c'est un paradoxe
et les oliviers proposent leur abri d'ombres à nos pensées
mais pessoa et le berger sont nu-tête et goûtent un vin blanc doré de la serra d'arrabida


plus tard il semble que les deux personnages
ne se soient pas lassés de leur sérénité
pour eux le soleil est plus bas et l'air moins lumineux s'est clarifié
le vin de la serra d'arrabida semble aussi plus doux, les moutons et les pensées
se côtoient et se mêlent


pendant ce temps je marche dans un paysage blanc et désert
quelques arbres nus ici et là enracinés cousinent avec des immeubles délabrés et vides
je suis seule et entourée d'une foule qui vaque et ne me voit pas
je suis invisible
ainsi je n'ai plus d'obligation
je ne vais nulle part, je suis ma route
libre de ne plus aimer et de ne plus être aimée
la danseuse lovée autour de ma colonne vertébrale ne danse pas, elle assouplit mes mouvements
et le minuscule en posture de lotus guide mes pas, sans se mouvoir
me voici au milieu des moutons et là
pessoa me voit
la nature blanche dans laquelle j'avance prend les couleurs d'une terre portugaise
je suis assise entre le marteau et l'enclume de l'oreille de pessoa
et le berger nous dit que la nuit tombe et que demain il nous attendra



guilers juin 2008