01.11.2008

tombent épars des confettis

Je vis dans un trou dans lequel tombent épars des confettis d’écrivains, des giboulées très silencieuses de textes qui se déposent sur moi, enveloppent mon corps parcelle par parcelle, au début couverture de neige puis lin ou coton enfin cuir de vache écailles et métal enfin moi en-dessous protégée par toutes ces carapaces moi poussière en-dessous asphyxiée asthmatique engorgée par tous ces mots des autres auxquels pas la peine le courage la folie l’aisance le sans-gêne de rajouter les miens mes confettis sinon quoi toute la planète croulerait sous les confettis de tout le monde et chacun légers les confettis a-priori innocents à force cumulo-nimbus de la poésie et de la prose de tous les charretiers toi moi épouvantés devant le silence le rien à dire le rien à signaler alors pourceaux du fond de notre bauge on couine nos confettis pour quoi ? participer au déluge blanc de la planète, à l’amoncellement d’imprécations nuageuses, barbares dans le ciel qui croule sous la masse lui aussi pour se creuser se plomber s’effondrer d’un coup sur nous en bas comme un couvercle le ciel pesant de mots bariolages babioles non seulement écrits sur des papiers écrans parchemins tableaux tables d’écoliers murs des ports de commerce, non seulement écrits mais dits prononcés haut-parlés pensés esquissés pas de danse qui se conserveraient quelque part, jamais perdus, jamais envolés mais tracés quelque part pour finir agglutinés épaississant les cumulo-nimbus de la pensée, de la non pensée juste de l’esquissé agar-agar de l’indigeste


4 avril 2006

24.04.2008

Histoires de fleur

9 avril 2008, j'apprends que la Reine des Prés ou plus modestement dimezell ar prajou,
en français de France se nomme filipendule ulmaire !

Filipendule Ulmaire soeur inattendue de Philippulus le Prophète
les journaux offrent certains matins des cadeaux parmi leurs lignes noires,
des manières de remède contre les céphalées.
Nul besoin de troquer nos cheveux contre des toques en peau de castor, vendus par les charlatans, les remèdes paysans que sont nos rêveries ont assez de vertu.

Filipendule Ulmaire donc
Filipendule Ulmaire, c'est moi

9/04/2008

30.11.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figure 28

(Dernier texte de cette série ; je dois dire que celui-ci m'a toujours laissée perplexe ; justement...)


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Perplexe et sans avirons, je ramais sur une mer d’huile, une hautemer de luttes et de poissons-torpilles. « Toujours pas de baleine en vue ! ». C’était la vigie du navire qui ainsi parlait juste. Mais alors, le sel, la viande séchée et les tonneaux vides de tous les Olsen Nagel de Scandinavie, c’était comme une blague, une berlue du haut du grand mât. Tant pis, me dis-je, le mirage est plus beau que la mer. Un grain de terre, un seul grain de terre, sur l’ongle, sur une simple tête d’ épingle, c’est un rubis en pleine mer.
Le délicat, c’était la vigie, à force de voir elle hypnotisait tout alentours. Sacré Johann même le sommeil ne t’apporte pas le sommeil. Et la barque va, ondulante sur la mer immobile. A force de harponner, Johann, ton œil valide ne se fermera jamais. Vivre ici c’est vivre demain et on ne sait jamais pourquoi une histoire vous poursuit et pourquoi elle vous guide. En pleine mer, Johann, il faut trouver le rubis. C’est la dernière chance pour que ton œil se voile, et tu verras toutes les baleines qu’Achab jamais n’a su imaginer.
L’astre de la mer, c’est la baleine.
Baleine sans océan. Baleine sans petit. Sans ramage et sans ailes. Baleine de plaisir et baleine à pleurer. Dans un trou de souris baleine aussi. Sous la glace en sommeil baleine encore. Asthmatique. Baleine sans le cuir, baleine sans la graisse et baleine sans les muscles. Juste dans le trou de souris. Baleine à chercher un sein à chercher un coude, quelque chose, à téter. Quelque chose à rêver. Baleine à bosse. Sous le gel immobile en apnée bientôt morte baleine rongée de sel.

On me dit : si on le laisse là le rorqual entier, intact, il va finir par empester l’air et les mouettes s’étoufferont dans ses viscères à force d’y venir becqueter.
On me dit : le rorqual, il ne faut pas le laisser se putréfier et s’enfoncer grouillement de vers dans le sable.
Je sais.
Je les ai vus les hommes, les bouchers découper ta masse en trois morceaux distincts, la tête, la queue, le corps… ça voulait dire quoi de voir cela : la dune comme un étal de boucher ?
Protection de lard et caudale déployée : ça t’a servi à quoi une fois éteints tes yeux, une fois bigarré ton sang, une fois fouaillés tes muscles ? mourir épanoui sur les galets ?
Ne plus pouvoir distinguer ce qui est de ton sourire de ce qui est de l’estafilade des bouchers… découvrir ta caudale jetée vulgaire queue de poisson dans une benne à ordures…
Quand je les ai vus les hommes en tablier avec leurs couteaux de cuisine fouailler, vriller, soigneusement débiter en lamelles, je crois je n’ai plus rien rêvé ni rien pensé. Je me suis souvenue des images des livres : les pêcheurs de baleine à l’œuvre sur le baleinier.
Tu es venu de la mer du Skaggerak qui sait, cesser de vivre ici.

Alors, volontairement, quelqu’un s’est donné mortel soudainement, Johann ?
La mer à marée basse, quand des vagues il ne reste rien, on la sent partout, retirée, remuée, éloignée mais pleine ailleurs, à ras bord contre des murets ou des digues. On a des papillons plein la vue, des blancs, des cocardes, des bleus et cela devient de plus en plus cocasse, en regardant la mer, de penser la beauté et l’ordre des choses.
Pour quelqu’un le monde a basculé.
Magie des disparitions, Johann. Dois-je croire à une évaporation , un mauvais génie t’aurait-il embouteillé plutôt ? ou une sorcière mis aux fers ? Ou encore un voilier fantôme a croisé son fleuve à ton chemin, pour t’embarquer vers nulle part, à moins que ce ne soit un prince qui t’impose par caprice des épreuves initiatrices à l’issue desquelles épouser sa fille serait ton gain ? Un loup-garou t’a laissé mort et déchiré sur une lande déserte, écossaise, humide et nocturne ?
Qui sait , Le triangle des Bermudes est atopique ou bien grondant au-dedans de nous. On peut se laisser aspirer, goulûment perdre son nom et sa mémoire, son désir et sa peau, se résorber ainsi de l’intérieur, se recroqueviller peau de chagrin en boule de papier chiffonnée de feu, de braises, devenu cendres à l’intérieur de son ventre. La baleine, c’est le ventre de Jonas lui-même.
Etre retrouvé pendu à la grande vergue ou pantelant vivant quelque part, toujours quelque part. La terre est partout et elle dénonce notre présence. Tu auras beau te terrer le jour se lèvera.

Il faisait beau en ce temps-là. La mer émettait des signaux immobiles, comme des appels à venir à elle.

17.11.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) /Troisième parenthèse : Vol Paris-Pointe-à-Pitre

Au-dessus des nuages. On imagine ainsi la lumière sur la banquise. A perte de vue des reliefs de glace, de neige et comme des traces de traîneaux, d’atterrissage et de coups de freins. On ne serait pas étonné de voir venir du fin fond de l’horizon, un attelage de chiens sulky, un skieur de vasalopette égaré mais ravi ou un remorqueur de haute mer transformé en brise-glace.
Des sillons et des boursouflements d’écume pour aucune visible existence, aucun animal et pourtant... Comment n’y en aurait-il pas là justement ? Le soleil n’a jamais brûlé aussi haut, aussi clair, aussi humainement proche et rassurant. Parfois la beauté relègue la peur au rang des barbarismes.
Que l’homme, moucheron soit ainsi capable de s’élever au rang des oiseaux-dieux, ce n’est pas seulement une preuve de son intelligence, c’est aussi une justification de son art de rêver .
Au-dessus de cette mousse infinie de nuages, on est comme au-dessus d’une immobilité telle qu’elle atteint au cœur de la vie même, au battement régulier de cette vie dont on ne sait jamais ce qu’elle est mais dont parfois on soupçonne que l’on en est.
Accidents de terrain, forêts blanches de feuillus, cratères immaculés, champs de neige qu’une déchirure douce ouvre sur la mer.
Des plaques entières de nuages, de coton, d’écume en recouvrent lentement d’autres, caparaçonnant la terre d’une couette immense. Et du soleil se déposent des champs de braises au loin, des lacs de feux et des mers rouges, accessibles au regard, accessibles.
+ 10 000 mètres d’altitude. - 55° au-dehors.

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07.11.2007

25 000 propithèques soyeux

à Madagascar le propithèque soyeux est en danger
plus précisément dans les massifs d'Anjanaharibe-Sud et du Marojejy (voir la carte)
le propithèque soyeux (ou simpona blanc) est un singe lémur était un singe ne sera plus un singe onc un singe plus jamais

(idem pour le singe laineux à queue jaune – Pérou, forêt moite et humide) (ses yeux cernés, cerclés, fixes )

l'aulne glutineux, lui, très répandu en Bretagne (voir la carte), dans le marais poitevin (voir la carte), en Sibérie et jusqu'au Caucase (voir les cartes) n'est pas menacé ; il est simplement ignoré. Mieux vaut pour lui. Ses fleurs femelles se transforment en sorte de petites pommes de pins appelées strobiles ; et sa caractéristique est d'être imputrescible : pour preuve, les pilotis d'une grande partie de Venise sont en bois d'aulne glutineux -il y a controverse toutefois, car tout bois totalement immergé devient imputrescible selon certaines sources (cf : http://www.onpeutlefaire.com/forum/)

d'ici la fin du mois de décembre 2007, 25 000 personnes devraient être expulsées de France. A chaque région son quota. 25 000 étrangers en voie de disparition du territoire français. 25 000 personnes (soit un peu plus de 0,04%) menacent l'écologie et la biosphère de plus de 61 millions de français de souche.
Les prédateurs du propithèque soyeux sont le fosa (classé parmi les viverridés mais dont la dentition le rapproche des félidés alors que paradoxalement le fosa est plantigrade contrairement aux félidés, digitigrades -de la difficultés de ranger les êtres vivants à leur place) et l'homme. Le fosa est menacé de disparition lui aussi. L'homme, pas encore.
Ce qui chagrine l'aulne glutineux ce sont quelques champignons microscopiques qui pourrissent ses racines et le frottis intempestif des chevreuils.

Un mammifère qur quatre, 1/3 des amphibiens et 70 % des plantes sont menacées ; 3000 langues (dont le mfumu au Gabon -voir la carte- parlé par une centaine de locuteurs) sont en voie de disparition.
On a réussi à sauver la perruche à collier de l'île Maurice – je crois en avoir aperçues à Barcelone, se chamailler entre les palmiers du parc de Ciutadella)

un jour peut-être on entendra siffler la perruche à collier (kyik-kyik-kyik) au rebours poisseux des feuilles de l'arbre glutineux on dénichera, coincé entre les branchies mortes du corail solitaire de Wellington, le crâne dérivé du propithèque soyeux et les chevreuils de France seront pourchassés, tirés à l'arc par les 25 000 indésirables devenus chasseurs-nomades.

autres animaux en danger : le tuit-tuit de l'île de la Réunion (dont le nom savant est coracina newtoni) et les gorfous (doré et sauteur) des terres antarctiques : ces animaux ne sachant pas lire les journaux, ignorent qu'ils sont en voie d'extinction. Les gorfous appartiennent à la famille des manchots.

Un jour peut-être les 25 000 personnes indésirables sur le territoire français repeupleront les forêts équatoriales et tropicales, en lieu et place du grand hapalémur et de ses congénères. Entre les 17e et 19e siècles, les expulsés d'Italie, d'Irlande, de Russie - pauvres, affamés, juifs, paysans, va-nu-pied – ont remplacé les tribus des Indiens d'Amérique

décimées.

Guilers 7/11/2007

20.10.2007

Nina

Simplement le petit chat disparu. A fugué fusillée sous les taillis d’un chasseur le treillis. Pas de cadavre petit chat. Simplement disparu. Absents ses yeux fendus jaune ou vert asiatique. Absents les coups de museau, de front contre nos fronts nos joues nos doigts. Au milieu de la nuit ses réveils elle nous marchait dessus par dessus les draps tout le long des corps pour finir posée sur nos crânes de nuit. Simplement, plus de porte à ouvrir la nuit pour laisser galoper la chasseuse de la nuit et plus de rats des champs mulots lapins musaraignes taupes déposés à nos pieds au seuil de la cuisine cadeaux-cadavres à dénicher comme œufs de pâque. Revenue blessée crochetée par plus chasseur qu’elle une fois pas deux. Absente sa vivacité dans les escaliers, au bout d’un fil dans les herbes ses accélérations à la Zidane vers des proies invisibles à nous pauvres frères humains. Et ses poses de chat d’image de chat de métaphore d’allégorie de chat de symbole de chat d’égyptienne à fourrure de noblesse de chat, ses yeux fendus dans lesquels lire n’importe quoi, ce qu’il nous était nécessaire de lire quand elle se posait oiseau à fourrure sur n’importe quel tertre l’aristocrate des champs. Elle avait des pattes d’oies dessinées à même sa fourrure au coin des yeux comme femme maquillée pour sortir le soir, un peu femme fatale elle se la jouait tempérament orgueil et naturel, la séductrice des rues. Roulée en boule lovée vipère de chaleur douce endormie après les fugues les courses de nuit les craintes le cœur battant mais royal. Absence de son œil aux aguets de sa consolation allongée samovar de nos jambes à ne plus savoir d’où venait la chaleur de son ventre ou des nôtres ? La chapardeuse des cuisines qui raffolait de beurre et de crêpes que l’on avait appelée Nina en souvenir des caravelles de Christophe Colomb ! Pas de cadavre petit chat pas de larmes pas de trou où la rendre la reine d’Egypte ; simplement nos yeux secs en arpentant ses chemins au cas où, nos yeux secs qui fouillent les lèvres des talus en espérant qu’elle, en espérant tandis qu’elle agonise. Et que ce soit bien fini pour elle, ses yeux fendus vert d’algue fermés, fermés, fermés.


20 octobre 2007
à Laura et Franck

09.10.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série)/Figure 13 : une femme

(...)Il ne te reste qu’une cigarette. Et un livre. Imagine un livre infini : un délice qui s’éternise dans l’agacement et s’enlise dans l’ennui et l’horreur…(...)



Que faire d’autre que regarder, observer du fond de son trou et engranger les pailles et les grains pour une hypothétique moisson ? quand ? on ne sait jamais les saisons de l’âme.
On ne se relève pas impunément d’une enfant assise.

Bien sûr, il y a les arbres, leurs feuilles où se poser, les rochers, le sable et la mer, la grande qu’on voudrait véritable, ultime et consolante, la mer qu’on invente à chaque faux-pas comme horizon salvateur. Mais la mer, qu’est-ce que c’est d’autre que la mer ?
Seule, sur la terre retournée, au beau milieu de la cible d’un champ, avec à l’horizon des fleurs mellifères. Horrifiée par vivre et par les tonnes de terre à soulever pour que le moindre geste soit un geste. Et personne à sa place ne peut pelleter la terre, c’est ça qui est encombrant comme idée. Avancer seule vers le trou.medium_Arba4arundo.jpg

Alors la chasse, la pêche, les tomates et le jardin, les soins aux chiens et le bateau à réparer, le miel à extraire et le miel à goûter, les confitures et les souvenirs, tous ces gestes et ces courbatures, ça peut meubler et empêcher l’image, mais un instant seulement. Un instant qui peut sauver mais qui ne sauvera qu’un instant. Ça ne peut pas cacher bien longtemps la peur, la viscérale et le doute envahissant. On se retrouve toujours seule sur la terre retournée, au beau milieu de la cible d’un champ à questionner muettement le Grand Muet, à lui demander sans même le savoir « Eli Eli lama sabachtani ? », cette prière-là, tous les jours que le hasard a fait, elle me transperce le foie. Alors il reste à continuer la marche, à poursuivre dieu sait pour où, et par-dessus la vague, à pleurer pour rien à pleurer penchée sur son bol ou terrée sous sa peau.

Et puis, on repense aux feuilles des arbres où se poser, à la mer et aux galets qu’elle ne finit pas de rouler sous elle, à la peau de celui qu’on aime, son geste à la terre, nu de sangs et de sèves, le corps de celui-là collé au sien et ses ululements de nuit : on a l’impression qu’enfin quelqu’un vit même si ce n’est pas soi, enfin quelqu’un vit en vous, contre vous, par vous et ça, ça a de quoi faire chavirer.

On peut être prise par la vie, par le clair, grâce aux astres là-haut, à des conjonctions favorables, oui par à-coups aimer oublier l’amertume la grimace ironique et les pleurs pour rien, par à-coups écouter les aboiements et les ululements des chiens, se pencher vers la terre et y déceler dieu – mais toujours soudainement une flèche vient se ficher au plein centre du front et ça vibre encore du lointain qui l’a décochée cette flèche ça vibre encore et pendant longtemps.

Il n’y aurait que les mots, s’il le fallait, à qui rendre un peu d’indulgence. Ils ne demandent rien, ne sont rien, des chiures de mouche qu’on peut faire voler, crédibles parce que ni faux ni vrais, authentiques parce qu’inventés. Des petits dieux en fin de compte. Prières muettes adressées à rien ni personne.

medium_Arba8bactris.jpgNi belles phrases ni salamaleks ni béni-oui-oui ni coquecigrues ni tricheries. Rester au fond de son lit pour la vie et partir en guerre, traverser des champs de morts et de tournesols, enjamber les blessures et leurs cris d’agonisants. Seule et livrée aux hasards, c’est ça qu’on est toujours. Que faire de ses bras ballants ? et de ses ailes légères ? s’écouler dans la torpeur des songes, suivre Molloy sur son vélo et témoigner du monde comme un regard touché du bout des doigts.

Alors, on se couche sous sa propre peau, on s’enroule dans des pages et des images, on prend sa peine entre les doigts et on la filtre. On n’entend plus que des ululements de douleur en attendant la prochaine flèche et on se couche, aux pieds d’un maître : pleurer pour rien aimer sans aimer renoncer parce que croire est encore moins crédible que dans la boue s’enfoncer.

(1989 ?)

10.09.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) /Figures 9-10-11

Figure 9 : Méditation médisante à propos de la spiritualité

Ne pas oublier de descendre la poubelle. Ça sent si vite le melon moisi ou le poisson en décomposition. Ces odeurs-là s'agrippent on dirait aux murs de la cuisine et s'y collent, sangsues incolores, tenaces, marmelade et gélatine fantômes. Donc ne pas oublier. Toute recherche spirituelle ( pas humoristique : spirituelle) apprend à l'apprenti disciple qu'il porte en lui-même toute source de satisfaction ou de douleur. Donc ne rien attendre ni espérer d'autrui, de l'extérieur, des fleurs des champs et des putréfactions de déchets. Tout est en vous, tout est en vous : la haine, la joie, la déception et l'amour. A quoi sert l'autre ? à rien ! S'il vous déçoit, c'est que la déception est en vous. S'il vous réjouit, c'est que la réjouissance est en vous. Si ces tendresses vous mènent au septième ciel, c'est grâce à vous. C'est miracle non ? Qu'en est-il des odeurs de poubelles ? Puent-elles objectivement ou la puanteur est-elle en vous ?




Figure 10 (2)

Bien sûr tu as connu quelques enchantements. Mais sur un sol ingrat, ces fleurs-là fanent vite et sont réellement incongrues. Tu as rapidement, muettement et désespérément compris que toutes les portes ouvraient sur des déserts ou pire sur une enfilade de portes et qu'un chemin tracé dévoilait un horizon de nouvelles batailles. Par conséquent de nouveaux cadavres. Tu es morte à toi-même et à la vie assez tôt. A force d'observer. Il aurait fallu te dire dès ton apparition que cette vie justement n'avait aucune utilité organique, qu'il était donc hors de question de lui chercher sens et pratique. Sauf à vouloir se fourvoyer et à souffrir. Mais alors à quoi bon ? Bon à rien : c'était la définition de ton chemin au bout du compte. En général, les enfants ne t'intéressent pas. Tu as toujours été perplexe face à ces vies qui poussent et réapprennent les mêmes choses et aussi poussivement que des générations entières avant eux. Nous avons tous été des enfants ; tu ne comprends pas ce temps perdu, cette lente et pénible maturation éternellement recommencée.



Figure 11 : moments

Ce sont toujours les mêmes mots, les simples qui me donnent ce regard où se mêlent le triomphe et l'exil, une haine bestiale et un désir d'amour ancien. Je suis deux.

31.08.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Deuxième parenthèse : à propos de la Guerre du Golfe 1991

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nous étions enfin spectateurs de la réalité de la guerre. Nous n’en étions plus aux comptes-rendus des prouesses techniques de tel missile ou de tel avion, à l’émerveillement devant la précision technologique de tel diamant meurtrier. Non ! enfin nous en étions aux morts, aux cadavres, aux yeux la nuit sous les abris et au sommeil qui ne vient pas car il est toujours l’heure de l’attente.
Je n’étais pas dupe. Notre monde et notre beauté se sont construits de la guerre ou autour d’elle. Nous sommes aptes à la guerre. Quelque chose en nous se terre toujours prêt pour la guerre, ce pôle d’attraction de toutes les passions et de toutes les souffrances. Surtout cette guerre, assez éloignée pour autoriser les états d’âme, assez identifiable pour prôner des opinions, assez chargée d’histoire pour engendrer des coupables et des victimes interchangeables tout autant que des références, assez innovatrice pour tendre des discours et des espérances…. Quelle aubaine de pouvoir se créer un méchant, une princesse, des cavaliers au cœur pur même si aux mains sales ! Quelle aubaine que de se retrouver unis autour enfin d’un même centre, d’un même sens, d’une même expérience ! Enfin, quelque chose se passe, où nous nous reconnaissons pensant, vivant, humains ! Nous ne sommes plus seuls, usés de doutes et éreintés des efforts à fournir pour vivre en paix. Car vivre en paix, c’est vivre. Cela comment le faire quotidiennement, sans désemparer, avec foi et enthousiasme, avec comme seule guerre une guerre sans armes fatales ni sophistiquées, une guerre de chaque nuit entre soi et soi, où le vainqueur sera le même que le vaincu.
Enfin une vraie guerre était advenue, que nous voulions imminente, logique, irréversible ; que nous voulions à nous destinée pour qu’enfin la vie se décharge ailleurs qu’en nous-mêmes, ailleurs qu’au lieu de nos propres combats. Qu’enfin nos beaux sentiments redeviennent des vœux pieux et n’encombrent pas le réel de chaque jour. Car vivre sans guerre c’est vivre au-dessus de l’instinct, au-dessus de nos moyens et dans un effort constant vers l’harmonie. Qui ne ricanerait pas de cela ? Qui est capable de vivre une vie sans un cadavre en vue ? sans un meurtre à perpétrer ?
Cette guerre enfin meublait les consciences. C’est pourquoi elle était nécessaire et nous l’avions enrichie. Même les pacifistes se regroupaient autour d’elle, piégés par les passions qu’elle engendrait, l’élan vital qu’elle représentait. La guerre est toujours source de ravissement intellectuel. Que vivons-nous lorsqu’elle est absente de nos cadres ?

26.07.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figures 6/7/8

Figure 6 : tilt

… comme si la solution était d’être ici mais sans y être.
Cette vie-là comme une attention à toutes les autres vies, collection dans laquelle puiser des images, cette vie-là comme une vie d’apprentissage. La réalisation se fera dans une autre vie nourrie de celle-ci, qui se construit, se forme ici-même mais ne peut se manifester. Notions de passages successifs, emboîtements nécessaires à l’ultime réalisation, comme s’ils n’étaient que des peaux dont on mue à chaque vie. Au milieu de ce combat sanglant de « moi » épars, un être se fraye infailliblement son chemin sans tenir réellement compte des douleurs de ces peaux éphémères. Cette connaissance t’intime d’aimer sans aimer.



Figure 7

Lecture/cigarette/café/lecture/café/cigarette/cigarette/lecture/café////////
Absence indolore. Sorte de méditation involontaire proche d’un tourbillon de vide. Sérénité inquiète au ventre ; si cela est envisageable. Aucune pensée ne fleurit. Pas même des pousses. Le terre à terre de la résignation. Ce doit être un truc vieux comme la vie auquel on s’habitue, la désertification des forêts, l’anémie des amibes, l’assèchement des cours d’eaux encore que. Un petit sac de larmes salées alourdit ce corps et se balade à l’intérieur. Flic floc ça bouge. Même immobile on l’entend qui remue et gargouille. Un besoin de paix, de mer étale et de galets découverts ? Pourquoi ne pas considérer cet état déliquescent comme une chance de survie, une apnée salvatrice ?



Figure 8 : une enfant sauvage

Elle sent la terre, la proximité des bêtes, des chevaux, des vaches et des chiens. Elle porte l’odeur de la terre, celle de l’herbe quand on s’y est roulé, l’odeur du feu, animale, primitive, désordonnée, si forte qu’elle oublie que nous sommes debout.
Epousant cette odeur et la dispersant au vent, il y a la mer : avant tout, ce bruit de fond, une lumière au-delà d’un talus.
L’hiver a ses énigmes : le ciel contre la pierre, les sources d’eau sous les routes et les fossés de ce pays. Tout cela est mort dit-elle mais j’aime cette mort retenue encore par la lumière et le vent.

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