23.05.2009
il-elle
il-elle
un mort c'est qui ? c'est quoi ?
disparu, celui-celle qui là, n'est plus
un noeud sur une corde, un rapt, un noeud dans un mouchoir
souviens-toi de moi souviens-toi de moi souviens-toi
et puis un mort s'oublie ; ce qu'il reste : son vide
une histoire de buvard qui boit tout qui a tout bu qui s'est bu jusqu'à plus soif
pfft disparu le mort jusqu'à aujourdh'ui, maintenant, à la seconde, était comme toi comme toi, le mort
vivant, corde à linge au vent
les oiseaux des chants s'y posaient mésanges bleues, queues rouges, bouvreuils, hirondelles, ailleurs autres oiseaux
et puis pfft le vivant, le fil se rompt
rogné ou brutale rupture
le ton n'est plus aux oiseaux : on pleure
ou pas
un mort
quelqu'un / personne
et nous, sous la cravate, noire, le pardessus, trop grand, la robe, trop légère
le mort ne meurt pas toujours au printemps
on rit on fou-rire on regrette
pas forcément le mort
ses lieux, sa tablée, ses bras, ses oreilles, notre enfance
la sienne ? qui s'en souvient ?
le mort c'est papa, mon chéri, l'ami(e), mon fils, maman, grand-mère, ma fille, l'enfant de mon frère, ma soeur, quelqu'un pour quelqu'un
toujours quelqu'un perd quelqu'un
un mort la mort
on le sait bien, notre cerveau le sait que
ça … existe
que
ça... nous pend au nez
pas la nôtre, non pas encore la nôtre, oh non
mais celle de papa toi elle maman
c'est qui le mort c'est quoi ?
toujours le vivant ou bien
nous éperdus vertigineusement perdus
notre fil rompu, les livres dans lesquels chercher consolation ne pas trouver consolation trouver des paroles
pour remonter sur le muret continuer à marcher sur le muret
est-ce que l'on meurt d'un mort ?
on devient scandale vivant on attend le quatre-heure après la cérémonie
quand on retrouvera la cousine éloignée dans la cuisine entre la vaisselle sale et la veuve
le mort il-elle nous rassemble merci merci on pleure des larmes que la vie n'autorise pas les larmes de rien pour rien les larmes du vivant
on câline les souvenirs, on s'emmêle les souvenirs, on les invente on les donne, on les reçoit les souvenirs
et puis il-elle n'est plus là vraiment plus là
plus jamais
il-elle
je t'aime
pas assez câliné-e le-la disparu-e
je voudrais te prendre dans mes bras te lécher te secrets à l'oreille te détruire
ce que jamais osé durant la vie timide
je voudrais je voudrais
aujourd'hui je t'aimais
tu deviens mon mort le mort de chacun le mort multiple éparpillé
tu redeviens des éclats de vie fichés en chacun ça donne des éclats de coeur et l'assemblée un ciel scintillant
on te porte en triomphe chacun touche un morceau de toi tu passes footballeur adulé porté par la foule ça fait une vague tu redeviens entier vivant pas seulement à nous-moi-je puisqu'un peu de toi est un battement de coeur d'un autre
alors on sait que le mort est vif
le mort est vif
le vrai mort c'est celle-celui qui reste
pas le parti pas le disparu il-elle
et puis tu n'es plus là vraiment plus là
plus jamais
toi
19 mai 2009
à Pascal
19:13 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort
19.05.2009
le chant du nombril
le chant du nombril
je ne me regarde pas le nombril je tourne autour
je n'ai qu'une vie à disposition
cuir, soie, éther entre les os
le véhicule est un corps
une vie à expérimenter
je tourne autour de mon nombril
comme on passe un doigt
sur le rebord d'un verre de cristal
le son s'élève, les voix le vent les voix
le souffle, un son de brume
je me penche au-dessus du puits de cristal
pour que le chant s'élève
et mon oeil et ma voix sondent
je suis vous je vous suis
le chant est mon secours
le chant du puits
***
je tire ma charrette à bras remplie du fracas timide d'une vie
les roues de la carriole sautent et heurtent les cailloux du chemin
tombent des images que l'on appelle des mémoires
je les laisse à terre et m'allège
j'entre dans l'espace ouvert devant mes pas
l'air s'aère ma charrette bringueballe
les mémoires, chiffons ou plumes
tombent pleuvent s'envolent
je suis heureuse des choses passées
je suis heureuse que les choses passées passent
je laisse à terre ce qui doit glisser à terre
l'enfance enterre l'enfance et j'avance
l'air devant moi me délivre
l'enfance et les restes plus âpres
deviennent aussi légers que chiffons à prière dans les arbres tibétains
les chevaux du vent flottent dans le ciel et moi je tire ma charrette
allègrement
le chant est mon secours
loungta loungta
le chant du puits
mai 2009
18:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nombril, chant, loungta








