30.04.2009

l'homme-qui-marche-de-travers-et-dont-l'esprit-est-droit

je parle et j'écris une langue que les gens ne savent pas qu'ils connaissent

je parle

avant de l'entendre et de la lire

et j'écris

ainsi mes douleurs ne sont pas miennes

une langue

je parle en portugais

que les gens ne savent pas qu'ils connaissent

je ne parle pas le portugais

 

j'entends le pessoa je parle le chardon et aussi le musc

 

l’iñupiaq du nord de l’Alaska,

l’inuktun de l’Arctique occidental canadien

l’inuktitut de l’Arctique oriental canadien

le kalaallisut du Groenland

 

les linguistes appellent ces langues des langues agglutinantes

 

j'appelle une langue étrange, je cherche le mot, celui qui vient d'une langue étrangère qui deviendrait par ce mot ma langue pour dire de manière plus enveloppante l'amour entre moi et toi et qui porterait l'histoire-de-ce-chemin-et-le-moment-où-il-se-trouve-à-l'instant-où-j'écris

le mot amour est vide puisqu'il ne parle pas de toi je cherche dans la langue kalaallisut et je me perds

celui-qui-fait-le-pain-le soir-en-écoutant-la-radio-à-qui-je-pense-et-je-repense-en-goûtant-les-images-chaudes-et-souples-de-nos-corps-ensembles,

je cherche comment dire en iñupiaq celui-qui-m'a-enlevée-pour-du-soleil-et-des-fracas-en-qui-se-cristallisent-en-un-corps-vingt-années-qui-clignotent,

et aussi, en pessoa ou en inuktitut, l'homme-qui-marche-de-travers-et-dont-l'esprit-est-droit-l'homme-dont-les épaules-les épaules !!

 

je parle et j'écris une langue que les gens ne savent pas qu'ils connaissent

j'appelle une langue étrange

j'appelle une langue agglutinante

j'appelle

 

 

avril 2008 - avril 2009

à Franck

le prix de la poésie

Mon corps est orphelin
les arbres et les livres
ne remplacent pas tes mains

du fond de la bouteille
je cherche la raison
je cherche le métal et le froid
c'était un jour pour la consolation
et je suis veuve de toi

quelqu'un parle une langue inconnue
et des vieux sur la route marchent à deux
des enfants et des oiseaux sans retenue
dénichent leurs allées et leurs jeux
seule, une absence terrible au coeur
le printemps est douloureux
qui ne te remplace pas
le paysage est beau, rempli de gens et vide
pour les corps veufs le soleil
est de trop ; les autres
seraient-ils plus heureux
d'être deux ?

J'aurais préféré mille fois le muet de la vie
à ces mots avatars
qui rendent acceptables
nos misères menues



22 mars 2009 – jardin de keroual

27.04.2009

Sur les bords de la Liga

le mot celtique "Liga" (lie, dans le sens d´ "eau trouble", boue, limon, sédiment ...) a donné son nom à la Loire

bordsdugange-cgarcia.jpg

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26.04.2009

le lieu du barycentre

enfant je passais la moitié de l'année au centre du soleil et de l'herbe, face à la mer
l'autre moitié était de couleur fer, obtuse et scolaire

le passage d'un espace à l'autre avait lieu en un point exact de la route du retour
une main se fermait au bas-ventre qui m'immobilisait à l'arrière de la voiture

ainsi coupée en deux temporellement
j'ai vécu dès l'enfance
plus tard je suis tombée dans un trou
d'où rien ni personne ne pourrait jamais me tirer

cette chute eut lieu au sein même de la naturelle merveille
de l'enfance solaire
assise
face à la mer
le ver était dans le fruit

jamais remontée de ce puits
j'en aménageais les pierres
aspirant les rêves et le ciel par le goulot
ce fut un bloc de glace prenant dans mon ventre
toute la place et le lieu du barycentre
le trou était en moi ; aucun paysage
ne comblerait la faille ; aucun personnage
ne gagnerait la bataille contre le froid

ainsi coupée en deux
j' ai vécu dès l'enfance



avril 2009

25.04.2009

vacances de septembre

premiers jours de septembre
à saint-florent-le-vieil
à venir l'école élémentaire, la blouse
et la vie ordinaire

à saint-florent-le-vieil
l'alangui de la Loire écrasée de soleil
et lourde de limons

je prends à ma tante mado son fiancé
mort noyé dans le fleuve
et à charles son secret de polichinelle
le chat et le jardin
le lourd et noir raisin

je monte les marches vers un piano muet
effrayée par l'effroi angora du chat
fascinée par les cigarettes que mado
disposait en corolle pour les invités

entre les silences adultes je me déplace
en terre étrangère ; l'enfance et son tumulte
transformés en congères ; je me tiens sur le seul
à l'arrêt de moi-même
chien de chasse épagneule


avril 2009

01.04.2009

La vie idéale

Merci à Cathy Garcia pour cette peinture "Ascension"; il y en aura d'autres sur ce blog, avec son autorisation.

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