21.03.2009

la poésie est un pot

La poésie est un pot

La poésie est un pot dans lequel verser les foulards et les lapins

La poésie est un pot scellé un tonneau des danaïdes

Il faut savoir y verser et ne pas l’ouvrir à tout va

Ainsi il n’est pas bon de confondre le réel et l’idéalité il n’est pas bon

De se croire un volatile nous, gens, sommes flasques ou rides, longilignes ou percés

Pour voler nous avons besoin d’artifices, nous, gens, ne sommes pas ailés

Nos ailes ce sont nos songes, nos songes mis en pot –

Alors nous collons notre oreille au vase clos et passent du vase à notre cervelle les foulards et les songes, ainsi nous volons,

d’artifice

Il n’est pas bon d’ouvrir à tout va le pot, nous, gens, ne touchons la beauté qu' exaltée, le reste nous est donné à vivre, par le menu, dans nos mains, sous nos pieds

La poésie n’est pas là, par le menu

Et si nous devenions, nous, gens, de la poésie vive, nous finirions en pot et inhumaine beauté

Ainsi je vis,
dans mes mains, sous mes pieds, l'oreille collée au pot, nourrie par le menu, étrangère à toute funeste confusion

et le lapin, je le mords.



mars 2009

18.03.2009

O Ha Le O Ha Le

« The sun, the darkness, the winds are all listening to what we have to say.” Geronimo



I.

Je suis un bœuf qui volète
un bœuf qui songe
sabots dans le sillon naseaux ouverts
baudruche en cuir au-dessus de la rue de siam
les passants me montrent du nez et s'écrient « oh ! un bœuf qui vole »
mais je ne vole pas, je volète, approximative des papillons

un bœuf qui volète ne perd pas sa masse mais sa lourdeur
et si je me pose
le poids de mes songes fait une buée autour de moi
je regarde les trains qui passent et je ne monte jamais dans un wagon
je vois des convois et des camions de porcs et de volaille , de moutons et de bœufs filer les routes et les rails, j'entends leurs mugissements caquetés et leur tardive peur
englué de mes sabots dans la boue je libère mes ailes en zigzaguant vers les nuages
je suis un bonze bovin

et là
bien au-delà de la rivière gila et de la penfeld, très loin du bleu massif de la rade, au-dessus, au-dessus de la rue de siam et du plateau des capucins
je croise



II.

l'esprit qui plane et erre
qui cherche la rivière où se poser
l'esprit qui plane et erre
balbuzard fantomatique empêché
par les griffes du ciel
Go Khla Yh, le rapace déclaré nuisible
décimé par les blancs pesticides
Go Khla Yh, à la recherche des eaux et du repos
Go Khla Yh l'esprit qui plane et erre
tournoie au-dessus des falaises
et le vent qui le porte murmure
O Ha Le O Ha Le



III.

Go Khla Yh, amalgame chiffonné de grand-père jullien et de grande mère péan
les hachures graves et captives, la farouche et mélancolique volonté
Géronimo est une vieille femme ridée
dont l'esprit plane et souffle et souffre de ne pouvoir cesser
de battre
Géronimo, visage qui ne cherche pas à plaire mais à vivre et à mourir et moi je m'appelle Juh
O Ha Le O Ha Le
je m'appelle Juh



11 mars 2009
les derniers mots chantés par Géronimo sur son lit de mort furent : "O Ha Le, O Ha Le" (J'attends que les choses changent!)

11.03.2009

dans la tête du cachalot

J'ai installé mon bureau dans la tête du cachalot ; sa forme cubique me convient et je sculpte ses dents, patiemment, ce qui donne une décoration murale fine et dentelée. Il y fait une odeur âcre à laquelle se mêle le parfum de tabac qui vient de la pipe d'écume des anciens baleiniers. J'entends le grondement doux des vagues de fond et les passages froissés des poissons dans le corail.

Les cachalots se nourrissent de calmars et j'apprécie le calmar. Les cachalots jouent l'équilibre grâce au degré de cristallisation de leur bloc spermacetique, qui joue les balanciers et leur permet de plonger et d'affleurer. A la mort du cachalot, le spermaceti se détache de l'huile dans laquelle il flotte, je dis que c'est son âme. Avec cette âme blanche, on fabrique des bijoux et des pommades. On cosmétise.

Les calmars mal digérés obstruent les intestins des moby dicks blessés (à mort parfois) par les coups de bec défensifs des céphalopodes, alors se fabrique l'ambre gris, puant l'encre et le poisson, rejeté par le cachalot et flottant sur la mer, rêve des orpailleurs marins. Avec cet ambre là, ce déchet merveilleux, on parfume, on rehausse grâce à la décantation de l'odeur qui ressemble pour finir à celle du tabac.

On voit pourquoi le cachalot me convient. Ou toute cette rêverie d'ambre est-elle née du livre magique de l'enfance et de hanna et de l'éblouissement promis par L'Ile du Vent ?

J'ai donc installé mon bureau dans la tête de mes rêves les plus antiques.

Aujourd'hui cette antiquité coule et plonge
en même temps que mon cachalot, menacé de mort par la mort des calmars menacés par l'acidité des océans menacés de mort et de brouillages de tous les échos et de tous les bruits des fonds marins.

dans la tête du cachalot je coule et je le console je suis la mélancolie du cachalot

Le cachalot va mourir de faim et de folie acoustique,
je cherche refuge à l'intérieur de son crâne muet dans les bras de queequeg, avalée par queequeg, ainsi ais-je l'espoir insensé de me métamorphoser en ambre, âme morte, déchet d'une arrogance humaine et sur le sable hollandais
hanna entre ses mains me recueillera, éblouie par cet or de la mer, tatoué du silence de queequeg, qui est ma mélancolie

...quand dans la mer il n'y aura plus que de l'eau...

4 mars 2009

10.03.2009

L'abstinence du cœur

ma mâchoire me mord
ma bouche m'avale
mes os emmagasinent le plomb

quelqu'un se noie , sous tes yeux dans l'étang près duquel arrêté, tu fumes
je te vois voir cet en-train-de-se-noyer
et je ne sais que croire ; je ne sais si tu le vois ou si tu t'en désintéresses – comme s'il ne s'agissait là que d'un bout de bois presque mort, détaché de l'arbre, détaché de l'écorce, un bout de bois à nu

quelqu'un donc se noie

indifférence de l'étang, de la cigarette, des gestes et des postures, immédiat bien-être de ce qui est, souverain calme dans lequel je m'agenouille
Mais quand le noyé c'est moi et celui qui regarde, toi ?
L'en-train-de-se-noyer me parle. Il me dit qu'il y a douceur à se noyer, à se laisser aller au plus bas de la respiration, à ne faire qu'un avec le bruit de l'eau sous l'indifférence ultime des oiseaux. Douceur à se noyer, à éprouver dans ses os le « jeûne du cœur » dont parle Tchouang-tseu. Qui sait, toi, auprès de l'étang te noies-tu aussi, debout ? Dans ce goût de cendres blanches à la place du cœur. Vivre noyé serait-il viable ?

Le fond de l'étang ne m'effraie plus
tout ce qui se reflète dans ce vert floqué, le vol des oiseaux et les arbres mouvants, ma silhouette et celle de l'enfant qui se penche, les nuages incolores, tout ce reflet des choses me dit qu'en-dessous

les blessures ne blessent pas.

Février 2009

04.03.2009

flaque

Je perds l'usage des mots l'usage usagé des mots
peaux mortes, rognures d' ongles, cheveux gris, réserve d'adn, l'usage des mots, intelligents se dépose cendres à mes pieds
je marche dessus, j'écrase les acariens. Réellement, j'égare les mots de la logique parole et sensée
je vis par flashs, les vignettes de l'enfance s'accrochent à mes vêtements comme marques de boutiques et j'avance en aveugle illuminée entre la désuétude de la mer merveilleuse et des sons bruités d'une enfance morte et vivante en moi comme une flaque éternelle
j'abrite une reconnaissance infinie pour mes parents et le lieu du paradis mortifère qu'ils m'ont légué, je suis made in finistère, made le terminus des trains, made l'horizon où la perte de vue c'est la perdition de l'avenir parce que
à ce point de perfection, ne reste no future, sérieusement
déflagration mémorielle, blitzkrieg au-dessus des brest et dresde, petite-fille de guerre par mes jeunes grands-pères la grande guerre pour aïeule, alors d'enfer, mal nourrie des souvenirs reconstruits d'yves et annie et un zeppelin d'amour halluciné impossible à vivre ici-bas
alors la flaque

pourquoi impossible à vivre ici-bas ? parce que parce que ça

nécessite le coeur et les bras gisgantesques, le silence des yeux des vaches et la totale disponibilité de l'inefficace, les cheveux ébouriffés de l'enfance où des mains maternelles cherchent des poux et c'est une caresse

infinie

alors la flaque

mais je vis correctement dans la flaque et c'est ça le hic : le correct
mais je flotille dans la flaque sous le blitz des odeurs passées et c'est là toute ma vie
la grandeur mirobolante de la flaque
où j'amibe



février 2009

Laboratoire anatomique

Voilà ce qu'il en est : je range sur les étagères de ma maison des boîtes, des bocaux de laboratoire anatomique, les petits cercueils flottants des personnages de mon cerveau

silhouette assez lourde, qui marche le long d'une route d'amérique, j'entends le train siffler trois fois et robert mitchum tout glacial de charme et de venin est déjà loin devant, les mains dangereuses.

Donc, je range mes bocaux, au milieu de cet hiver Abyssinal, je fais l'inventaire.

Je me dis qu'il ne faut jamais dépasser les frontières du rêve ; au-delà des frontières du rêve, il y a une chute, tête en piqué et le corps-obus se heurte à des accrocs de parois insoupçonnées ; corps désarticulé dont les membres ne servent plus à rien. Cette chute c'est la rançon du songe. Au-delà de la frontière, vous ne pouvez ni reculer ni avancer, le réel déserté a fermé ses portes.
C'est ce que l'on appelle le refoulement.

Toujours un geste, rauque, une radio, une porte grinçante que l'on ouvre une porte grinçante, que l'on ferme, un silence, toujours des éléments du réel froissent les tissus, blessent – c'est pourquoi les trop sensibles se retirent, se rétractent, bâtissent des murs artificiels derrière lesquels songer à vivre et à dérober. Donc, là on s'évertue à faire monter des images. Un coup d'oeil au-dehors nous rétracte derrière nos murs, enseveli(e). Ouahhh, la fantasmagorie prend, on s'en éprend, on s'y dilue. Certains s'y perdraient.


Février 2009

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