14.01.2009
stockholm
je suis l'otage de mes pensées – fouillis de dix mille chauve-souris captives de mon crâne
parfois mes pensées se séparent de moi et nous sommes les unes et l'autre orphelines de chacune
elles, elles errent à des hauteurs que je ne peux imaginer et moi, je marche, corps écervelé
je cherche alors à tous vents le vol de mes pensées, j'ouvre mon crâne afin qu'elles y reviennent nicher ; est-ce un tort ?
elles se posent à nouveau en moi, affamées, éblouies, fatiguées de leurs voyages vers des pays plus chauds et bavardes oh ! bavardes !
je nourris pour mes pensées le syndrome de stockholm ; je les épouse ; je me découvre complice de leurs revendications ; mais contre quoi voudraient-elles m'échanger ? quel hélicoptère puis-je leur fournir ? quel passeport ? et pour quels paradis ?
où iraient-elles se cacher pour oublier qu'elles m'ont échangée contre une bouteille de rhum blanc et une plage de la mer des caraïbes ?
c'est pourquoi mes pensées, inlassables, reviennent agacer mon corps et blesser mon âme – fouillis de chauve-souris aux mémoires de frégates et d'élégantes
mes pensées et moi sommes sœurs siamoises, otages réciproques ; orphelines quand elles prennent le large, innocentées par nos séparations et inlassablement à la recherche les unes de l'autre
en piaillant sous les nuages : elles au-dessus de l'horizon antillais, moi, les pieds dans les sillons
02-11/01/2009
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11.01.2009
À bord du ketch
souvent vivre me déserte
accoudée à la rambarde du navire je vois défiler les paysages et la rive
s'éloigne
tout en même temps que je glisse vers un Avalon mental
à bord du ketch en acajou
hors de l'espace géographique et des silhouettes indonésiennes des rives, des tracteurs et des automobiles
seul le sillage du navire indique une trajectoire
je vis le temps absolu à la pointe d'une aiguille oscillatrice – en un clin d'œil je bascule dans le plus infernal tohubohu, les grandes orgues chaotiques et les voix de dieux vengeurs et ivres, hystéries sauvages et carnassières
ou bien
tombe crue au sein du lac de la pure sérénité, le plus improbable
là où est dissous l'espace immobile et ondulatoire le temps là où vivre et mourir est une même extase organique
le ketch poursuit sa filature, le sillon de sa route est comme le souvenir du vol des grues et des hirondelles pourpres – la mer sur laquelle file l'oiseau d'acajou est méditerranéenne et mythique
tandis qu'accoudée au parapet je ramasse en moi tous les paysages et toutes les époques du monde, la générosité des bouddhas rebondis, les rêves et les bouches édentées des vieillards et des enfants, l'horreur et l'ironie
-- vivre me déserte, s'éloigne, caravane de dromadaires impavides derrière les dunes chantantes et les mirages de sable
sur les rivages que le navire longe, les êtres et les choses se poursuivent, mon cœur blanc s'évide et devient le vol royal de l'aigle
aucun port ne sera l'abri de mon navire-acajou manœuvré par les vents ; la quiétude n'est qu'un ultime paravent contre l'effroi.
accoudée au bastingage de ce monde flottant, je me stupidifie.
27/12/2008 - 10/01/2009
18:47 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : navire, ketch, dérive









