31.12.2008

Le chat, la grenouille et la grue

réveillée par mes pensées je me demande si je ne déçois pas mon chat

***

allongée je suis dans mon lit un chat-coquillage à mes côtés
ni désir ni volonté ni envie
fondue dans le vide de cette image je me retrouve dans une cellule capitonnée dans laquelle quelqu'un crie et se débat

***

les gens et les choses réelles n'ont ni la délicatesse ni la soie de nos rêves ; seul le minuscule assis sur sa pierre-nénuphar déploie la lumière de ses yeux au-delà de nos meurtrissures et de nos babioles
l'ampleur de sa vie contient tous les paysages et tous les mouvements de la géographie
une seule de ses visions apaise mon cœur humain et ses symptômes – un seul de ses voyages mentaux esquisse l'élégance du vol de la grue

***

de ce regard le regardant je ne déçois pas mon chat ; la vie matérielle n'est que marbres et palissades ; aucun voyage lointain ne m'émerveille autant que les sensations revisitées de mes voyages lointains ; une seule image miraculeuse, une seule odeur suffisent à m'accompagner une vie entière

***
la façon que j'ai trouvée de combattre les marbres et les palissades c'est de ne pas en moi les ériger ; toute une vie n'y suffira pas
je retourne sur mon nénuphar, mes pensées comme une grenouille de haïku, aux côtés de mon chat, dans le bruit de la cascade argentée

***

est-ce un paradoxe que le véhicule des plus grandes visions et des plus grandes évasions soit exactement un corps et voluptueusement un corps dont chaque vision précisément s'évade ?



Guilers, 24/12/2008

29.12.2008

Charles et le TGV fondamental

il est des imaginations auxquelles je tourne le dos

pour vagabonder

à la traîne de mes volutes de pensées, juste au-dessous des nuages, juste au-dessus des fils électriques et des tgv oranges qui serpentent à dos de rails
feuilles d' étourneaux et d'hirondelles ou oiseau solitaire, je virevolte avec ces compagnons des airs et des voyages, au-dessus des fils électriques et des champs de neige
je me pose sur le toit d'un wagon, spiderman accrochée pour ma tête mes cheveux mes esprits ébouriffer
les vaches des prés sont happées par la vitesse et la joie, je m'évade à proximité du tunnel, emportée par une main de pollen invisible et moussue : je m'installe ici le dos enfoncé dans le moelleux du monde et les yeux au-delà
des fils électriques
je longe la rivière du tgv fondamental : quais, horloges arrêtées, vaches de toutes marques, véhicules miniatures, panneaux des gares des villes oubliées, ballast rouillé de gravillons, herbes pauvres et têtues d'entre les rails, amovibles paysages passagers – tout file sous mon regard volatile, toutes les images filent et se fixent, en moi tatouées sur l'envers de ma peau, se fixent, défilent à travers les neiges du printemps là où s'harmonisent les cerisiers en fleurs de hiroshige, de tanizaki et de tous les japonais d'épinal et les neiges de brueghel, de toujours hiroshige, quand les silhouettes marchent vers les temples ou les masures, enfonçant les jambes jusqu'aux genoux

et ! Je tends l'oreille :

Le Grand Maître du TGV Fondamental et des voluptés subélectriques, le cousin fou de gene kelly, frac, souliers brillants-cirés et joie vibrillonnaire, le Grand Maître là-haut, sur son fauteuil de nuages n'en finit pas de m'entrenet


Guilers, 24/12/2008

17.12.2008

2008 fin

Des pensées agglutinées comme des grenouilles – à l'intérieur du crâne, des flots – j'utilise mon argent à acheter de la fumée plus que de la poésie – je marche dans les images des autres – sous les pierres lancées par des furies et de la jeunesse – fourvoyée -

j'attends que la mer monte

mes pensées processionnaires comme des fourmis rouges traversent mon corps en long et en large – épuisent leurs chemins, forent la terre d'argile et de calcaire.
au volant de ma nuit, je croise les guirlandes de noël des carrosseries noctambules – de rennes à brest je croise le fleuve mécanique
j'attends que la mer monte

c'est ainsi que je vis – une cigarette aux lèvres, nonchalamment assise sur une poutre d'acier à des mètres de hauteur au-dessus d'une ville en perpétuelle construction – assise au creux de mes reins, immobile à l'intérieur de ma fourmilière, au creux d'un tronc d'arbre factice
et merveilleux

j'attends que la mer monte

Guilers, 10/12/2008

05.12.2008

Aux amours

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Ah ! l’oubli du lilas sous les draps.
Reprenez vos odeurs
Nos cœurs à vos départs
Y succombent encore.

****

pour toi ce chemin
et les talus de ce chemin69c34f97a90bee127d0a1b9a4a4e9260.jpg
les fleurs de ces talus
la couleur insensée de ces fleurs
les insectes posés sur la couleur insensée
pour toi le vol de ces insectes
les poussières de ce vol

vertige des brindilles de lumière
sous les yeux de ton vertige

***

De guerre lasse et blessée
Si revivre me surprend
Que ce soit de ta main
Relevant mon silence25299932e013dee0603d5f16d58efc67.jpg

***

et je t’aime comme on aime l’amour – entre le vrai
et la faux, sang qui ne désire que le sang

***

1d6e2e3e2014ff7429748e221d8674c7.jpgà l’endroit de ton corps
où sur l’aine une main passe
tentée de s’en évader
-- à l’haleine cède et s’abandonne
gémir naissant à même ta peau
là, je décèle l’effrayante beauté
dont la hanche et la main
au même instinct s’éprennent
sans quoi la vie
à cette vie-là
aurait échappé

***

voir tes yeux c’est tenir l’eau en ses doigts
et la filtrer
pour voir

***
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Et si tu étais là ta peau respirée là
je voudrais hâler la mer et le vent qui s’apaise,
en pleine nuit avec toi.
Si tu étais là

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Je t’attends
comme on attend un souffle
d’air, une orgie de vent
là où le vent a disparu

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