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26.11.2008

Rien

Une pause dans mes pages poétiques. Je vous en demande pardon mais une légère ombre désabusée. Je suis néanmoins revigorée par le papier que je viens de lire dans le Monde de ce soir (26 novembre 2008 / Débats) ; papier signé par mon frère et complice.
En effet, j'ai un doute... adressant depuis quelques années déjà mes textes à des concours, des revues ou des éditeurs et « éditant » sur mon blog depuis deux ans je crois, j'ai bénéficié de quelques retours bienfaisants (et non complaisants) mais aussi de beaucoup de refus ou de silences, provenant de gens « autorisés ». D'où le doute... je me demande sincèrement si cette non-reconnaissance tient à la (non)qualité de mes textes ou, j'ose le dire, à mon absolue absence des milieux, discours et formes à la mode ???
Mes interrogations sont sincères, naïves sans doute et peut-être cette invisibilité vient-elle essentiellement d' une espèce de nonchalance chez moi, voire de négligence dans la bataille.
Voilà, pour ce soir.
Poète du dimanche je suis, comme les jardiniers du dimanche ou les cuisiniers anonymes et quotidiens. Je leur appartiens.

in "le rêve de l'amiral"

Un ancien texte...



J’entends parfois des galops de chevaux venant de sous la mer,
un troupeau de sabots qui roulent des galets et traînent misère
au fin fond des tempêtes.

Le ciel gronde sous l’eau garde l’eau sous sa coupe
et tant de bruits pour rien pour frémir de peur
sous la peau des vivants.

Ces petits mots de rien chiure de mouches et cailloux de poucet,
ce sont mes fruits mes légumes et ma viande
de quoi nourrir un troupeau de bœufs ou un animal carnassier.
Ils valent bien les rangées de betteraves ou les rangées de choux
que 60 centimètres à pas comptés séparent.
Combien de temps sépare un mot d’un autre ? et combien de lieux ?
Et combien de noms égrenés pour la tuerie de vivre ?
Quelle est la saison de récolte des cailloux ?

Oubli ! oubli sous le ciel d’en-bas frémissant du vertige des ailes !

Finir ce creux et s’en aller par la racine sous la terre sous le ciel sous la mer
ignorée du fond des jours.
Comment ignorer le partage de la vie : avant d’être saisie et après ?

A lever le menton et les yeux vers la lune et se dire la nuit
que d’autres ont fait ce voyage ?

Que valent les cailloux les mouches les pas de fourmi les choux et les ruches,
que valent nos éperons sous le glacial défi ?

08.11.2008

À l'heure du sommeil

il est si intrigant ce moment, renouvelé chaque jour de toute vie, où le sommeil s'empare de nous
ce moment qu'aucune résistance ne peut vaincre, et dont nous ne sortons jamais vainqueur
seul notre corps a pris en main notre voyage
ce moment où nous abandonnons tout ce qui fait de nous quelqu'un de vif, de volontaire et de diurne
là nulle agitation, nul désir, nulle élaboration
notre corps s'incline face à plus impérieux et c'est comme si tout se délaçait de nous, chaque muscle se relâche et dépose les pensées maladroites
et c'est comme si tout ici se réorganisait de ce qui fut nous selon un autre ordonnancement, et laisse à la traîne les complexes objets de nos esprits
les grands rêves s'apprêtant à reprendre la barre, les matelots de la chimie ayant hissé les voiles – alors que le capitaine s'est endormi
mais quelle confiance ! Chaque nuit, quiconque acharné à se préserver le jour, tout entier se livre à l'énigme nocturne, s'abandonne vulnérable en son corps allongé. Tout entier corps nous sommes comme désincarnés car qui alors n'habite plus quoi ?
Est-ce une forme d'âme qui déserte ce corps et plane en d'autres dimensions ? Est-ce notre corps qui se délie de l'âme et plonge, avec délices, dans la plus lourde matérialité ?
Le jour, nous fabriquons nos vies ordinaires et verticales pour finir, impérieusement dépossédés chaque soir. Que devenons-nous alors ? Des corps lourds et innocents à la pensée pâteuse et au bien-être d'enfant ; nos armes déposées nous voilà moineaux roulés en boule, crocodiles à fond de marais – confiant notre vie et ses biens à ce corps empêché, provisoire véhicule, barque immobile qui traverse les fleuves


Novembre 2008

04.11.2008

Gabier au fond d'un pot

Il m’arrive de me réfugier au fond d’un pot
Je préfère les pots en glaise, en terre, les jarres en grès à fond plat et dodues
Assise au fond de la jarre, jambes étalées ou repliées contre moi, je laisse passer le temps, les cieux sont réduits, les sons atténués ou déformés par le goulet du vase ou la circonférence de la coupe
Il m’arrive, ainsi protégée et entière, de m’adonner à la petite circulation céleste et du fond de mon puits miniature et domestique je ressemble invisible au génie de l’air ou du feu
Les conversations me cernent et ne me concernent plus, je tangue au gré des volutes de paroles
Parfois je fume une cigarette et les gens regardent cette énigme d’une fumée s’élevant d’un pot ; personne ne me sollicite, je suis au centre des vies qui tournent dans la pièce mais aucune figure ne m’est nécessaire
c’est comme une grande oreille de terre par laquelle j’entends le galop du vent et des chevaux
J’en sors à l’occasion pour retrouver un compagnon, une amie, des livres – je n’emporte rien de tout cela quand je me faufile dans mon refuge j’abandonne
C’est ainsi que j’aime vivre, insoluble, vibratile et silencieuse
Seul le fond d’une jarre permet ce casanier mont athos et féminin ; j’échappe à l’abaton et à travers les parois de grès, de l’étagère où je repose, mon regard imaginaire plonge dans le bleu de la mer égée, vassilis me regarde et peut-être me lit ses livres à l’oreille

j'attrape au vol le vol des grands oiseaux de mer
en me balançant dans l'immense gréement dormant de l'espace, je chante yo yo yo dans la mâture d'un vaisseau pirate, je m'élance entre les haubans et les vergues du vaisseau de cordages qu'est l'espace, le ciel étant la mer la mer étant le ciel et les étoiles les étoiles ! les phares célestes de la grand voile maritime yo yo yo



Octobre-novembre 2008

01.11.2008

tombent épars des confettis

Je vis dans un trou dans lequel tombent épars des confettis d’écrivains, des giboulées très silencieuses de textes qui se déposent sur moi, enveloppent mon corps parcelle par parcelle, au début couverture de neige puis lin ou coton enfin cuir de vache écailles et métal enfin moi en-dessous protégée par toutes ces carapaces moi poussière en-dessous asphyxiée asthmatique engorgée par tous ces mots des autres auxquels pas la peine le courage la folie l’aisance le sans-gêne de rajouter les miens mes confettis sinon quoi toute la planète croulerait sous les confettis de tout le monde et chacun légers les confettis a-priori innocents à force cumulo-nimbus de la poésie et de la prose de tous les charretiers toi moi épouvantés devant le silence le rien à dire le rien à signaler alors pourceaux du fond de notre bauge on couine nos confettis pour quoi ? participer au déluge blanc de la planète, à l’amoncellement d’imprécations nuageuses, barbares dans le ciel qui croule sous la masse lui aussi pour se creuser se plomber s’effondrer d’un coup sur nous en bas comme un couvercle le ciel pesant de mots bariolages babioles non seulement écrits sur des papiers écrans parchemins tableaux tables d’écoliers murs des ports de commerce, non seulement écrits mais dits prononcés haut-parlés pensés esquissés pas de danse qui se conserveraient quelque part, jamais perdus, jamais envolés mais tracés quelque part pour finir agglutinés épaississant les cumulo-nimbus de la pensée, de la non pensée juste de l’esquissé agar-agar de l’indigeste


4 avril 2006

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