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08.11.2008
À l'heure du sommeil
il est si intrigant ce moment, renouvelé chaque jour de toute vie, où le sommeil s'empare de nous
ce moment qu'aucune résistance ne peut vaincre, et dont nous ne sortons jamais vainqueur
seul notre corps a pris en main notre voyage
ce moment où nous abandonnons tout ce qui fait de nous quelqu'un de vif, de volontaire et de diurne
là nulle agitation, nul désir, nulle élaboration
notre corps s'incline face à plus impérieux et c'est comme si tout se délaçait de nous, chaque muscle se relâche et dépose les pensées maladroites
et c'est comme si tout ici se réorganisait de ce qui fut nous selon un autre ordonnancement, et laisse à la traîne les complexes objets de nos esprits
les grands rêves s'apprêtant à reprendre la barre, les matelots de la chimie ayant hissé les voiles – alors que le capitaine s'est endormi
mais quelle confiance ! Chaque nuit, quiconque acharné à se préserver le jour, tout entier se livre à l'énigme nocturne, s'abandonne vulnérable en son corps allongé. Tout entier corps nous sommes comme désincarnés car qui alors n'habite plus quoi ?
Est-ce une forme d'âme qui déserte ce corps et plane en d'autres dimensions ? Est-ce notre corps qui se délie de l'âme et plonge, avec délices, dans la plus lourde matérialité ?
Le jour, nous fabriquons nos vies ordinaires et verticales pour finir, impérieusement dépossédés chaque soir. Que devenons-nous alors ? Des corps lourds et innocents à la pensée pâteuse et au bien-être d'enfant ; nos armes déposées nous voilà moineaux roulés en boule, crocodiles à fond de marais – confiant notre vie et ses biens à ce corps empêché, provisoire véhicule, barque immobile qui traverse les fleuves
Novembre 2008
18:19 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sommeil







