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30.10.2008

Os olhos e o azúl

soudainement mes yeux furent fatigués
fatigués d’être utilisés, à ce point
alors mes yeux se fermèrent
je ne devins pas aveugle je ne fus pas frappée de cécité
ni atteinte de maladie oculaire ni d’affaiblissement de la vue
-- on aurait dit le contraire peut-être
simplement mes yeux furent fatigués et mes paupières se refermèrent sur eux et m’enfermèrent en eux
toute entière enveloppée dans une caverne de paysages infinis
et dont toute la géographie obéissait à un autre ordre physique que celui des paysages ordinaires
ainsi je marchais au sommet des montagnes tandis que les oiseaux sous-marins survolaient des cratères de lave et de cendres lapis-lazuli, turquoise et aigue-marine
ainsi je vécus au milieu d’une extravagance naturelle et ordinaire où les tableaux que j’aime m’aspirent
afin que j’y vive et que j’y danse sans regard au milieu du regard


octobre 2008

26.10.2008

3 poèmes

à Dominique, en mémoire de Juliette L.


5.
Puisque mourir est de terre et de cendres
et l’ombre qui s’étend aux marches de l’oubli
Sur cette pierre je bâtirai ton Ombre
où loger me fut vivre et mourir, héritée.
Puisque mourir est l’absence, une lumière voilée
aux fleurs défuntes parmi toi j’édifierai le Marbre.
(1982)


6.
Ainsi je te nommerai
Pierre étant de cendres
Sang étant de gel
Puisque la mort
Efface la mort
(1982)


7.
Au feu de l’alliance que tu voulais prévue
Je vois les anges et la terre qui te nouent

Si tu n’es plus où mène la parole
(1982)

15.10.2008

Les folles de la salpêtrière

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Les pensées que je laisse tomber à pic dans la tourbe, je ne les poursuis jamais car elles m’égarent de ce peu que je suis ainsi je ne pourchasse pas Twrch Trwyrth fouissant de sa superbe et lourde sauvagerie la forêt de brocéliande
Toute fidélité nous ligote
Le personnage que je suis s’éloigne de moi je le vois marcher dans la tranquillité et l’apaisement il est dessiné de dos au crayon hb et celle qui reste est celle que je suis, plutôt sculpture de glaise que crayonnée, celle que je suis est en volume, colorée, c’est elle qui a charge de vie c’est pourquoi son regard a la nostalgie de ceux et celles qui n’adhèrent pas à leurs rêves

(R )éveillée par un chat hypothétique et nyctalope, je lis les paysages de vassili alexakis exactement comme je me coule dans les pas de murakami ; ils me parlent de langues étrangères qui s’infiltrent dans les images de mon cerveau et me font voguer sur les vagues renouvelées
peu importe qui est je
seul importe la trajectoire du geste, la courbe esquissée –ce pourrait être dans les airs et invisible- d’un arabe calligraphe

j’ai lu que les banques ont soif de liquidité
également j’ai lu que d’amérique et d’europe le mammouth bancaire a reçu plus de 360 fois ce qui est nécessaire pour éradiquer la faim en ce monde. Eradiquer, c’est mettre fin. 360 degrés, c’est le tour du monde, 360 c’est presqu’une année ; je pourrais donner un jour d’une année de ma vie pour nourrir un autre quelqu’un quand d’autres en donneraient plus de 360 pour nourrir un charognard ; je ne peux pas fabriquer de la poésie avec
ça
je dois aller batifoler ailleurs, m’éloigner dans les champs de rêves, de rives et de rues de tanigushi ; me voilà, à nouveau, de dos, aux côtés de l’homme qui marche
ma trajectoire est nette et mes intentions sont pures, je suis le geste (r )affiné d’une main alouette, d’une main arab’esque et de corps penchés sur des ciels de papiers et d’encres de chine
le monde s’ouvre à chacun de mes pas je suis la clef du monde


Guilers 7-15/10/2008

01.10.2008

De Montparnasse à Brooklyn

Un chinois flotte au-dessus de ma fontanelle et il neige sur la planète Mars
Dans 4 milliards d’années, le soleil s’éteindra, épuisé
Ma difficulté à penser naît d’une question d’échelle
Les images cosmiques qui m’attirent à elles manquent d’efficience et rendent ridicules mes pensées coutumières ; toutefois mes pensées coutumières sont plus pratiques et plus utilisables
En vivant hic et nunc et dans le même mouvement dans une perspective cosmique, je n’accommode pas aisément au passage d’un plan à l’autre
C’est pourquoi je pense rarement c’est pourquoi je suis quelqu’un de perplexe

A vrai dire le genre de penser qui me vient volontiers est un genre inopérant, qui calcifie tout mouvement neuronal et me rend impropre à l’action et aux options
Dans 4 milliards d’années, le soleil s’éteindra…
Ce qui signifie que
L’enfant de l’enfant de l’enfant de l’enfant (etc) de mon enfant subira en direct les effets de cette catastrophe et cette perspective est à mes yeux aussi proche de mon cœur que le mois de mai à venir
Je fais partie de cette lignée de mise à mort : un enfant adoré de l’enfant de l’enfant de l’enfant (etc) de mon enfant va souffrir et déjà j’en souffre
Voilà le genre de pensée-non-pratique et inopérante qui me vient et dont j’ai du mal à m’extraire

C’est alors ici exactement, dans le tableau de claude monet que, radieuse, je me réfugie ; je deviens un des personnages, de dos, de la terrasse de Sainte-Adresse qui se trouverait au Portugal, en lisière de l’Atlantique à l’horizon duquel passerait comme un mirage un bateau de cette sorte de blancheur due à la luminosité lointaine, que je suppose être un des navires touché des yeux par raymond carver dans son poème Asie
Et tous les mots du monde s’ordonneraient ici, main lumineuse sur ma nuque et ce ne serait plus moi qui serait je


Derrière mon nombril, là où certains sertissent des diamants, je sertis des pensées ombellifères et radioactives
Je ne suis pas quelqu’un de moderne ou d’actuel, je ne suis contemporaine de mes contemporains que par mon âge ; je laisse filer le tapis roulant de la gare Montparnasse en regardant New-York s’éloigner sous le Pont de Brooklyn ; les 21 éléphants de Phineas Taylor Barnum font frémir les structures métalliques du pont, les 21 avatars de Ganesha me proposent leur masse et je me retrouve emportée à dos de pachyderme sur un quai de la gare Montparnasse en compagnie du moinillon-safran de la frontière birmane, lui à dos de cheval rétif, et le moinillon-safran édenté me lance en pleine chevauchée le sourire éclatant du monde.

Il est malaisé de ne pas avoir choisi à quelle échelle vivre


Guilers 31 août-30 septembre 2008

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