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01.10.2008
De Montparnasse à Brooklyn
Un chinois flotte au-dessus de ma fontanelle et il neige sur la planète Mars
Dans 4 milliards d’années, le soleil s’éteindra, épuisé
Ma difficulté à penser naît d’une question d’échelle
Les images cosmiques qui m’attirent à elles manquent d’efficience et rendent ridicules mes pensées coutumières ; toutefois mes pensées coutumières sont plus pratiques et plus utilisables
En vivant hic et nunc et dans le même mouvement dans une perspective cosmique, je n’accommode pas aisément au passage d’un plan à l’autre
C’est pourquoi je pense rarement c’est pourquoi je suis quelqu’un de perplexe
A vrai dire le genre de penser qui me vient volontiers est un genre inopérant, qui calcifie tout mouvement neuronal et me rend impropre à l’action et aux options
Dans 4 milliards d’années, le soleil s’éteindra…
Ce qui signifie que
L’enfant de l’enfant de l’enfant de l’enfant (etc) de mon enfant subira en direct les effets de cette catastrophe et cette perspective est à mes yeux aussi proche de mon cœur que le mois de mai à venir
Je fais partie de cette lignée de mise à mort : un enfant adoré de l’enfant de l’enfant de l’enfant (etc) de mon enfant va souffrir et déjà j’en souffre
Voilà le genre de pensée-non-pratique et inopérante qui me vient et dont j’ai du mal à m’extraire
C’est alors ici exactement, dans le tableau de claude monet que, radieuse, je me réfugie ; je deviens un des personnages, de dos, de la terrasse de Sainte-Adresse qui se trouverait au Portugal, en lisière de l’Atlantique à l’horizon duquel passerait comme un mirage un bateau de cette sorte de blancheur due à la luminosité lointaine, que je suppose être un des navires touché des yeux par raymond carver dans son poème Asie
Et tous les mots du monde s’ordonneraient ici, main lumineuse sur ma nuque et ce ne serait plus moi qui serait je
Derrière mon nombril, là où certains sertissent des diamants, je sertis des pensées ombellifères et radioactives
Je ne suis pas quelqu’un de moderne ou d’actuel, je ne suis contemporaine de mes contemporains que par mon âge ; je laisse filer le tapis roulant de la gare Montparnasse en regardant New-York s’éloigner sous le Pont de Brooklyn ; les 21 éléphants de Phineas Taylor Barnum font frémir les structures métalliques du pont, les 21 avatars de Ganesha me proposent leur masse et je me retrouve emportée à dos de pachyderme sur un quai de la gare Montparnasse en compagnie du moinillon-safran de la frontière birmane, lui à dos de cheval rétif, et le moinillon-safran édenté me lance en pleine chevauchée le sourire éclatant du monde.
Il est malaisé de ne pas avoir choisi à quelle échelle vivre
Guilers 31 août-30 septembre 2008
14:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éléphant, Pont de Brooklyn, Montparnasse, soleil
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Commentaires
DE BEAUX TEXTES MAIS QUE DE NOSTALGIE ? ET PUIS NON C'EST CETTE NOSTALGIE QUI FAIT QU'ILS SONT BEAUX NE CHANGEZ RIEN DONC.
BON COURAGE
Ecrit par : KERMORGANT | 01.10.2008
Kermorgant n'a pas tort, cette nostalgie futurible- oxymorron- est belle, incite à carpe diem dare dare, mais je te conseille le fabuleux capitaine J.Luc Picart de l'USS Enterprise, le siderius nuncius philosophe de Star Trak, qui explore les confins de la galaxie, promettant justement aux enfants de nos enfants de nos enfants de nos enfants de nos enfants..... de continuer de vivre, imparfaits toujours, et surtout ailleurs. J'adore- Star Trek console.
alors, il ne reste que la vraie Nost-algie, la perte des lieux.
Ecrit par : Lili Jeune Lover | 01.10.2008
ah ! j'adore cette notion de perte des lieux comme évasion joyeuse ! c'est un peu ce que crée aussi la poésie
et merci pour tous ces commentaires
Ecrit par : anne | 01.10.2008







