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29.09.2008
la gueule blanche
voici un ancien texte, écrit vers 1993 je crois ; je ne sais plus qu'en penser...
la gueule blanche
s’ouvre sous la mer
elle a au fond de sa gorge,
derrière ses dents elle a
des étoiles morceaux de toi--
la gueule blanche
te tire par les jambes
à t’engloutir en ton nom
elle a au fond d’elle-même
ses mains ouvertes où tu as disposé
la nuit
chaque nuit
à tout âge
les trésors de ton passage
les rubis
la couleur du sang
réveille la gueule blanche
elle t’ouvre le cœur
et toi tu crois
qu’elle le déchire
elle ouvre les fleurs
et toi tu crois
qu’elle t’ouvre les veines
elle te leste de pierres
et t’enflamme la tête
de souvenirs
flamboyants et opaline
la gueule blanche
t’ouvre les bras les cuisses
écartelée sous la mer tu te débats
ignorante tu sais qu’il faut t’y engloutir
revenir des merveilles au fonds des poches
revenir des amours tournoyantes
dans les cieux les yeux les feux
tu n’as plus d’âge
tu n’as au fond de la gueule blanche
qu’ éternité levée
tes racines plongent au fond des mers
ton coeur explose de ramures
et d’oiseaux élancés
filatures d’ailes
galop de zèbres
blanche signature
de cet Amour qu’elle creuse
pour en faire une montagne.
Gorgée d’eaux
pierre ronde
tu deviens medecin-man
le Soleil brûle tes paumes
et les pieds plantés dans l’Ile
tu rejoins le feu les feuilles et les forêts
de l’Ile où se confondent Noël
et le jour éternel
lumières artificielles et bonheur de vivre
outrée gonflée à sang et à cris
femme vieille ridée enfant
perdue au milieu de Tout
les pierres précieuses à chaque ongle
qui précisent tout lieu
où tu fus survivante d’ici
gorgée d’eaux et d’âges et de feu
sous la mer où tu navigues
la gueule blanche
sait tout de toi et de tes frères
de l’amour enchanté
avivé de crimes
par la lettre V tu atteins les mystères
peau retouchée
enivrée des cimes
là sur ce carrelage blanc-froid
le Soleil sous ta peau
le crâne sous ton chapeau -- la paille
les muscles le sable la chaleur
inondée du corps unifié
et comme un gage de la mémoire
cet homme à Rocroy un vieillard
te fait don du Coquillage
de nacre, ourlé
maintenant tu sais
rien n’a pu exister
sans la gueule blanche
les jours en suite ne sont que tranches
d’un livre unique où lire
les lettres magiques
l’alphabet sacré
l’amour de tout en dehors de tout
les rivières divines l’ambre
Enfant au fond du lit Nemo
le livre ouvert au fusain ,
l’ album de bateaux, de bleus
océans --
la gueule blanche
s’ouvre
t’aspire t’expire te respire
tu n’es que son souffle
malmené par les jours
irradié par ces nuits
Noël l’ambre le bleu et l’île
Projetée en l’air dans la pénombre
des astres tu tournoies corps
gigantesque à la taille du secret
endormi dans les plis du coquillage
Nacre --
en silence tu profères tes cris
en silence les étoiles sont mortes
et tu sais
de toute évidence
qu’hors le salut il n’y a point de fièvre
qu’hors la gueule blanche
il n’y a point de véritable
et tu sais
avoir déjà vécu et que c’est
vaincue
que la gueule te recrache
expirée sur le sable
où il faudrait s’enfoncer
s’enfoncer à l’oubli --
l’appel du sang la grande rivière
draine tous tes visages
les méconnus maman
Laura fille de mère
l’homme que tu portes du fond
de tes racines sombrées au fond des mers
Celui que tu aimes est là au ventre
chevillé n’attend qu’un geste de toi
pour se fondre et se confondre
derrière les dents de la Gueule.
il y a les coquillages les eucalyptus
les bougainvilliers les Saintes les poissons-volants,
les moteurs de bâteaux-fous, les baleines attendues,
la main de Noël, le coeur en place
au centre qui bat, la peau l’aimée
de tout homme aimé, la dureté des phalanges,
la cuisse blessée, le pied tors qui creuse son chemin,
la joue inaccessible où le baiser
s’affaisse affolé de ce mur
infranchissable mur de peau infaisable
amour --
la gueule blanche te blesse
te sauve te roule en ses galets
entre ses doigts de fils et d’ors
te remue te balade à travers tes âges
la première naissance
goulûment traversée
étranglée par ce réseau
de chairs de muscles et d’os
qu’il a fallu étrenner
pour naître humaine
perdre cette couleur souveraine
boule de feu
planètes et roches
du ciel jamais serein
jamais en repos dans cet ordre
implacable
la première naissance par ce goulot
étranglée la gueule blanche
clouée à la porte du Château
la chouette et la main
poignardée -- le ululement
de naître et de mourir en ce seul instant
dans le sang de l’autre -- expulsée native
paquet de peaux qui plus tard
effleurera le coeur battant
la joue rougie et la parole
au bord des lèvres
l’ambre et le bleu du livre
la main de Noël
le triomphe de l’Ile
et la nacre du coquillage
autant de restes de la vie
la perdue l’éperdue
échangée contre un passage ici-bas
échangée contre monnaie de singe
avec comme consolation
si tu sais encore frémir
sur la corde le linge
et son parfum de vent et de
lumières --
jamais la gueule
ne s’est à ce point ouverte
pleine à craquer des larmes enfouies
la mer au plein centre de tes poumons
le feu au plein centre de ton foie
la pierre au plein centre de ta gorge
et la fleur épanouie rose
fuchsia au point central de ton crâne --
tu sais
qu’il faudra revenir retomber refermer
ensevelir ce flambeau
coucher sous le drap cette peau
ne frémir que des saisons
attouchements pauvres
quand tu as connu le vermeil
du soleil infiniment couchant
infiniment levant infiniment
beau
et tu sais
que la gueule se refermera
dans trois jours exactement
après t’avoir délivré
ces merveilles et ces monts
le secret de la lettre V
le fil flamboyant qui relie
deux à trois étoiles en cette vie
tu sais
qu’il faudra attendre patienter bâillonner
la hâte et la fièvre d’aimer
parce qu’en ces jours ligotés
rien sinon l’artifice des mots
n’est à la mesure de l’oeuvre
volcan assoupi désormais
penchée verte sur son cratère
vertigineusement proche du ciel
l’Ile encore te fait parvenir
ses messages
penchée verte sur son cratère
15:24 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : corps, vision, île
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Commentaires
Voilà encore un texte qui est pure musique. Une musique envoutante, avec de magnifiques changements de rythme, des cascades de mots et soudain : une eau calme... et ça repart de plus belle !
Inutile de te dire que j'adore !
Ecrit par : Ronan C | 29.09.2008







