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28.08.2008

Pensées cycliques-4

vivre est difficile et chaotique
à chaque vertèbre sa douleur

les corps des autres pèsent de leur matérialité et je sens d'eux irradier leur désir inné d'expansion
au milieu d'un champ d'ondes contraires et entrelacées
je vis sous l'emprise d'une précise et vaste désespérance
mes paysages sont mouvants mais mon regard
reste le même, chancelant

le moindre geste est une figure de style
l'antre de mon cerveau est assailli par dix mille oiseaux de nuit

je regardre la Bête dans les yeux, je détaille sa morphologie, son ossature et ses ergots ; je la nourris mais toujours la Bête finit par reculer

les oiseaux tournoient au-dessus d'un oeuf orphelin dont l'énigme est insoluble
et pas un ne le couvera

il n'y a pas de vraies blessures là où j'ai choisi de vivre
laura dit que je suis onirique ; sait-elle que bien souvent mes rêves sont des naufrages de vaisseaux fantômes manoeuvrés par des spectres dont la réalité n'est jamais brutale ni indélicate ?




Guilers 7-8 août 2008

25.08.2008

Pensées cycliques-3

une religieuse agenouillée sur ses prières moussues
scrute le ciel de mes images et me les reproche reproche reproche (effet d'échos se répercutant contre les flances d'une montagne et allant s'atténuant)
passe alors une espèce de vagabond caricatural, raskolnikov de feuilleton
qui lui fracasse le crâne à coups de hache
mon cerveau saigne
à cause d'une bonne-soeur incrustée, kyste vertueux, mon cerveau saigne

chassez l'ursuline et la carmélite
la petite soeur de l'adoration et l'augustine
l'auxiliaire du sacerdoce et la dominicaine
la fille de la croix, du saint-esprit, de la providence
la franciscaine et l'hospita lière
la petite servante, l'oblate et l'apostolique

chassez ses yeux bons
délivrez-moi de la hache
délivrez-moi de la prière

***

une fillette agacée par cette panoplie d'adultes tente de s'en défaire
un pêcheur à la ligne, turquoise et un mercenaire en tenue de camouflage
attendent le poisson. Je remarque qu'il s'agit du même homme

***

à intervalles réguliers, ma vie cérébrale sombre et chute dans une poche stomacale. Il me faut une discipline de fer et des oeillères chevalines pour ne pas me disloquer et poursuivre la course
je fige tous mes personnages mentaux, leur confisque la parole tout en absorbant leur haleine et leurs ondes magnétiques
je me glisse dans la silhouette de mon palymobil en lotus, nerfs et muscles attentifs à ne pas transmettre à ma conscience les informations catastrophiques qui m'assaillent, exocets bondissant entre ciel et mer
je bloque la mâchoire afin qu'aucun son ne s'épuise et j'attends
sans vouloir j'attends que la hantise s'épuise
que le carnage et l'avilissement s'épuisent
j'attends de me trahir
car
m'être fidèle serait devenir éperdue à jamais
derrière mes oeillères et mon allure cavalière
s'érige un pitt où éructent des hommes ivres du sang des coqs

***

me voici triste et soumise
nuage flottant


Guilers 29 juillet-5-6 août 2008

24.08.2008

Pensées cycliques-2

en chute libre vers les alvéoles pulmonaires et la poche stomacale en J majuscule
mes personnages perdent de leur légèreté et de leur insouciance ;
leurs gestes sont empruntés,
ils marchent contre le vent

ils marchent contre le vent
bédouins des paysages plats et désolés de l'Aunis
sur lesquels se penche la fatigue des tournesols
jusqu'à
l'indivisible bleu du ciel et de la mer
via l'indéfini l'indéfini des marais

***

sous les frondaisons de mes yeux, le paysage se grise et s'appauvrit, la vie du monde s'éloigne, en contrebas du morne passe comme un paquebot illuminé glissant de nuit sur la mer des caraïbes
jusqu'à ne devenir qu'une scintillante maquette posée sur la Mer Artificielle

mes paysages sont changeants
à peine suis-je assise, jambes croisées sur le plat du Rocher de la Sérénité, le rocher qui surplombe le Songe des Trois Cascades, que le ciel soudainement
se charge de grisailles et de pépites sombres venues du ciel et de la rivière

et le douloureux crépitement des sons mitraille mon coeur




La Rochelle-Guilers 29 juillet-4 août 2008

10.08.2008

Pensées cycliques-1

Rien hormis l'immédiat
mais il m'est impossible d'accéder à l'immédiat

je ne suis jamais où je suis
hors le songe

chacun se lèche la patte et les poils
et ronronne de douleur ou de plaisir dans de vieux habitacles
je ne suis pas différente

***

sensible aux canines des autres gens
je pense avec mes poumons

je sors assez facilement de moi-même, par convenance et civilité ; ainsi ce que les autres croisent, c'est mon extérieur, un ectoplasme, un fantôme social ; à vrai dire, ce que les autres croisent, c'est celle qui en moi me trahit
toutefois je ne cherche pas à être vue
ni à coller à l'intérieur de chacun
car il s'agit toujours d'une particulière enfance, d'un orgueil dissimulé – quelque chose d'irréductible, une mémoire au-dessus de la mêlée. Ce parfum d'ego qui se dégage de chacun d'entre nous est vite entêtant et m'écoeure. Mieux vaut s'intéresser au tour de france et avancer masqué
plus on s'avance dans la forêt privée d'autrui plus on a recours au camouflage, à la machette et au déboisement ; rester au seuil de l'amazonie de l'autre est un repect animal.

Je ressens parfois une pitié catholique envers les autres gens, l'indulgence mouillée de l'initié envers les égarés ; je comprends le sourire ravi des voisins de dieu et c'est assez perturbant, à côté de cette sensation écoeurante de sincérité, d'avoir le regard séduit et captivé par le dragon terrassé par saint-michel plus que par saint-michel terrassant la bête. C'est ce genre d'imagier oxymoral qui peut être à l'origine d'une sidération psychique.

Sur le sentier côtier, un escargot : que sommes-nous pour un escargot ? Une indistincte menace, un tonnerre soudain, une ombre gagnante ? L'escargot n'est pas doté de notre cervelle et de ses capacités ; nous-mêmes, sommes-nous dotés de la cervelle et des capacités d'un au-delà ?
J'ignore tout de moi-même, je m'ignore, j'ignore celle qui marche, celle qui parle, qui dit je, qui s'égare ; il existe formellement un ton mélancolique, une phrase désabusée ; un livre entier peut être écrit sur cette ligne rythmique : les phrases s'y rompent à la lisière de l'harmonie. Le seul fait d'être en vie ne sera jamais suffisant. Monsieur Kaa ne sera jamais suffisant.

***
je soupçonne une équipe de nains germaniques armés de piolets de s'attaquer méthodiquement à ma carrière de mots. Je sens des mots sortir par mes oreilles et tomber à terre dans l'oubli. Je n'imagine pas les korrigans affairés à une telle entreprise.
Actuellement invisible radon, je vis sous forme gazeuse.

***

tombée dans la réalité comme un galet au fond d'un lac

mon envoyée sur terre croise un chien qui ressemble à une chèvre
et un renard, la gueule encombrée

j'ai beau passer et repasser par le Chemin du Compère, rien n'est suffisant
le soleil ne suffit pas
les dix mille formes de l'amour ne suffisent pas
l'étincelante beauté du matin ne suffit pas
une cigarette ne suffit pas
monsieu kaa ne suffit pas

au fond de la réalité il n'y a plus de visions
quand il n'y a plus de visions
le cerveau devient blanc

cette nuit j'ai rêvé que mon frère s'interrogeait sur l'âme et sa consistance ; je ne sais pas ce que veut dire penser. Mes pensées sont des paysages, des formes vagues, des nuanciers si pâles parfois qu'ils s'évanouissent à peine nés ou s'effilochent, brumes de mer
quand les visions manquent, alors tout manque
sauf le réel et le réel ne comble rien, le réel ne suffit pas, la joie, je l'invente, la joie n'existe pas, la joie ne peut venir que des visions.

Aucun rêve jamais n'a infléchi le cours de ma vie aucun rêve jamais n' a ouvert de fenêtre sur une autre haute conscience aucun objet n'a de sens symbolique

rien hors l'immédiat


Porspoder 18-25 juillet 2008

09.08.2008

les lieux d'enfance

Les lieux d’enfance, quand il n’y a plus d’enfance, ne promettent plus rien, gelés, cristallisés, immobiles derrière un voile de gaze. Arrêt sur une photographie. Mouvement happé. Jeu de 1 2 3 soleil : face à un mur quelqu’un compte, se retourne et s’immobilisent les enfants qui derrière, avançaient, et gardent la posture. Le premier qui bouge, trébuche, se marre, pouffe, grimace a perdu.
Les lieux d’enfance, quand il n’y a plus d’enfance, on attend qu’ils tressaillent mais tout est figé intact beauté glacée blonde hitchcockienne, sous vitrine, musée même l’odeur trop forte du goémon pourrissant ramené par la mer arraché par les vagues même les galettes encore luisantes genre morse ou éléphant de mer de mazout, qui tachaient les pieds talons plantes orteils, même la brise de mer … 1 2 3 soleil ! rien ne bouge ne bougera plus jamais, aucun enfant n’a perdu. Il n’y a plus d’enfants. Volatilisés.
On se retourne, seule à avoir compté joué et derrière soi des rêves et derrière les rêves les lieux d’enfance. Habités par d’autres, plages braillées sillonnées chantées par trois petites gamines royales, indifférentes à tout ce qui ne les enchante pas, princesses miniatures en maillot de bain, éclaboussées de rêve et de gambade, elles passent et rejouent, devant l’adulte invisible que je suis devenue exactement à cette place, cadavre bronzée de souvenirs, rejouent les lieux d’enfance.
Lieux indifférents à qui s’en nourrit, mer sable cailloux liséré de plus en plus sombre loin pleine mer rochers immobiles pas agacés par la brise ou la brume, indifférents à qui s’en croit intime, consanguin, inhérent.
Les petites filles des lieux d’enfance.
Je me suis levée de mon corps de femme invisible, indifférente à mon tour, froide, figée, sous verre. C’est à ce moment précis que je suis réellement devenue intime des lieux d’enfance, consanguine, inhérente : indifférente et sans rêves.


17 juin 2006

07.08.2008

dévissage

La pente est glissante
l'alpiniste dévisse et chute au fond du glacier
sa corde le brûle aux reins et les sauveteurs ne localisent pas son gps

je comprends que les catastrophes existent

cela se passe ainsi
l'air se raréfie
les poumons se durcissent
les doigts commencent à geler le froid et le chaud s'annulent
et l'écho dans les montagnes ne renvoient que l'impassiblité des choses



guilers 14 juillet 2008

04.08.2008

Visions cliniques

Au gré de mes pérégrinations ambulatoires, j'ai laissé là yoda sur son galet pour des rencontres stupéfiantes
à la hauteur du cervelet un prisonnier hagard, recroquevillé en quatre dans une manière de rubicube à facettes transparentes, en attente stupide, le sourire pétrifié de Gwinplaine en estafilade, regardait vers

je suis née d'une vision floue et je soupçonnai aussitôt ce malodorant d'être en réalité un adepte du transformisme instantané ; selon la facette du rubicube que je fixais, cet être-là changeait de forme mais jamais de posture : enfant du placard, enfant-moignon d' un vase en porcelaine, prisonnier de Louis XI, femme folle de la Salpêtrière, contorsionniste chinois ou impassible yogi...
victime sourde et aveugle des comprachicos ou des visions beckettiennes, mon prisonnier entrelacé de lui-même
dormait, vivait, rêvait, se délitait au fond de son ergastule en plein air

j'eus la vision d'un minuscule crapaud-accoucheur au creux d'une main humaine, en attente de délivrance, incapable de bondir, un maître zen peut-être ou edmond dantès oubliant sa vengeance et espérant du ciel une justice...

mon cerveau entretient et nourrit un nombre de personnages assez fantasques – mais je n'ai plus d'indulgence pour ces parasites de la pensée et de l'action. Je préférerais des guerriers mamelouks ou des chefs sioux

mon âme se réfugie parfois dans le corps de mon chat ainsi j'en prends connaissance. L'apparence est soyeuse et souple mais je vois cette forme velue guetter sournoisement sa proie ou quémander à force de miaulements et de caresses, sa patée. Si ce n'était pas d'un chat comment qualifierait-on cette attitude ? Or c'est de mon âme qu'il s'agit...


guilers 16 juillet 2008

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