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09.08.2008

les lieux d'enfance

Les lieux d’enfance, quand il n’y a plus d’enfance, ne promettent plus rien, gelés, cristallisés, immobiles derrière un voile de gaze. Arrêt sur une photographie. Mouvement happé. Jeu de 1 2 3 soleil : face à un mur quelqu’un compte, se retourne et s’immobilisent les enfants qui derrière, avançaient, et gardent la posture. Le premier qui bouge, trébuche, se marre, pouffe, grimace a perdu.
Les lieux d’enfance, quand il n’y a plus d’enfance, on attend qu’ils tressaillent mais tout est figé intact beauté glacée blonde hitchcockienne, sous vitrine, musée même l’odeur trop forte du goémon pourrissant ramené par la mer arraché par les vagues même les galettes encore luisantes genre morse ou éléphant de mer de mazout, qui tachaient les pieds talons plantes orteils, même la brise de mer … 1 2 3 soleil ! rien ne bouge ne bougera plus jamais, aucun enfant n’a perdu. Il n’y a plus d’enfants. Volatilisés.
On se retourne, seule à avoir compté joué et derrière soi des rêves et derrière les rêves les lieux d’enfance. Habités par d’autres, plages braillées sillonnées chantées par trois petites gamines royales, indifférentes à tout ce qui ne les enchante pas, princesses miniatures en maillot de bain, éclaboussées de rêve et de gambade, elles passent et rejouent, devant l’adulte invisible que je suis devenue exactement à cette place, cadavre bronzée de souvenirs, rejouent les lieux d’enfance.
Lieux indifférents à qui s’en nourrit, mer sable cailloux liséré de plus en plus sombre loin pleine mer rochers immobiles pas agacés par la brise ou la brume, indifférents à qui s’en croit intime, consanguin, inhérent.
Les petites filles des lieux d’enfance.
Je me suis levée de mon corps de femme invisible, indifférente à mon tour, froide, figée, sous verre. C’est à ce moment précis que je suis réellement devenue intime des lieux d’enfance, consanguine, inhérente : indifférente et sans rêves.


17 juin 2006

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