« 2008-05-24 | Page d'accueil | 2008-06-12 »
31.05.2008
Champollion, laura, l'os hyoïde et les lombrics
Le cartilage épiglottique a la forme d'une feuille dont le rameau s'insère dans l'échancrure du cartilage thyroïde.
les mots ne se trouvent pas dans mon cerveau mais dans ma gorge, plus exactement à la hauteur de l'os hyoïde.
Parfois, ils ne trouvent pas la sortie ou bien s'échappent rauques ou sifflants sous la pression des muscles laryngaux ; ou bien ils buttent sur le caillou épiglottique.
En ce moment les mots de la gorge sont divorcés des images de tête, ce qui est assez difficile à vivre. Le même inconvénient atteint parfois les gestes eux aussi coincés quelque part, dans des noeuds coulants, sous les tendons des mains ou plaqués sous la peau, englués dans les mailles d'un fascia. On peut concevoir des oedèmes formés par des gestes captifs.
A l'intérieur, il pleut des mots. Des paysages de tête, tombent les mots en grêlons qui se heurtent au goulet de la gorge où ils s'amasssent, se calcifient et deviennent, dans le futur, des fossiles.
Ce sera une découverte étonnante quand on trouvera, dans le futur, des fossiles de mots et Champollion sera nécessaire pour lire cette nouvelle pierre de rosette ; il s'arrachera les cheveux, ce Champollion neuf et fringant, car ces mots calcifiés ne sont que des résidus d'images, les gouttes de pluie d'un cerveau. Champollion sera déçu en tenant dans sa main cette pelote de rosette insensée.
Le corps en général est assez bien organisé mais il laisse la place à des fouillis, à des mangroves, à des bifurcations. On y rencontre souvent des armées en déroute, fusils en bandoulière et hâvresacs vides.
En général, le corps est bien organisé, mon âme miniature s'y ballade entre les replis constrictors et les chemins fibreux ; elle s'y perd aussi.
Mon âme pêche à l'envi les mots qui tombent et chutent dans ma gorge et les remonte grâce à sa canne à pêche en osier ; c'est une canne rudimentaire sans moulinet. Les mots prélevés frétillent encore mais sont souvent blessés par l'hameçonnage, c'est fatal.
Sans compter qu'un mot seul, isolé de ses congénères est un mot mort. Mieux vaut le rejeter à l'eau ; on l'entend alors toucher les eaux de la gorge et on le devine chuter au fond de quoi ? À la recherche instinctive de ses compagnons. Peine perdue.
Sans oublier qu'il existe des mots carnassiers envers d'autres mots plus débonnaires, pacifiques ou simples d'esprit. Les mots carnassiers n'en font qu'une bouchée. Toute cette histoire est un vrai carnage. Toute cette histoire se passe à l'intérieur de ma gorge, dans un lac d' eaux mortes sommeillant à la fourche de l'os hyoïde.
Fatalement certains mots rejetés par mon âme pêcheuse tombent encore plus bas et finissent en des endroits innommables ; fatalement, ils sont évacués, car le corps en général est bien organisé.
On peut ainsi trouver, dans la nature, de ces mots orphelins, blessés, solitaires et insensés et ces mots-fossiles découverts par le Champollion futur sont moins utiles que les vers de terre.
C'est pourquoi je vénère les vers de terre. Ceci est une ode aux vers de terre et aux lombrics. Les Egyptiens en avaient faits des animaux sacrés. Je chante les louanges des vers de terre du mésozoïque sortis des eaux voici cent millions d'années !
Laura enfant sauvait les vers de terre des coups civilisateurs et biseautés de la pelle. Elle les recueillait dans la coupelle de ses mains pour les déposer plus loin, en leur expliquant la raison d'un tel déménagement.
Ainsi je vénère les lombrics.
14 mai
15:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mot, lombric, âme, cerveau







