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25.02.2008
Sur le rivage de Murakami
Je me promène à grandes enjambées dans mon cerveau ; il est constitué de pierres entre lesquelles coule et se heurte de front l’eau des rivières. L’eau des rivières
Qui charrie les pluies en lambeaux, les ficelles effilochées parfois les cadavres de petits animaux morts –je me souviens d’un lapin, dos sur les flots- ce sont mes pensées
Accrochées en brindilles aux branches des arbres aux herbes filandreuses au milieu des tourbillons de l’eau. Sur les berges se dressent ou se penchent les troncs lisses et gris-bleu des eucalyptus dont je n’aime pas les feuilles seulement le nom et le gris.
Plantés serrés d’élégance et de mystères les fuseaux-bambous qui agitent leurs mille doigts de feuilles, ce sont mes pensées vertes chlorophylles ou fanées.
Les petits doigts boudinés à la base des cannes de bambous, qui accrochent le chaume à la terre comme les filins d’un pont suspendu, les petits doigts n’ont pas de nom.
A moins que ce ne soit des retours de rhyzomes pachymorphes. Ce qui voudrait dire que les bambous qui poussent dans mon cerveau sont des bambous cespiteux. J’aurais pourtant juré que les espèces de bambous qui poussent leurs feuilles à l’intérieur de mon cerveau sont du genre traçants, autrement dits envahissants. Ce genre de pensées provient de racines leptomorphes. Autrement dit reptiliens mais ne mélangeons pas les genres. Pourquoi non ? Donc les bambous cespiteux…
Les bambous fleurissent rarement, prennent leur temps ; pousser, croître est leur principale activité et la floraison peut leur être fatale ainsi de certaines pensées qui pour survivre doivent éviter de fleurir, doivent éviter de se résoudre en corolles. Ne pas oublier que les bambous sont fistuleux c’est-à-dire vides c’est-à-dire pleins d’échos et de vents. Les bambous vides jouent la musique de l’air et se plient, se courbent et résistent. Les bambous sont des herbes de rêve télescopique.
Je m’arrête un instant et me penche vers mon cerveau dont le paysage a changé : de mousses et de plantes aquatiques, de roches et de terres, le voilà qui se métamorphose en mares translucides où l’œil se repose et les doigts se glissent, en mares et creux d’eaux de mer aux cernes des galets. Je patauge et fouille à marée basse sous les algues, les crevettes. Je sais qu’il ne faut pas attraper les bébés ni les mères. Je les reconnais à leur silhouette d’hippocampe transparent, à leur ventre lourd et gonflé d’œufs noirs et à leur vivacité de mère louve et juive. Je laisse là les idées crustacées poursuivre leur chemin de sables
Et
Dans mon cerveau où se mêlent maintenant aux boues les fleurs carmines à peine écloses des magnolias, je m’assois sur le rivage de Murakami et je parle muette aux pierres et aux goélands de passage, aux troglodytes et à l’ombre des chats et je suis mon cerveau-paysage et mon cerveau devient le paysage et le paysage est mon cerveau, le sable sous la mare frotté par le ventre des mères fugitives
Et
La mare enfantine et translucide est ce rêve ouvert sur les branches des magnolias où il se pose en stridulant brûlé au cœur par le rivage de Murakami
Guilers, 23 au 25 février 2008
14:50 Publié dans Littérature , Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cerveau, paysage
06.02.2008
La nuit des antilopes
La nuit quand je dors les mots sont des gazelles aux jambes feuilletées d'or
elles quittent mon esprit et gambadent au clair de lune, se désaltèrent à la rivière.
La terre sous leurs sabots gronde quand elles passent les frontières ; car la nuit, les douaniers ferment les yeux. On peut voir mes gazelles aller et venir du Sahara aux déserts d'Asie, patauger dans les marais ou mordre des pumas égarés. Mes gazelles sont facétieuses quand elles imitent la vie
mes antilopes de nuit viennent parfois du Saskatchewan blotti de mon cortex et les mots sont alors comme des langues chaudes de bêtes à fourrure qui serpentent mon dos
elles cherchent l'aventure et les conversations ; dans les rues désertes des villes mes gazelles magenta tournent leurs regards vers la lune et les rues bruissent des langues de savane africaine
le jour, mes gazelles se terrent dans les trous de la ville, aux aguets : c'est l'heure des paroles crocodiles, les mots qui disent les choses utiles, ménagères et grises. Les gazelles, sur le qui-vive retiennent leur or et ferment leurs yeux de biche, camouflent leurs cornes de licorne et passent inaperçues. Les mots crocodiles grondent alentours et arborent leurs capes de matador, les rues et les rivières se colorent du rouge d'alizarine,
les lèvres et les crocs du rouge d'Andrinople,
des couleurs qui affolent les pumas et les guépards ; c'est l'heure où les fourrures palpitent de peur à l'abri de mon dos et se réfugient à l'abri de mes os, c'est l'heure où les douaniers ouvrent l'oeil, où les gazelles magenta se rendent invisibles et endossent leur tenue de camouflage. Mes fières antilopes légères rognent leurs cornes d'abondance, embrument leurs feuilles d'or et se transforment en gnous.
6/02/2008
15:18 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gazelle, nuit, langue







