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23.01.2008
Enfance
« l’impouvoir des larmes »
« cette présence reparue : tout en sachant que nul, jamais, nul ne revient »
Carlo Emilio Gadda
Tout vient de loin
De la ville
en apnée
briser la vie la taillader en son centre
Et des champs
Chaque talus escaladé
Chaque pin griffé
L’odeur de la résine et du sang
L’écorchure de la peau et l’écorce du pin
Grandir meurtrir quitter
Dos contre terre
On aurait su ainsi que l’hiver était froid
Au souverain de l’été
Aller pieds nus dans la lumière
La ville la nuit
Nous marchions ensemble
Parmi les rumeurs
Contre le monde entier
Etoiles fixes dans un ciel filant
à Y.A.
2004
16:50 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enfance, ville, saison, nuit
20.01.2008
Antarctique
Le monde que je connais est en sa fin
nous léguons ce que nous sommes, des humains
misérables et destructeurs
la plupart d'entre nous sont nourris de chose simples et n'aspirent pas
à la réalité de la guerre
s'accroupissent sur la terre pour sentir les herbes effleurer leurs fleurs secrètes
se réchauffent le dos au feu des cheminées ou des radiateurs et espèrent sentir bouger la kundalini de leur croupe à leur crâne
vont à pied acheter leur pain ou le pétrissent et le mangent
rêvent de conquérir leur vie sans trop de douleurs
aiment les douceurs amoureuses de leurs amants guerriers
au milieu du monde connu à feu et à sang au milieu du mépris
au dessus des icebergs et des ocelles de glace
l'albatros à sourcils noirs nous regarde
je fabrique autour de mon enfant des résilles et des voiles de mensonges
je ne veux pas la regarder chuter longer le fil au-dessus des précipices translucides
je lui invente de la joie et des rages auxquelles je ne crois plus
qu'elle avance les pieds rivés au sol -sous mes pieds, effondré
je lui montre les beautés blanches et les dentelles de la banquise comme si ce n'était pas déjà
un souvenir
je ligote mon enfant avec des filins des cordages des ficelles de l'acier
de pacotille, des mirages
nous léguons ce que nous sommes, des humains
misérables et lâches
la plupart d'entre nous n'ont jamais voulu
les réalités de la conquête des massacres des pillages
s'accroupissent et rêvent s'accroupissent et pissent une vapeur chaude sur les herbes vertes s'accroupissent kundalini déployée sur les sceptres de nos rois pacifiques
et jouissent de vivre
sans cadavres ni ventres ballonnés
jouissent de vivre et que vive ainsi ou autrement
chaque vivant
jusqu'à pour finir
environnés de frontières de barbelés de murs de cartons pour l'hiver
de sébilles en fer blanc d'ours polaires devenus fous
et de palais dorés, tombeaux de princes subterfuges
jusqu'à pour finir
serviles
s'accroupir pieds nus dans les champs de mots gollums bavards les ongles crochetés sur leur précieux maudissant les étoiles et l'albatros à sourcils noirs
qui nous regarde
Guilers 3/01/2008
12:23 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : antarctique
03.01.2008
Fabrique
Je fais de la poésie je fais
fabrique de la poésie
la poésie j'oublie de regarder
le bleu froid de la fenêtre
dehors le bleu de glace du ciel
dehors je fabrique de la poésie
en décembre je me consacre
dos courbé à la prière des mots
à la génuflexion dos courbé
sous la baguette de coudrier
je me plie sous le fouet
cinglant le bruit-zèbre
de la baguette du noisetier
qui frappe mon dos courbé
le dos tourné détourné du ciel bleu du décembre froid
je fabrique du lait
à l'étable de la poésie
le nez dans le foin dedans
genoux pliés sous le fouet pour des mots vêler des mots
Saint-Renan/Guilers
18-19/12/2007
En Normandie, pour qu'une vache donne du lait, on la frappait trois fois avec une baguette de coudrier. Cette pratique a d'ailleurs valu le bûcher à quelques femmes accusées de sorcellerie pour avoir ainsi frappé des vaches qui, par la suite, s'entêtaient à donner du lait toute l'année.
17:59 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, lait







