« 2007-10 | Page d'accueil | 2007-12 »
30.11.2007
PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) / Figure 28
(Dernier texte de cette série ; je dois dire que celui-ci m'a toujours laissée perplexe ; justement...)
Perplexe et sans avirons, je ramais sur une mer d’huile, une hautemer de luttes et de poissons-torpilles. « Toujours pas de baleine en vue ! ». C’était la vigie du navire qui ainsi parlait juste. Mais alors, le sel, la viande séchée et les tonneaux vides de tous les Olsen Nagel de Scandinavie, c’était comme une blague, une berlue du haut du grand mât. Tant pis, me dis-je, le mirage est plus beau que la mer. Un grain de terre, un seul grain de terre, sur l’ongle, sur une simple tête d’ épingle, c’est un rubis en pleine mer.
Le délicat, c’était la vigie, à force de voir elle hypnotisait tout alentours. Sacré Johann même le sommeil ne t’apporte pas le sommeil. Et la barque va, ondulante sur la mer immobile. A force de harponner, Johann, ton œil valide ne se fermera jamais. Vivre ici c’est vivre demain et on ne sait jamais pourquoi une histoire vous poursuit et pourquoi elle vous guide. En pleine mer, Johann, il faut trouver le rubis. C’est la dernière chance pour que ton œil se voile, et tu verras toutes les baleines qu’Achab jamais n’a su imaginer.
L’astre de la mer, c’est la baleine.
Baleine sans océan. Baleine sans petit. Sans ramage et sans ailes. Baleine de plaisir et baleine à pleurer. Dans un trou de souris baleine aussi. Sous la glace en sommeil baleine encore. Asthmatique. Baleine sans le cuir, baleine sans la graisse et baleine sans les muscles. Juste dans le trou de souris. Baleine à chercher un sein à chercher un coude, quelque chose, à téter. Quelque chose à rêver. Baleine à bosse. Sous le gel immobile en apnée bientôt morte baleine rongée de sel.
On me dit : si on le laisse là le rorqual entier, intact, il va finir par empester l’air et les mouettes s’étoufferont dans ses viscères à force d’y venir becqueter.
On me dit : le rorqual, il ne faut pas le laisser se putréfier et s’enfoncer grouillement de vers dans le sable.
Je sais.
Je les ai vus les hommes, les bouchers découper ta masse en trois morceaux distincts, la tête, la queue, le corps… ça voulait dire quoi de voir cela : la dune comme un étal de boucher ?
Protection de lard et caudale déployée : ça t’a servi à quoi une fois éteints tes yeux, une fois bigarré ton sang, une fois fouaillés tes muscles ? mourir épanoui sur les galets ?
Ne plus pouvoir distinguer ce qui est de ton sourire de ce qui est de l’estafilade des bouchers… découvrir ta caudale jetée vulgaire queue de poisson dans une benne à ordures…
Quand je les ai vus les hommes en tablier avec leurs couteaux de cuisine fouailler, vriller, soigneusement débiter en lamelles, je crois je n’ai plus rien rêvé ni rien pensé. Je me suis souvenue des images des livres : les pêcheurs de baleine à l’œuvre sur le baleinier.
Tu es venu de la mer du Skaggerak qui sait, cesser de vivre ici.
Alors, volontairement, quelqu’un s’est donné mortel soudainement, Johann ?
La mer à marée basse, quand des vagues il ne reste rien, on la sent partout, retirée, remuée, éloignée mais pleine ailleurs, à ras bord contre des murets ou des digues. On a des papillons plein la vue, des blancs, des cocardes, des bleus et cela devient de plus en plus cocasse, en regardant la mer, de penser la beauté et l’ordre des choses.
Pour quelqu’un le monde a basculé.
Magie des disparitions, Johann. Dois-je croire à une évaporation , un mauvais génie t’aurait-il embouteillé plutôt ? ou une sorcière mis aux fers ? Ou encore un voilier fantôme a croisé son fleuve à ton chemin, pour t’embarquer vers nulle part, à moins que ce ne soit un prince qui t’impose par caprice des épreuves initiatrices à l’issue desquelles épouser sa fille serait ton gain ? Un loup-garou t’a laissé mort et déchiré sur une lande déserte, écossaise, humide et nocturne ?
Qui sait , Le triangle des Bermudes est atopique ou bien grondant au-dedans de nous. On peut se laisser aspirer, goulûment perdre son nom et sa mémoire, son désir et sa peau, se résorber ainsi de l’intérieur, se recroqueviller peau de chagrin en boule de papier chiffonnée de feu, de braises, devenu cendres à l’intérieur de son ventre. La baleine, c’est le ventre de Jonas lui-même.
Etre retrouvé pendu à la grande vergue ou pantelant vivant quelque part, toujours quelque part. La terre est partout et elle dénonce notre présence. Tu auras beau te terrer le jour se lèvera.
Il faisait beau en ce temps-là. La mer émettait des signaux immobiles, comme des appels à venir à elle.
08:55 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : baleine, mer
17.11.2007
PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) /Troisième parenthèse : Vol Paris-Pointe-à-Pitre
Au-dessus des nuages. On imagine ainsi la lumière sur la banquise. A perte de vue des reliefs de glace, de neige et comme des traces de traîneaux, d’atterrissage et de coups de freins. On ne serait pas étonné de voir venir du fin fond de l’horizon, un attelage de chiens sulky, un skieur de vasalopette égaré mais ravi ou un remorqueur de haute mer transformé en brise-glace.
Des sillons et des boursouflements d’écume pour aucune visible existence, aucun animal et pourtant... Comment n’y en aurait-il pas là justement ? Le soleil n’a jamais brûlé aussi haut, aussi clair, aussi humainement proche et rassurant. Parfois la beauté relègue la peur au rang des barbarismes.
Que l’homme, moucheron soit ainsi capable de s’élever au rang des oiseaux-dieux, ce n’est pas seulement une preuve de son intelligence, c’est aussi une justification de son art de rêver .
Au-dessus de cette mousse infinie de nuages, on est comme au-dessus d’une immobilité telle qu’elle atteint au cœur de la vie même, au battement régulier de cette vie dont on ne sait jamais ce qu’elle est mais dont parfois on soupçonne que l’on en est.
Accidents de terrain, forêts blanches de feuillus, cratères immaculés, champs de neige qu’une déchirure douce ouvre sur la mer.
Des plaques entières de nuages, de coton, d’écume en recouvrent lentement d’autres, caparaçonnant la terre d’une couette immense. Et du soleil se déposent des champs de braises au loin, des lacs de feux et des mers rouges, accessibles au regard, accessibles.
+ 10 000 mètres d’altitude. - 55° au-dehors.
17:50 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : avion, nuage, blanc
07.11.2007
25 000 propithèques soyeux
à Madagascar le propithèque soyeux est en danger
plus précisément dans les massifs d'Anjanaharibe-Sud et du Marojejy (voir la carte)
le propithèque soyeux (ou simpona blanc) est un singe lémur était un singe ne sera plus un singe onc un singe plus jamais
(idem pour le singe laineux à queue jaune – Pérou, forêt moite et humide) (ses yeux cernés, cerclés, fixes )
l'aulne glutineux, lui, très répandu en Bretagne (voir la carte), dans le marais poitevin (voir la carte), en Sibérie et jusqu'au Caucase (voir les cartes) n'est pas menacé ; il est simplement ignoré. Mieux vaut pour lui. Ses fleurs femelles se transforment en sorte de petites pommes de pins appelées strobiles ; et sa caractéristique est d'être imputrescible : pour preuve, les pilotis d'une grande partie de Venise sont en bois d'aulne glutineux -il y a controverse toutefois, car tout bois totalement immergé devient imputrescible selon certaines sources (cf : http://www.onpeutlefaire.com/forum/)
d'ici la fin du mois de décembre 2007, 25 000 personnes devraient être expulsées de France. A chaque région son quota. 25 000 étrangers en voie de disparition du territoire français. 25 000 personnes (soit un peu plus de 0,04%) menacent l'écologie et la biosphère de plus de 61 millions de français de souche.
Les prédateurs du propithèque soyeux sont le fosa (classé parmi les viverridés mais dont la dentition le rapproche des félidés alors que paradoxalement le fosa est plantigrade contrairement aux félidés, digitigrades -de la difficultés de ranger les êtres vivants à leur place) et l'homme. Le fosa est menacé de disparition lui aussi. L'homme, pas encore.
Ce qui chagrine l'aulne glutineux ce sont quelques champignons microscopiques qui pourrissent ses racines et le frottis intempestif des chevreuils.
Un mammifère qur quatre, 1/3 des amphibiens et 70 % des plantes sont menacées ; 3000 langues (dont le mfumu au Gabon -voir la carte- parlé par une centaine de locuteurs) sont en voie de disparition.
On a réussi à sauver la perruche à collier de l'île Maurice – je crois en avoir aperçues à Barcelone, se chamailler entre les palmiers du parc de Ciutadella)
un jour peut-être on entendra siffler la perruche à collier (kyik-kyik-kyik) au rebours poisseux des feuilles de l'arbre glutineux on dénichera, coincé entre les branchies mortes du corail solitaire de Wellington, le crâne dérivé du propithèque soyeux et les chevreuils de France seront pourchassés, tirés à l'arc par les 25 000 indésirables devenus chasseurs-nomades.
autres animaux en danger : le tuit-tuit de l'île de la Réunion (dont le nom savant est coracina newtoni) et les gorfous (doré et sauteur) des terres antarctiques : ces animaux ne sachant pas lire les journaux, ignorent qu'ils sont en voie d'extinction. Les gorfous appartiennent à la famille des manchots.
Un jour peut-être les 25 000 personnes indésirables sur le territoire français repeupleront les forêts équatoriales et tropicales, en lieu et place du grand hapalémur et de ses congénères. Entre les 17e et 19e siècles, les expulsés d'Italie, d'Irlande, de Russie - pauvres, affamés, juifs, paysans, va-nu-pied – ont remplacé les tribus des Indiens d'Amérique
décimées.
Guilers 7/11/2007
17:09 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : animaux en voie de disparition, expulsion









