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09.10.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série)/Figure 13 : une femme

(...)Il ne te reste qu’une cigarette. Et un livre. Imagine un livre infini : un délice qui s’éternise dans l’agacement et s’enlise dans l’ennui et l’horreur…(...)



Que faire d’autre que regarder, observer du fond de son trou et engranger les pailles et les grains pour une hypothétique moisson ? quand ? on ne sait jamais les saisons de l’âme.
On ne se relève pas impunément d’une enfant assise.

Bien sûr, il y a les arbres, leurs feuilles où se poser, les rochers, le sable et la mer, la grande qu’on voudrait véritable, ultime et consolante, la mer qu’on invente à chaque faux-pas comme horizon salvateur. Mais la mer, qu’est-ce que c’est d’autre que la mer ?
Seule, sur la terre retournée, au beau milieu de la cible d’un champ, avec à l’horizon des fleurs mellifères. Horrifiée par vivre et par les tonnes de terre à soulever pour que le moindre geste soit un geste. Et personne à sa place ne peut pelleter la terre, c’est ça qui est encombrant comme idée. Avancer seule vers le trou.medium_Arba4arundo.jpg

Alors la chasse, la pêche, les tomates et le jardin, les soins aux chiens et le bateau à réparer, le miel à extraire et le miel à goûter, les confitures et les souvenirs, tous ces gestes et ces courbatures, ça peut meubler et empêcher l’image, mais un instant seulement. Un instant qui peut sauver mais qui ne sauvera qu’un instant. Ça ne peut pas cacher bien longtemps la peur, la viscérale et le doute envahissant. On se retrouve toujours seule sur la terre retournée, au beau milieu de la cible d’un champ à questionner muettement le Grand Muet, à lui demander sans même le savoir « Eli Eli lama sabachtani ? », cette prière-là, tous les jours que le hasard a fait, elle me transperce le foie. Alors il reste à continuer la marche, à poursuivre dieu sait pour où, et par-dessus la vague, à pleurer pour rien à pleurer penchée sur son bol ou terrée sous sa peau.

Et puis, on repense aux feuilles des arbres où se poser, à la mer et aux galets qu’elle ne finit pas de rouler sous elle, à la peau de celui qu’on aime, son geste à la terre, nu de sangs et de sèves, le corps de celui-là collé au sien et ses ululements de nuit : on a l’impression qu’enfin quelqu’un vit même si ce n’est pas soi, enfin quelqu’un vit en vous, contre vous, par vous et ça, ça a de quoi faire chavirer.

On peut être prise par la vie, par le clair, grâce aux astres là-haut, à des conjonctions favorables, oui par à-coups aimer oublier l’amertume la grimace ironique et les pleurs pour rien, par à-coups écouter les aboiements et les ululements des chiens, se pencher vers la terre et y déceler dieu – mais toujours soudainement une flèche vient se ficher au plein centre du front et ça vibre encore du lointain qui l’a décochée cette flèche ça vibre encore et pendant longtemps.

Il n’y aurait que les mots, s’il le fallait, à qui rendre un peu d’indulgence. Ils ne demandent rien, ne sont rien, des chiures de mouche qu’on peut faire voler, crédibles parce que ni faux ni vrais, authentiques parce qu’inventés. Des petits dieux en fin de compte. Prières muettes adressées à rien ni personne.

medium_Arba8bactris.jpgNi belles phrases ni salamaleks ni béni-oui-oui ni coquecigrues ni tricheries. Rester au fond de son lit pour la vie et partir en guerre, traverser des champs de morts et de tournesols, enjamber les blessures et leurs cris d’agonisants. Seule et livrée aux hasards, c’est ça qu’on est toujours. Que faire de ses bras ballants ? et de ses ailes légères ? s’écouler dans la torpeur des songes, suivre Molloy sur son vélo et témoigner du monde comme un regard touché du bout des doigts.

Alors, on se couche sous sa propre peau, on s’enroule dans des pages et des images, on prend sa peine entre les doigts et on la filtre. On n’entend plus que des ululements de douleur en attendant la prochaine flèche et on se couche, aux pieds d’un maître : pleurer pour rien aimer sans aimer renoncer parce que croire est encore moins crédible que dans la boue s’enfoncer.

(1989 ?)

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Commentaires

l'air empesté de la sarkosie ou les nuages accumulés sur guilers assombrissent tes visions.
que le vent bouffe et gonfle les joues pour chasser ces miasmes, qui bien que bien écrits sont sourds.

Bises

Ecrit par : Elia Sikander | 13.10.2007

non non là on ne peut pas incriminer sarkonaz
c'est un ancien texte ; j'ai hésité à l'éditer ici d'ailleurs.

Ecrit par : anne jullien | 13.10.2007

Je ne peux pas savoir vraiment si tu aurais écrit le même texte en 2007. Cependant, pour moi, il n'y a pas de ruptures dans tes textes plus récents.
De toutes façons, comme tu dis : " on peut être prise par la vie,par le clair, grâce aux astres là-haut, à des conjonctions favorables..."
La chasse aux miasmes est un perpétuel recommencement... Non ?

Ecrit par : brp | 15.10.2007

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