« 2007-08 | Page d'accueil | 2007-10 »

19.09.2007

Extrait de "24 épisodes"

16.
nos culs occidentaux
assis sur des cadavres

abreuver la soif avec des doses de dés à coudre
légender les regards affamés en parlant de dignité

les yeux creux des enfants
maraboutés par les cerveaux occidentaux

je démissionne je me débulletinise

incantation au réel, le Grand Moloch
nos petits drapeaux dérisoires plantés dans nos assiettes
nos petites possessions d’écureuils à ras bord
nos contre-culs occidentaux
assis sur des cadavres
coupables culs

vivre sans dieux et sans espoir du monde

10.09.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) /Figures 9-10-11

Figure 9 : Méditation médisante à propos de la spiritualité

Ne pas oublier de descendre la poubelle. Ça sent si vite le melon moisi ou le poisson en décomposition. Ces odeurs-là s'agrippent on dirait aux murs de la cuisine et s'y collent, sangsues incolores, tenaces, marmelade et gélatine fantômes. Donc ne pas oublier. Toute recherche spirituelle ( pas humoristique : spirituelle) apprend à l'apprenti disciple qu'il porte en lui-même toute source de satisfaction ou de douleur. Donc ne rien attendre ni espérer d'autrui, de l'extérieur, des fleurs des champs et des putréfactions de déchets. Tout est en vous, tout est en vous : la haine, la joie, la déception et l'amour. A quoi sert l'autre ? à rien ! S'il vous déçoit, c'est que la déception est en vous. S'il vous réjouit, c'est que la réjouissance est en vous. Si ces tendresses vous mènent au septième ciel, c'est grâce à vous. C'est miracle non ? Qu'en est-il des odeurs de poubelles ? Puent-elles objectivement ou la puanteur est-elle en vous ?




Figure 10 (2)

Bien sûr tu as connu quelques enchantements. Mais sur un sol ingrat, ces fleurs-là fanent vite et sont réellement incongrues. Tu as rapidement, muettement et désespérément compris que toutes les portes ouvraient sur des déserts ou pire sur une enfilade de portes et qu'un chemin tracé dévoilait un horizon de nouvelles batailles. Par conséquent de nouveaux cadavres. Tu es morte à toi-même et à la vie assez tôt. A force d'observer. Il aurait fallu te dire dès ton apparition que cette vie justement n'avait aucune utilité organique, qu'il était donc hors de question de lui chercher sens et pratique. Sauf à vouloir se fourvoyer et à souffrir. Mais alors à quoi bon ? Bon à rien : c'était la définition de ton chemin au bout du compte. En général, les enfants ne t'intéressent pas. Tu as toujours été perplexe face à ces vies qui poussent et réapprennent les mêmes choses et aussi poussivement que des générations entières avant eux. Nous avons tous été des enfants ; tu ne comprends pas ce temps perdu, cette lente et pénible maturation éternellement recommencée.



Figure 11 : moments

Ce sont toujours les mêmes mots, les simples qui me donnent ce regard où se mêlent le triomphe et l'exil, une haine bestiale et un désir d'amour ancien. Je suis deux.

03.09.2007

Les univers

Je te montre les univers

Je te montre le mot secret que j’écris sur le sable
Avec un bâton, un bout d’ardoise, un bout de verre
Trouvés sur le sable
Les jambes écartées je suis assise
Sur le sable.
De la gauche vers la droite
Je lisse le sable humide du tranchant de ma main
Et j’écris avec ce que je trouve j’écris ce que je trouve
Le mot secret
Secret par deux fois parce qu’il est de mon cœur
Secret par deux fois parce que la mer l’efface

Je suis heureuse et je te montre les universmedium_Polyptarbaus4.jpg

Je me lève et je marche sur le gravier millimétré de fouillis et d’ordre méconnu
Je joue avec l’infime les gris des cailloux et leurs silences immobiles
Je déplace une brindille et les univers se déplacent !

Bientôt je vais vers le figuier aux sangliers et je choisis les fruits, de rire
Car
Je pense aux testicules des hommes et je mords la couleur rouge des figues
En pensant
Aux testicules des hommes

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur

Quelque chose s’ouvre et s’écarte du pubis au thorax, de l’air frais caresse
L’intérieur, l’envers de ma peau, l’intérieur sensible du vide

Un léger nuage se détache de la lune
Une chauve-souris file le ciel
L’absence du vent posée sur les feuillages et les sons éparpillés
Des bêtes inconnues
Constellent la nuit des silences immobiles

Je prends l’avion demain
Je ne sais pas où je vais
Ni à quoi je me rends

Je suis heureuse de l’insignifiance des choses
Elles me gonflent le cœur


A Christiane
Mons nuit du 25 au 26 août 2007

Toutes les notes