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19.07.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série) /Figure 5

Te voici parasitée par l’ennui. Eprise et pétrie de rêves grands, tes jours s’enlisent. Enfourcher les baleines, ç’aurait été cela la vie rêvée mais à les voir se balader sur le petit écran et en plein océan, tu en as déjà la crainte. Ça a toujours été cela ton hiatus privé : croquer des images mille fois trop immenses pour tes yeux myopes. Tu es hors écran quand tu rêves. Tu t’es dit : il reste la vie des jours et des nuits, les bonheurs que l’on ne porte pas à bras-le-corps, les accessibles, les frémissements de chaleur à votre dos, les verdures du printemps et les miettes dispersées aux rouges-gorges des jardins. Tu t’es dit, oui, que les rêves enterrent les rêves et laissent place aux vivants ! Tu as essayé, il est vrai conquise par un cercle hétéroclite d’homéopathes, de sexo-psycho-thérapeutes, de magnétiseurs, de musicothérapeuthes, d’ostéopathes et même, il s’agissait bien d’aller au fond des choses, d’un proctologue qui a pris ton anus en photographie en multiples exemplaires de multiples formats. Peut-être la solution naîtrait-elle de là, le fondement même de tes ressorts.
A regarder la photo, tu t’es prise à rêvasser autour : planète oubliée aux mille irisations, fruit délictueux des déserts sous les arbres, bouton rond, parfait, image des délices de vivre... d’un geste, ton proctologue d’un jour a escamoté tes photographies intimes qui ont rejoint un dossier médical dûment estampillé sans aucune adresse littéraire ou poétique à qui que ce soit.
Au bout du compte, tu t’es observée, seule, un corps, une tête intérieure et extérieure, les mêmes rêves grands et les mêmes infirmités petites. Si répandues les infirmités petites chez ceux-là qui passent le plus sombre de leur existence à apprendre à exister. Simplement. Je veux dire pas de ces apprentissages pédagogiques prédigérés ou lyophilisés, non je veux dire appendre à respirer, à avancer un pied devant l’autre, apprendre à sortir dans la rue aux yeux de tous et apprendre à faire partie de la rue et de la foule. Enfin, apprendre à exister tout bonnement, se dire je suis vraiment debout, vivante, à cet endroit, en ce moment.
La question de savoir que faire de tes bras ballants, de tes yeux virevoltants et de tes quelques neurones agissants, elle est toujours autour de toi comme une mouche importune.