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17.07.2007

PORTRAITS-AUTOPORTRAITS SAUVAGES (Série)/Figure 4 : une enfant blessée

Tu connaîtras toujours ton nom même s’il change et se modifie. Ton âge n’est qu’un calcul selon les calendriers. Tu connais tes parents, le nom et la forme de ta mère, ses mains et parfois sa blessure, le nom et la défiance de ton père, sa main gauche. Tu connaîtras aussi ton enfant plus qu’elle-même ne se dévisagera. Elle est un bouvreuil sur ton épaule et elle fut au centre même de ton ventre. Cela ne s’oublie ni ne se comprend. Mais toi ? Que tu dises le nom des villes où tu gîtes, le nom des îles où tu fus rêvée par des milliers de rêves anciens, que tu cites sur le bout de tes doigts le nom des os et des muscles qui te tissent, cela est vrai. Même mutilée tu saurais ce qui te manque. Mais toi, qui es-tu ?
L’amour a disparu sous ta langue et de ta vie. Il y a beaucoup d’insectes autour de toi. Il y a des langues accolées à ta peau, qui ne parlent plus tellement elles sont lourdes.
Tu n’étais pas ainsi enfant. A moins que ce passé là ne soit un rêve en puissance en train de s’élaborer, de s’enfler jusqu'à l’éclatement. Prends dans ta main cette enfant et fais la passer d’une seule courbe dans ton autre main. Tu cligneras des yeux à voir l’infortune de ce geste.
Quelles guerres ont pétrifié ta chair ? De quelles âmes es-tu le déchet ou la chance ? Tu marches depuis si longtemps et il te faut encore marcher. Ton pied gauche est usé à force de pousser et repousser le sol. L’autre était si léger ! Un papillon s’en était attendri. C’est pourquoi ta marche est ralentie et bancale.
Tu situes ta vie peut-être à un endroit où elle n’est qu’apparence. Peut-être n’est-elle que l’image du miroir, celle qui simule, l’imitatrice sans chair, sans toucher et sans sommeil. Si personne ne se regarde dans le miroir, l’image n’existe plus.medium_Image12.jpg
Alors cette vie par à-coups qui apparaît et disparaît, c’est un lapin de magicien. Quelque chose que l’on prend par les oreilles et que l’on ramasse en cage entre le spectacle et le suivant. C’est ce lapin que tu prends pour ta vie. Peut-être faut-il briser tous les miroirs et déchirer tous les chapeaux.
Tu as perdu en même temps l’amour et la joie. Une de tes poches était percée et tu continues à marcher comme avant, les mains dans les poches mais tu ne sens plus rien sous tes doigts, ni chaleur ni fourrure, ni galet ni papillon. Ta jambe gauche ralentit ta marche et tes doigts cherchent comme une boule à pétrir.
Tu ne te connais pas. Tu connais tes jours et tes nuits. Tu connais tes rêves et tes peurs. Mais ce dont tu rêves et ce dont tu as peur, tu ne le connais pas...