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19.06.2007
Dans une étable
Une fille
Dans une étable, une vache pie-noire ou normande. Seule rescapée d'un troupeau. Elle ne s'appelle pas Marguerite, elle n'a pas de nom. Ses yeux sont noirs, pensifs dit-on toujours des yeux des vaches. Moi, je suis blottie tout contre elle, enveloppée dans sa chaleur, je m'endors, recroquevillée, contre son flanc, sur le foin ; elle souffle sur mon corps. Je n'ai pas d'âge ; je les ai tous. Il n'y a plus rien à dire ; j'ai enfin atteint le silence et les larmes vraies, l'amour absolu. L'invivable. Seule cette vache peut me consoler, m'accueillir. Il fait sombre et j'entends les bruits de la ferme au-dehors. Cela ne me concerne pas. Je vais mourir là flanquée à cette vache, à même la paille et la douleur. Le fermier me découvrira mais c'est la vache qui aura posé sur moi le dernier regard. Et cette mort, ce silence et ce pencher bovin, c'est cela que je veux. Je voudrais que la vache s'endorme avec moi, qu'elle abandonne aussi ses ruminations, l'attente infinie et l'esquive des coups de fourche. Je voudrais mourir avec la vache, toutes les deux fatiguées.
Un garçon
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Dans la grotte, l'ourse dort. Je m’allonge contre son corps qui se soulève et se détend au rythme des battements de son cœur. C'est la première fois que je rencontre un être vivant qui vit au rythme des battements de son cœur. Tout le reste ment et se cache et cajole sa misère. L'ourse est sale encore de s'être roulée dans la boue. Cela aussi me rassure. Je voudrais vivre toute ma vie avec cette ourse-là et ne plus jamais redescendre dans la vallée. En-bas tout est propre, les gens lavent leurs mains au robinet et se douchent une fois par jour. A force, ils ont appris à laver leurs sentiments, à peigner leurs tourments et à brosser leurs rébellions. Quand le froid se ferait trop rude, l'ourse me réchaufferait de sa fourrure ; je ne bougerai pas, j'essaierai moi aussi de la réchauffer. Après, elle ouvrirait les pattes et me laisserait aller ; s'il le faut elle me léchera le visage et je lui rapporterai des baies et du miel et des poissons. Dans la grotte, il n'y a plus tout ce que j'ai connu jusque là : livres, disques, vêtements, paroles. Dans la grotte il n'y a que l'ourse, des grognements, des bruits de langue, des coups et des caresses de pattes, un mâle parfois ; il y a des regards qui regardent et de la chaleur qui s'ébroue et se partage. Dans la grotte, je pleure quand j'ai envie de pleurer. Il n'y a personne pour s'en étonner, s'en alarmer ou se détourner. Un jour, au printemps, l'ourse se lèvera, elle m'écartera de son flanc, doucement ; elle sortira humer l'air et griffer les papillons ; elle se laissera agacer par les insectes et se baignera dans la rivière. L'ourse reviendra et nous saurons tous les deux que cette vie-là n'est pas celle qui me convient. Et que celle des hommes d'en-bas n'est pas celle qui me convient non plus. Je me blottis tout contre l'amour et la puissance de mon ourse ; c'est un jour de printemps, j'entends les oiseaux virevolter et pépier et je sens les pattes de l'ourse qui me serrent, qui me serrent. Et je sais qu'elle soutiendra ma tête pour que mon cou ne se brise pas et qu'elle me portera là où je fus heureux, là où personne d'humain n'est jamais entré, là où aucune parole ne fut jamais prononcée, là où aucun livre n'a prétendu nous apprendre à vivre. Je suis dans le bercement de mon ourse et je suis devenu son rêve, son odeur et son grognement. Je ne reviendrai plus jamais souffrir ; parmi vos semblables.
11:55 Publié dans Littérature , Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vache, ourse, poésie
Commentaires
Bon, les animaux, de plus en plus d'accord, le boeuf et lâne, le puma mon totem, la gaule gallia gallinacée.
A lire, "le versant animal" de Dubois je crois.
enfin du texte sur le monde vécu par ces autres êtres.
Balto Médor de St Bernard
Ecrit par : Balto | 19.06.2007
C'est magnifique ! Je ne sais pas pourquoi mais ça me touche énormémént... Si, je sais pourquoi : si tu développais ces textes en une nouvelle ou un roman, on aurait comme un parfum de Knut Hamsun.
Ecrit par : Ronan C | 22.06.2007







