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23.05.2007
Les petites morts d’après-midi
Les petites morts d’après-midi
Les douceurs
Dehors la chaleur tangue la lumière
Dehors des frontières infranchissables
dans un sens
s’ouvrent ou s’imposent
dans l’autre
Dehors à feu et à sang
Ce qui se passe sous les herbes des jardins
Dans la gueule d’un chat
Entre les feuilles affriolées du champ de maïs
Dehors on fait reculer des enfants aux confins de pays innommables
Victimes sans coupables les procédures pour responsables
Les petites morts d’après-midi
Les douceurs
Dehors les appels des oiseaux se posent là où ils peuvent
Guilers 30 juin 2006
16:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : dehors, poésie, frontières
16.05.2007
Rêves de nuage
Pour quelles raisons n’ai-je jamais tué ? Peut-être me suis-je dit : « inutile ! ». C’est là que l’on touche du doigt pourquoi. On a perdu l’instinct, le sang des bêtes. Celui qui tue, c’est son sang qui se réveille. Il tue un autre ou il se tue. Il se pend ou il se sert de ses doigts. Dans tous les cas ce sont ses mains.
Seulement le hic c’est que le sang ne se réveille pas à perpétuité. Son éveil ne dure jamais. Le sang, ça s’assoupit comme les bêtes, elles hibernent. Le sang oublie qu’il s’est réveillé alors les mains se vident ; dedans il ne reste rien, plus de nerfs, plus de tendons, autant dire plus de crime. Je me dis : « celui qui tue, aussitôt il oublie ». Mais il est le seul à oublier. Les autres dont le sang coule, fluide mais ne connaît jamais de crues, d’hémorragies, ces autres n’oublient pas ; ils ont perdu l’instinct. Ils se disent, le meurtrier c’est celui dont le sang est vicié ; c’est un fruit taré. Ses mains ont parlé, elles n’ont pas réussi à contenir l’afflux du sang parce que ce sang-là était indomptable, oui, vicié au départ. Sans doute on n’a pas fait ce qu’il fallait à la naissance ; il y a des cas où à la naissance, avant le cri ou après le cri, je ne sais pas, on change le sang des enfants. Aussi, ces enfants-là coulent un sang neuf, propre, dragué, épuré. Mais pour les assassins, on a oublié à la naissance de les vider de leur sang vicié. Pendant longtemps ils grandissent comme n’importe qui, mais baignés dans du sang impur, et à la moindre occasion, le sang sali gangrène tout le corps, les artères, les mains. Alors l’enfant au sang impur ne contrôle plus rien ni son odeur trop forte ni la marée qui l’engloutit à l’intérieur. A la moindre occasion, son sang le réveille et lui il sent une force qui le prend à bras-le-corps et peut-être pour s’en défendre, il veut faire couler le sang. Ses mains le prennent de force.
Cette histoire de sang vicié, dès le départ, ça me semble un peu simple. Les bêtes, leur sang n’est pas forcément impur et pourtant elles se réveillent quelquefois pour mordre, griffer, arracher les chairs. Après elles s’assoupissent.
Je me dis que pour nous c’est pareil, sauf que le sang chez nous n’est plus le maître. On le dompte. On le canalise. Seulement un esclave, ça finit toujours par se révolter et il ne regarde pas à la rage, l’esclave. Il est comme un aveugle, guidé par les mains, les odeurs, le bruit. Le sang, je le vois comme un esclave ; il rompt les digues. On devrait se méfier de son sang ; on ne devrait pas se dire que c’est une chose morte. Le corps, c’est comme un nuage ; quand il rencontre un autre corps, ça peut se passer en douceur, ils peuvent se fondre ensemble mais ça peut se heurter et le corps il éclate, comme le nuage, il ouvre les vannes et la pluie n’en finit pas. Il y a différentes pluies, des giboulées, des orages, des averses, des trombes, il y a différents nuages aussi. Bon, il y a différents corps et quand un corps explose, s’ouvre, se déchire, on voit les pluies de sang. Toutes sortes de pluies de sang. Après le nuage se défait ou il accumule encore de l’eau, il y a des nuages qui n’explosent jamais, qui accumulent encore et encore, s’étirent, amassent, se défont, grandissent et s’en vont, disparus. Je me dis que les corps fonctionnent pareillement ; tous ne laissent pas échapper du sang. Mais celui qui s’est heurté violemment à un autre corps, une fois son sang éveillé, largué en pluie, il ne se souvient pas forcément de l’orage et il peut recommencer à voyager, à se heurter, se fondre. Personne n’a jamais condamné un nuage.
Moi, mon sang se réveille aussi mais d’une autre manière.
Un jour, je me regarde dans un miroir ; je ne me suis pas reconnue. Je regarde et je ne sais pas qui est là. Je me demande : « qui c’est ? » En même temps je sais que ce doit être moi puisque personne d’autre ne regarde. J’ai peur. Ça doit commencer comme cela. Après il faut poursuivre, on vaque à sa vie mais on oublie difficilement la panique qui vous a pris au collet, au ventre ; on a regardé dans la glace et on a vu quelqu’un. Quelqu’un c’est personne. Bien sûr je me dis si ma figure devait ressembler à ce que je sais de moi, à l’intérieur, à quoi ressemblerait-elle ? Si mon visage ressemblait à ce que je suis, je crois il n’y aurait pas de visage. Bien, je dis celui dont le sang s’est réveillé en tuant, quand il regarde dans la glace son crime, il se dit : « qu’est-ce que c’est ? » ; il se dit : « ce que je vois, c’est moi mais ça ne ressemble pas à ce à quoi ça devrait ressembler. Si ça devait ressembler à ce que je sais de moi, il n’y aurait pas de crime. »
Les autres, ceux dont le sang s’écoule régulièrement, ils rétorqueront : « oui mais dans le miroir il y a tout de même un visage et un crime ». Ça n’empêche pas. Un visage de personne. Un crime de personne. Je crois que c’est ainsi. Personne ne pourra me prouver que je porte le visage du miroir et pourtant je sais que tous quand ils me regardent, qu’ils me considèrent, qu’ils parlent de moi, c’est ce visage-là qu’ils déposent sur mon nom. Celui qui tue, ça doit lui faire le même effet : quand on parle de lui, on plaque son crime sur son nom ; pour les autres, son crime c’est lui.
Il n’y a qu’ à lui seul que le crime qu’on lui prête n’appartient pas. Alors je me dis, si on le punit, si on l’enferme, on enfermera qui ? et quoi ?
Ecully mars 1987
17:32 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04.05.2007
Ce qui se passe, voici
Je sais ce que je suis. Un esprit volatile, translucide comme l’éther. Une sorte d’amibe invisible comme les formes mouvantes que vous voyez défiler sous vos paupières quand vous fermez les yeux assez longtemps sous le soleil.
Je suis cela et l’émanation de cela.
Ce qui se passe, voici : un tel esprit distribue les âmes aux corps terrestres. Il existe plusieurs âmes identiques, de même nature, distribuées dans des corps différents, de n’importe quel endroit de la planète Terre et ces âmes identiques et uniques traversent aussi les temps. Peu importe le nom donné à ce souffle.
Chaque âme distribuée loge donc dans un corps et vit de la vie de ce corps et de son histoire. Mais elle n’est pas ce corps. Et ce corps n’est pas elle.
Quand le corps terrestre meurt, ce n’est pas l’esprit qui meurt avec lui, c’est son âme qui s’envole, qui s’élève rejoindre l’esprit originel dont elle est issue. Après un certain temps, cette même âme peut être redistribuée dans un nouveau corps. C’est à ce moment d’ailleurs qu’il peut se produire des accidents d’incarnation ou des blessures ou des failles. Si l’âme émigrée d’un corps n’a pas été lavée, libérée de la vie terrestre, des souvenirs de ce corps-là, elle peut les transporter en elle et les transplanter dans le nouveau corps qui l’abritera.
Ainsi s’expliquent les différentes formes de personnes humaines et de comportements humains.
Ainsi s’explique le temps laissé par nombre de religions aux âmes migratrices avant de les redistribuer. En quelque sorte, il s’agit du temps laissé à la toilette de l’âme ; exactement comme on procède à la toilette du mort, pour déshabiller celui-ci des restes de son âme. Sinon le corps ne peut se désagréger absolument. Absolument, ici, veut dire de façon totalement pure.
La toilette des morts ne consiste exactement qu’en cela : la séparation absolue d’un corps terrestre et d’une âme. Car cette union ne doit être que temporaire, impermanente. Il ne faut pas que dans le corps mort subsistent des scories de l’âme. Et il ne faut pas que dans l’âme vivante, subsistent des scories du corps mort.
Voici les différentes formes que l’on peut rencontrer sur terre. Peut-être en existe-t-il d’autres. Voici celles que je sais.
Il y a les corps habités d’âme en patchwork, d’âme alourdie de résidus d’anciens corps. Ce sont des corps à âme disparate. Des corps en morceaux. De telles personnes sont imprévisibles. Et dangereuses.
Il y a des corps, comme vidés d’âme. La transplantation de l’âme s’est révélée incomplète. Seule l’enveloppe de l’âme, sa silhouette à vrai dire a épousé l’intérieur du corps. Vous pouvez vous représenter cette enveloppe comme l’équivalent du placenta pour le fœtus humain. Toutefois, en moins matériel. Elle est comme l’ombre de l’âme, son image jumelle, mais inconsistante. Ces corps sont vides et pleins, paradoxalement et donnent des êtres vulnérables : souvent innocents et parfois protégés. De telles personnes font l’effet d’êtres inachevées.
Il y a des corps qui ont résisté à l’âme. Ce sont des massifs qui se développent et vivent comme si leur âme n’existait pas. En réalité, l’âme est descendue jusqu’à eux mais s’est réfugiée dans leur corps tel un caillot de sang ou un caillou dans les reins. Les personnes croient vivre sainement mais par intermittences souffrent d’ici ou de là. En vérité, elles souffrent de leur âme, qui se manifeste indifféremment dans telle ou telle partie de leur corps. Ces personnes attribuent leurs douleurs soudaines à une défaillance physique passagère. Tant qu’elles refusent de réaliser que c’est leur âme qui se rappelle à eux, qui veut s’éployer, jouer des coudes et les épouser, ces personnes souffriront de maux, en maugréant ou imperceptiblement. La plupart des personnes relève de telles incarnations. Refusées.
La quatrième incarnation peut être qualifiée de flottante. Il s’agit d’âme pure mais non ajustée. Rien ne « tient » à l’intérieur des corps. La personne ainsi habitée se sent comme flottant dans des habits trop grands. Elle sent, elle sait qu’une âme loge en elle mais il n’y a guère d’union entre son enveloppe charnelle et la densité de son âme. Ces personnes ressentent leur corps comme « quelque chose » de lourd et de compact, non visité. Ou alors c’est leur âme qu’elles ressentent comme une entité lourde, compacte et prisonnière. Elles cherchent les fils invisibles qui relieraient, qui feraient couture entre leur forme terrestre et leur forme intérieure. Ces personnes, généralement maladroites, se vivent comme un défaut d’incarnation.
Enfin, il y a les anges terrestres. Il n’y a rien à en dire. Ce sont les incarnations réussies, si l’on peut dire. Des exemples d’harmonie. Ces personnes se « voient ». de loin.
Je ne sais quel est le sens de cela que je viens de dire. Je ne sais s’il est un sens. En tant qu’esprit « pourvoyeur » d’âmes, je n’ai pas accès au sens. Je sais que les esprits se meuvent dans une strate de l’univers mais qu’ils n’en sont qu’un degré, reliés certainement à d’autres strates mais où ? comment ? pourquoi ?
Brest 30/05/98
15:12 Publié dans Ecrits et Expérimentation , Littérature , Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : âme, esprit, corps, expérimentation littéraire, poésie







