19.11.2009

Blasons pour le cochon

Blasons pour le cochon

 

Envoi

 

J'écris pour le cochon

 

pour les porcs et les gorets,

pour les truies, les nourrains,

cochettes et porcelets

j'écris pour leurs sauvages cousins

la laie, le sanglier, le marcassin

pour le phacochère des savanes et le babiroussa

ancêtre primitif, racine du verrat

 

J'écris pour le cochon

 

le cochon, notre bison, ô bête vénérable

 

 

Prétexte

 

Ondes radiophoniques et gros titres des journaux

répètent à l'envi que « grogne » le peuple mécontent

si dans les rues il déboule, sale comme un pourceau.

Sa révolte avilie, le peuple qui grogne est l'Ignorant

qui sort de sa bauge en forçant le vent de sa hure

tout crotté encore de la boue de sa soue.

On s'offusque alors qu'il réclame pain et confiture

ce cochon d'animal

alors que de l'échine au jarret on dévore le tout

en négligeant le mal.

 

 

L' Oblat

 

Les dons du cochon, iceux :

 

pour le soin des engelures, la graisse

- on imagine le porc, au croc, cloué

 

pour nos lasses valves humaines, le coeur

pour les pinceaux de nos peintres, les soies

- on imagine le porc, au croc, ébourré

 

pour nos déchirures la colle forte

eux-mêmes fendus ses sabots

 

pour nos cornemuses et nos bellopratins sacs de graines

nos blagues à tabac et nos ballons de rugby

- on imagine le porc sacrifié, sa vessie

 

pour les capsules de nos médicaments

pour nos friandises, ses os

 

et pour la musique des cordes

on imagine le porc éviscéré, ses boyaux

 

pour la doublure

de nos italiennes chaussures

nos sacs à mains et nos cartables

nos vêtements et nos brûlures

pour de nos livres la reliure

sa peau

pour nos maroquineries

- on imagine le porc, au croc, dépecé

 

le cochon, notre bison, ô bête vénérable

 

 

Le Hors-la-loi

 

Nourri de résidus, les détritus de nos cuisines

Tu offres ta couenne, tes travers et ta poitrine

De ton groin de parfumeur, tu fouailles la terre

pour dénicher nos truffes

Quand nous trouvons ton odeur, vulgaire

nous autres les tartuffes.

Dans les rues, tu nettoies nos immondices

mais si tu bouscules le fils d'un roi

on t'entrave et te traîne en justice

on te bannit des cités, haro sur le hors-la-loi !

 

 

 

Bénédictions

 

Du lointain de la légende, je bénis saint Antoine

Qui sans craindre tes légions

Fit résistance à tes grasses tentations.

Il reconnut en toi ce qu'il fuyait en lui

Et te rendit ainsi, Ami

A ta saine et paisible nature de moine.

 

 

Du lointain de mon pays, je bénis la femme

Qui ne t'as pas chassé de la ville entrouverte.

Grâce à ton vagabondage, elle sonna l'alerte.

Les portes étaient ouvertes ! Un cochon le prouvait !

La ville aussitôt fut fermée

Le comte d'Oetlingen ravala sa conquête

 

 

Bénissons cette femme d'avoir cru en une bête

par qui fut close et sauvée la ville de Nördlingen

 

 

 

Miroir

 

Le cochon, animal naturellement exploratoire

recherche de son hypothétique source, la mémoire.

Sa défense est la fuite, il se cabre, il panique

Cochon, mon semblable, mon frère

Tu crois qu'une caresse est un leurre, une pique.

La boue te protège des parasites et des coups de soleil

On te croit sale et tu n'es qu'aux abois

A l'homme similaire

Ton esprit fréquente les corbeaux et les rats

Les grands singes et l'éléphant, les proies qui veillent.

Et les gorets à la mamelle

ne trouvent pas chair plus maternelle.

 

 

 

Autre chose

 

Si pour les uns tu es l'intouchable « autre chose »

et pour les autres « avidya » l'ignorance

Dagda qui règne sur toutes choses

et sur des hommes, la vie et la mort

Dagda te possède toi le magique pimorc'h

tirelire infinie de force et d' abondance

 

 

Envoi

 

Aussi je chante pour le cochon, dans les rues en colère

je couine ma terreur de ce monde crépusculaire

et je grogne avec ceux qui battent le pavé

si grogner est le vivant chant grave des suidés

 

Je chante pour le cochon et son inaltérable liberté

ceci est le sang du porc

buvez et mangez

l'offrande de sa chair, ceci est son corps

buvez et mangez

 

le cochon est notre bison, ô bête vénérable

 

 

octobre-novembre 2009

 

18.11.2009

Le nom des arbres

Le nom des arbres

 

Pas d'arbres dans mes poches ! J'ai beau fouiller, sous mes galoches

seuls les fruits du caroubier sonnent mathématiques sous mes pieds.

 

Je visite ce que des arbres

je sais ; qui est moindre que ce que

j'ignore. De l'arbre à palabres

j'aime l'a soif et l'idée, l'ombre.

 

Des verts tamariniers, la rêverie

baudelairienne, couchée dans la pénombre

 

Et des flamboyants des Antilles

la vermeille sur laquelle se décalque

franck et son sourire d'étincelle.

 

Ce que laura me dit de l'arbre au Portugal

qui génériquement se dit Elle

me laisse rêveuse aux pieds d'une présence

maternelle et banale

dont la force enracinée ouvre les bras

aux plumes voyageuses

 

Ainsi de l'arbre au Portugal

je navigue à la voile même si le vent refuse.

Les navires sont faits du même bois que l'amazonie ou brocéliande

par l'arbre je retourne à la mer au travers de la lande

 

Je me souviens aussi des grands arbres des forêts

de victor hugo et de la première fois que monsieur quesnel

nous a dénoncé l'illusion romantique. Nous revenions à terre

Mais que le poème était beau !

 

L'olivier est un arbre mais c'est aussi mon frère

l'arbre est sec et noueux, s'épanouissant dans la pierre.

Exposé aux embruns il prend des formes buissonnières

ainsi de l'un puis-je déduire l'autre ?

 

Il y a en surimpression à cette quête d'arbre

le nom perdu d'icelui à feuilles rouges

qui frissonne à l'automne et légèrement bouge

et qui du finistère me dépose d'un trait

sur les traits d'encre vides de shin tao

 

octobre 2009