22.04.2012

angoisse préhistorique

 

je suis l'une de ceux qui disent

l'angoisse des bêtes l'intime

quand d'autres bataillent

à gagner ou perdre le monde

 

la matérielle angoisse

du corps pas l'angoisse et l'agonie de tête

l'agonie des organes qui d'une main retient nos cœurs

ou lâche l'affolement du sang

 

les mots changent selon la science

mais c'est la même énigme à l'intérieur

l'équilibre bancal de la mécanique et des fluides

qu'un peu de vin rend fou

 

et le givre des rivières que le vent de saison

fait fondre chez giono dans le livre

sous le ciel excessif du pays basque

la même pluie frappe au front

la même ferveur fouettée de vivre

 

sous le vol en cercle des vautours fauves

la paix murmurée de la montagne

pour nous gens des vallées et des eaux

est quelque chose qui retient son souffle

suspend la bourrasque avant le charbon des nuages

 

sous le vol en cercle des vautours fauves

les nuages issus de la terre chaude passent la douceur

de leur main voilée sur le dos des cromlechs

de moutons et de pierres

 

l'angoisse du corps réveille la pensée qui sommeille

l'angoisse préhistorique

c'est le vin qui me rend triste abruptement gaie

j'ai la peur au soir la bestiale, celles des pottoks

avant l'orage

 

l'agonie des organes

d'une main retient nos cœurs

ou lâche l'affolement du sang

 

 

12-13 avril 2012

 

plus tard j'irai vers le fort de Socoa

Logés dans la maison voisine de celle où séjourna Matisse

quai Maurice Ravel, je me demande

s'il vint chercher des lumières et des couleurs

nous avons trouvé la pluie qui nous trouva

sages et mouillés et sans parapluie

 

les mille-feuilles de pierre inclinés sur la plage

au sable jaune et ferme –

les milliers de coquillages bleus ou azurés

un œuf noir de pierre

dans une couche de roche blanche serti – je l'ai dans la main

la main qui a goûté l'eau de mer, revenue salée pour te caresser le visage

 

je marche sur la plage entre soleil et pluie, à l'abri de rien

d'un mouvement de vent venu du large

dans la baie où les navires baleiniers se réfugiaient

de la mort rouge qu'ils donnaient pour vivre

 

la baie s'ouvre sur le ciel ouvert

dans lequel je vole toute la lumière cachée

plus tard, j'irai vers le fort de Socoa

 

 

Ciboure 8 avril 2012